Au Niger, non seulement le président légal et légitime (Bazoum) a été écarté et assigné à résidence, mais dès hier (le 31 juillet), des ministres, cadres du parti majoritaire du PNDS (Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme), haut gradés et intellectuels ou journalistes, tous défenseurs des institutions démocratiques, ont été menacés ou arrêtés. Fournakoye Gado (président de parti majoritaire PNDS) et même Sani Mahamadou Issoufou, ministre et fils de l’ancien président, figurent parmi les personnes arrêtées.

Ni démocratie ni liberté politique

Les graves docteurs de l'information officielle française qui suspectaient les Issoufou de bienveillance envers le général Tiani, putschiste en chef, en seront pour leur salive. Il n'y a donc plus ni démocratie, ni état de droit, ni libertés politiques, ni liberté d'expression au Niger. Mais seulement, dans la rue, une populace instrumentalisée que Tiani laisse faire et que les agents néo-soviétiques anti-France encouragent. Il y aura évidemment à se demander pour quelles mauvaises - et même quelques bonnes - raisons une telle détestation de la France s'est installée dans les pays du Sahel. Mais cela sera une autre histoire, sans nul doute avec un autre Élysée.

Tiani s'énerve car il redoute deux choses : d'abord une intervention armée pour rétablir le président Bazoum dans ses fonctions légitimes. 1.600 soldats français et 1.100 soldats américains campés au Niger plus des forces de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) auraient vite fait de transformer le putschiste en réfugié politique à Moscou. Mais cette solution serait désastreuse pour l'image de la France, et ce, pour des années. La deuxième chose que redoute Tiani, c'est le blocus logistique et économique que le riche Nigeria (220 millions d'habitants) inflige au pauvre Niger (25 millions).

La résistance s'organise

Or, le président de la CEDEAO, Bola Ahmed Tinubu, qui est aussi président du Nigeria, vient d'envoyer le 30 juillet, à Tiani, l'ultimatum de rendre le pouvoir légitime à Bazoum sous huitaine... Il a fait voter par la CEDEAO (le 30 juillet) des mesures drastiques à effet immédiat : « fermeture des frontières terrestres et aériennes entre les pays de la CEDEAO et le Niger, établissement d’une zone d’exclusion de la CEDEAO pour tous les vols commerciaux à destination ou en provenance du Niger, suspension de toutes les transactions commerciales et financières entre les États membres de la CEDEAO et le Niger ; gel de toutes les transactions de service [...] interdiction de voyage et gel des avoirs des officiers militaires impliqués dans la tentative de coup d’État ».

En outre, une résistance politique s'est organisée : le ministre des Affaires étrangères, Hassoumi Massaoudou, désormais entré en clandestinité, a pris la tête d’un gouvernement de résistance civil à Niamey, en coopération avec Kalla Ankourao, vice-président de l’Assemblée nationale, mais aussi le Premier ministre, Ouhoumoudou Mahamadou, qui était en visite en Italie auprès de Giorgia Meloni, et avec les ministres à l'étranger lors du putsch.

Fragilité des putschistes

Tiani a aussi fait arrêter Kalla Moutari, ancien ministre de la Défense, Kassoum Moctar (Enseignement), Ousseini Yacouba (Mines) et surtout Hamadou Adamou Souley (Intérieur) qui a autorité sur la Garde nationale. Cette dernière est certes divisée, mais le fait d'avoir fait arrêter la plupart des officiers de haut rang de cette force considérable (3.000 hommes) trahit la fébrilité et la fragilité des putschistes. Car les « bandes Wagner », même celles qui sévissent au Mali ou sont réfugiées en Biélorussie, ne sont pas encore sur le terrain. Et il n'est pas du tout certain (si on décrypte les hésitations de Poutine sur le Niger) qu'elles y débarquent un jour. Prigojine a avancé des velléités sur le Niger mais Poutine lui a coupé l'herbe sous le pied. Il est devenu prudent quant à Prigojine et en matière de putsch militaire ou paramilitaire !

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01 août 2023 à 19:21

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59 commentaires

  1. Ca va comme d’habitude finir en guerre tribale, on ne sort pas de l’âge de pierre en 100 ans….colonisation ou pas!

  2. Encore une belle réussite de la Macronie…Tout ce que veulent les Africains, c’est que l’on traite avec eux d’égal à égal pour faire du business. Qu’on cesse de vouloir leur imposer nos modèles occidentaux dont ils n’ont que faire …La cause LGBT machin + et la théorie de genre, c’est pas leur truc…Et la France n’a pas vocation à maintenir des troupes sur le territoire d’un pays souverain hors cas de demande express d’assistance formulée par le dit pays…

  3. Quand on voit les émeutes après la mort du jeune garçon, on comprend mieux pourquoi ces pays ont besoin d’un dictateur pour que tout marche à peu près, ce n’est pas un hasard.

  4. Plutôt que d’accuser les Russes et d’insulter stupidement Poutine, voyez plutôt pour quelles raisons, la France actuelle se fait détester par beaucoup de pays africains …

    1. J’ai cru un instant que c’était Bhl qui s’exprimait, il est grand temps que cet « expert » international mettre son logiciel à jour l’union soviétique n’est plus et depuis longtemps, quand à la détestation de la France en Afrique, ce n’est pas demain qu’elle prendra fin…

  5. Niger : le putsch pro-russe vire déjà à la dictature politique
    #
    Rien de plus normal en Afrique!

  6. Si seulement la meme chose pouvait arriver en France !! Une dictature militaire vaut mieux qu une démocratie decadente comme la notre et qui se prostitue aux racailles , ennemis de notre culture , woskistes , minorités et LGBT & Co !!

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