Les récentes élections législatives en Suède ayant vu la victoire d’une coalition entre droite et extrême droite font ressurgir cet éternel serpent de mer en forme de mouton à cinq pattes que serait l’union des droites. Pourquoi là-bas et pas chez nous ? Peut-être, justement, parce que chez nous n’a que peu à voir avec là-bas.

En son temps, Jean-Marie Le Pen, pour faire front à la « discipline républicaine » voulant que le candidat de gauche privé de second tour bénéficie du soutien du candidat de gauche moins heureux, avait proposé à la droite la même « discipline nationale ». Sans surprise, porte fut claquée sur la main tendue. Il ne s’agissait pourtant pas d’une « union » mais d’un simple échange de bons procédés.

Car l’union, c’est effectivement autre chose. À gauche, il y eut celle réalisée par François Mitterrand. Résultat ? La mort politique de ses alliés radicaux et communistes. Le grand vainqueur ? Le Parti socialiste. Aujourd’hui, la NUPES. Avec des écologistes, des socialistes et des communistes qui ne savent plus quoi inventer pour faire semblant d’exister ; d’où ces polémiques surréalistes sur le barbecue entre Fabien Roussel et Sandrine Rousseau. C’est dire le niveau... Le grand vainqueur ? La insoumise.

En son temps, la droite de gouvernement a elle aussi fait l’union. Le RPR apportait les militants et l’argent ; l’UDF, les idées. Résultat : les LR comptent désormais presque autant d’élus que d’électeurs. Charles Pasqua prévenait alors Jacques Chirac qu’à défaut d’arrangements avec le Front national, c’est ce mouvement qui, un jour, risquait de rafler la mise. Nous y sommes.

Car dans ces unions, il y a toujours un dominant et un dominé, un gagnant et un perdant. Et si Chirac avait suivi le conseil « pasquaïen », le mouvement lepéniste pèserait aujourd’hui sûrement autant que les Radicaux valoisiens. Pis : qui veut, aujourd’hui, l’union des droites ? Personne, hormis Éric Zemmour qui, étrangement, met tout en œuvre pour qu’elle ne puisse se faire. Hormis son mépris affiché vis-à-vis de Marine Le Pen – à lui les livres et à elle les chats – et de son patronyme, symbole de défaite à l’en croire, l’ancien journaliste a encore récidivé, ce dimanche 11 septembre, à la clôture de ses d’été, lorsque interrogé par Yvan Rioufol de CNews.

En substance, il assure en gros que LR est un nid de tocards et le RN un repaire de gauchistes, tout en voulant faire enfin cette fameuse union des droites. Étrange dialectique consistant à insulter ceux qu’on entend séduire. De fait, cette union, LR n’en veut pas. Quant à Marine Le Pen, il y a belle lurette qu’elle a remisé le clivage gauche/droite au placard, optant pour cette opposition entre bloc populaire et bloc élitaire, stratégie grâce à laquelle le Rassemblement national est devenu le premier parti d’opposition à l’Assemblée nationale.

Pour en revenir à LR, il y encore moins de perspective d’union : qu’Éric Ciotti ou Bruno Retailleau accèdent à sa présidence, les deux tenteront d’incarner une droite libérale et conservatrice ; courant qu’incarne déjà Éric Zemmour. Et le tout pour dérouler le tapis tricolore devant Laurent Wauquiez. Ça risque de faire pas mal de monde sur un créneau dont l’étiage électoral est bien mince.

Ce, d’autant plus qu’à de rares exceptions, cette droite bourgeoise, libérale et conservatrice, malgré quelques mouvements d’humeur passagers (voter Zemmour, ça fait du bien et c’est tout de même plus chic que d’apporter son suffrage à Le Pen), finit toujours par revenir au bercail de la bien-pensance, fût-elle parfois réactionnaire. Ce qu’ont d’ailleurs fait ses deux derniers champions en date, Nicolas Sarkozy et François Fillon, qui, après avoir tâté des délices de la transgression politique, ont tous deux appelé à voter pour le véritable patron de cette même droite : Emmanuel Macron.

En effet, pas besoin d’être marxiste pour savoir que la lutte des classes existe. Et l’affrontement entre gagnants et perdants de la mondialisation n’en est jamais que la nouvelle illustration. Quoi qu’ils prétendent, le président de Reconquête, son futur homologue des LR, leurs électeurs et sponsors seront toujours du côté des premiers. Au contraire d’une ayant toujours eu pour carnet de route l’union des Français plutôt que celle des droites.

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17 septembre 2022

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37 commentaires

  1. Tout à fait, c’est bien pourquoi il est complètement illusoire de croire que MLP puisse être la leader d’une droite unifiée, puisque une majorité des électeurs LR et Reconquête a voté pour elle, sans aucune conviction, mais uniquement par rejet viscéral de Macron.
    J’avais opté pour une telle attitude en 2017, mais n’ai pas renouvelé en 2022 car je ne voulais absolument pas d’un nouveau duel Macron/Lepen cette année.
    MLP est l’idiote utile du système et grâce à une overdose de sondages et avec l’appui des médias aux ordres, l’appel au vote utile a marché par peur de LFI

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