[POINT DE VUE] Ce chef-d’œuvre de Le Corbusier dans lequel les Français étouffent
Connaissez-vous Firminy ? Riante bourgade de la Loire, dans la région de Saint-Étienne, cette petite ville, qui abritait jadis une aciérie, est aujourd’hui paisiblement endormie dans l’abandon comateux qui recouvre la France périphérique. Pourtant, il y a à Firminy une curiosité qui fit jadis la fierté des habitants et que nos confrères britanniques du Guardian ont exhumée, avec ce goût de la moquerie mais aussi ce pragmatisme qui caractérisent nos meilleurs ennemis. L’Unité d’hfabitation, œuvre de l’architecte Le Corbusier, classée monument historique en 1993, est tout simplement devenue invivable.
Dans un long article, la journaliste Anna Richards raconte l’histoire de ce HLM « premium », destiné à accueillir les ouvriers dans un cadre ultramoderne. Ceux qui y habitent aujourd’hui vivent dans une fournaise et - classement architectural oblige - ne peuvent rien y changer. Le changement climatique ne s’est pas accompagné d’un changement architectural. Un peu comme si les propriétaires d’un château médiéval, dans lequel on trouve des salles à manger destinées à faire rôtir trois sangliers à la fois, n’avaient pas le droit d’installer le chauffage.
Les habitants qui ont été interrogés par la journaliste ont raconté comment ils s’accommodaient - ou pas - des températures caniculaires. L’une dort sur le balcon, l’autre dort par terre : personne ne veut rester dans ce monument historique qui s’avère bâti pour une autre époque. L’Unité d’habitation (priorité à la lumière !) n’a pas de volets ni de stores, et notre consœur britannique note avec délices que notre administration est d’une complexité byzantine, ce qui risque de retarder tout aménagement. Elle cite, bien sûr, l’architecte des Bâtiments de France (ABF) et s’amuse de constater que les habitants se débrouillent comme ils le peuvent pour se protéger du soleil - avec des couvertures, par exemple. Cependant, la solution qui consisterait à passer par-dessus l’avis de l’ABF (une proposition faite par le gouvernement, le 7 juillet dernier) donnerait lieu, comme le souligne Le Figaro, vers une France « bétonnée et sans âme ». Comme dans de nombreux cas, il n’y a pas de solution miracle.
Absurdités françaises
Vu de Grande-Bretagne, d’autres absurdités proprement françaises sont également mises en lumière. Les résidents de HLM (et pas seulement ceux signés Le Corbusier) subissent la chaleur et attendent le bon vouloir des bailleurs sociaux, tandis que les touristes en vacances sont heureux de visiter l’Unité d’habitation, dont le nom lui-même est fonctionnaliste, industriel - très années 50, pour tout dire.
On pourra s’agacer de la conclusion gauchisante de cet article (les vagues de chaleur sont provoquées par les riches et ce sont les pauvres qui en souffrent…), mais après tout, Anna Richards vit à Lyon, alors… En revanche, on sera obligé de reconnaître qu’il y a dans son observation au vitriol de nos absurdités administratives, de nos crispations artistiques, de notre abandon de la France périphérique et de notre incapacité à décider, énormément de bon sens… malheureusement.
L’Unité d’habitation, comme la Cité radieuse, comme, dans un autre style, les immeubles Pouillon sur le Vieux-Port, nous renvoient à une époque où l’habitat vertical était du dernier chic. Formes géométriques, béton, verre, attrait pour le cubisme, les toits-terrasses, les façades libres : très novateur mais invivable. Une maison dans laquelle on étouffe risque fort de devenir un musée. Prenons garde que ce destin de « zoo », comme le dit la journaliste du Guardian, ne devienne pas celui de la France, moitié musée, moitié squat, avec des pauvres collés aux vitres de monuments qui leur rappellent leur grandeur.
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74 commentaires
Question toute simple
Il y a la même construction à Marseille.
