Tranquillement, Yannick Jadot, le candidat écologiste en mal de visibilité et dont la candidature n'est plus qu’anecdotique, accuse l’entreprise Total de « complicité de crimes de guerre » pour n’avoir pas, d’un coup de baguette magique, effacé tous ses investissements en Russie et démantelé toutes ses installations industrielles sur place. Le même Jadot qui, lorsqu’il était militant de Greenpeace, fut condamné pour « atteinte aux intérêts supérieurs de la nation » après son intrusion sur la base de sous-marins nucléaires français de l’île Longue. Une fois de plus, une fois de trop, la gauche en mal d’audience se rabat sur ce qu’elle sait faire de mieux : administrer sans vergogne des leçons de morale - ici à l’un des plus grands groupes industriels français. Ça ne coûte rien, ça n’a que peu de rapport avec la réalité mais tout à voir avec une posture avantageuse style BHL. Notons que le PDG de Total, Patrick Pouyanné, porte plainte contre Yannick Jadot pour diffamation.

Retour aux choses sérieuses, à la vulgaire mais insistante réalité : qui est réellement frappé par les sanctions économiques contre la Russie et, surtout, a-t-on intérêt à obéir aveuglément à Volodymyr Zelensky qui, sur un ton comminatoire, enjoint les entreprises françaises à quitter le sol russe ? « Renault, Auchan, Leroy Merlin et autres doivent cesser d'être les sponsors de la machine de guerre de la Russie en Ukraine », a-t-il déclaré à l’adresse des parlementaires français.

L’indignation légitime face à l’agression de son pays par la Russie se transforme en droit d’ingérence, économique et diplomatique, sur fond de guerre de communication acharnée dans laquelle tous les moyens sont bons, y compris un pur sophisme employé au mode superlatif : « Ils doivent arrêter de financer le meurtre d'enfants et de femmes, le viol. »

Dès mercredi soir, Renault déclarait suspendre l’activité de son usine de Moscou, 1.800 salariés se retrouvent donc au chômage.

Pour Renault, la Russie est le deuxième marché mondial (12 % de ses ventes). Selon Le Figaro économie, le nœud du problème semble être la participation à 68 % du constructeur automobile russe AvtoVAZ. « Renault étudie actuellement les options pour se retirer d'AvtoVAZ sans licencier les salariés et sans être préempté par l'État russe. » Si Renault devait être obligé de cesser tout commerce avec la Russie, quid de l’outil de production sur place ? Vendu à prix cassé à la Russie ? On voit qui, du groupe industriel français ou de la Russie, en sortirait affaibli.

La famille Mulliez (Auchan, Leroy Merlin, Décathlon) réalise 10 % de son activité en Russie, c’est le premier employeur français de Russie. Le Figaro rapporte le communiqué de Leroy Merlin : « Nous n'avons pas de raison de condamner nos équipes russes pour une guerre qu'elles n'ont pas choisie. Fermer l'entreprise du jour au lendemain, fermer nos magasins serait tout simplement un abandon considéré comme une faillite préméditée, donc illégale, ouvrant la voie à une expropriation, qui renforcerait les moyens financiers de la Russie. »

L’entreprise Danone, quant à elle, compte 13 usines et 8.000 salariés. Dans une note interne à laquelle Le Figaro a eu accès, la direction rappelle que « les citoyens russes, les gens ordinaires comptent sur nous pour tous les aliments essentiels ». Ce matin, un éditorialiste expliquait sur BFM TV que priver les Russes du lait infantile produit par Danone serait plutôt délicat…

Et que dire de Total ! Son PDG affirme que son groupe ne se fournira plus en pétrole russe mais que « sans gaz russe, on arrête l’économie européenne ». Sans compter les milliards d’euros d’indemnités à payer aux russes en cas de rupture de contrat…

Sur la pertinence des sanctions prises contre la Russie par l’Union européenne et les États-Unis essentiellement, Charles Gave, sur le plateau de « Face à Rioufol », a été on ne peut plus clair. 30 % de l’énergie européenne est fournie par la Russie. L’effet boomerang de sanctions décidées à la va-vite et sous la forte pression des États-Unis va frapper, selon lui, directement l’Union européenne : « L’Europe sera l’endroit du monde où l’énergie sera la plus chère, assure-t-il. On achetait une grosse partie de notre énergie en Russie avec des contrats à long terme 30 à 50 % en dessous des prix actuels. Les Russes vont aller vendre ailleurs et nous allons devoir acheter de l’énergie dont nous manquons, au prix du marché et en dollars. L’Europe va devenir la partie du monde qui sera la moins compétitive. Tout le monde parle de réindustrialisation, mais ils sont en train de détruire l’industrie européenne. »

Alors qu'Emmanuel Macron affirme au sommet de l’OTAN que « l’économie russe est en cessation de paiement, son économie a dévissé, son isolement est croissant », il se profile en Europe une crise énergétique, alimentaire et industrielle de très grande ampleur.

De son côté, la Russie se détourne de l’Occident, au profit du marché chinois et indien, après avoir étendu considérablement ses activités en Afrique.

24 mars 2022

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