Et jusqu’à présent les habitants ne se sont jamais plainte de la chaleur ( sauf erreur de ma part) . Donc pourquoi? Mr le journaliste. Please expliquez nous ? Vous relatez les plaintes de Firmin mais quelles solutions ont été mis en œuvre à Marseille ?? ( et à Lausanne car il y a aussi la même construction)
Il n’y a pas de bâtiment conçu par Le Corbusier à Lausanne. Ses réalisations dans la région sont l’immeuble Clarté à Genève et la villa «Le Lac» à Corseaux près de Vevey.
A noter que l’immeuble Clarté comporte des rideaux (d’un type imposé) aux fenêtres et des stores !
Les constructions sont elles conçues pour résister au feu du lac ?
Aujourd’hui on respecte le patrimoine.
Autrefois nos ancêtres, devenus avides de lumière, ont dénaturé bien de beaux bâtiments en y perçant des fenêtres plus larges, ou des portes pour faire entrer les nouvelles voitures. Combien de bâtiments défigurés au nom du confort?
Le Corbusier a construit à l’économie.
Après on a fait mieux, avec des architectes étrangers, mais ça coûte plus cher, comme à la bibliothèque Mitterrand par exemple.
Excellent article
Autrefois on recherchait les habitations exposées au sud en étage élevé. Aujourd’hui ce sont les RDC, et les exposés au nord qui ont la cote. O tempora o mores.
Surtout ne touchons pas au patrimoine français et ses monuments historiques.
Il serait temps néanmoins d’en créer de nouveaux , plus adaptés au climat actuel.
Le principal est que les monuments se respectent les uns les autres.
OUI mais sauf que le climat d’aujourd’hui ne sera pas celui de demain et cela va aussi pendre au nez de ceux qui vu la mode ont de grosses baies vitrées et le tout ouvert à l’intérieur et des toits plats ce qui est compliqué aussi bien par périodes froides que chaudes. Pour rester dans les complications une nouvelle grosse taxe Européenne sur le pétrole aurait dû être actée? Macron laissant cela aux suivants ! bien vu pour se chauffer ou se déplacer. Mais heureusement nous avons les centrales nucléaires et les gros centres IA qui réchauffent les eaux et par conséquence l’atmosphère. Un peu comme tous ceux qui ont construits en zones à risques ou inondables là ou les anciens ne s’y aventuraient pas et qui aujourd’hui se plaignent du climat et font payer les autres via les assurances. Cela montre bien s’il le faut encore que cette société numérique qui apprends avec les ordinateurs a une intelligence de plus en plus atrophiée.
Les habitants de HLM qui ont chaud sont forcément des victimes qui ont obligatoirement « droit » à ce que des solutions (?) leur soient proposées. Le copropriétaire qui en a pris pour 25 ans de remboursement de son crédit, lui, n’a le droit que de se taire.
Encore cette ridicule opposition montée de toutes pièces entre copropriétaires bailleurs et locataires : diviser pour mieux régner et surtout ne rien entreprendre…un immobilisme bien français et pas meilleure que la complexité administrative…
Les « chambres de bonnes » des immeubles haussmanniens sont aussi invivables. Ik faudrait revenir au bon temps des cavernes. Nos ancêtres avaient eux, anticiper le réchauffement climatique.
Il est temps de décréter une nouvelle ère glaciaire. Quel candidat aux présidentielles va nous proposer le meilleur rafraîchissement ?
Avec le progrès on aura peut être une canicule en avril prochain, histoire de nous faire bien réfléchir pour qui voter.
Ridicule, paranoïaque et d’une mauvaise foie bien française. Avec des gens comme vous la Macronie triomphe sans bouger une petit doigt…
On ,ne dira jamais assez tout le mal que nous auront fait tous ses architectes et surtout urbanistes modernes .
A l’époque personne n’aurait prévu ce que nous vivons ! Trop facile de faire son calimero après !
Ne croyez pas les architectes responsables de la création architecturale de leurs oeuvres (je ne parle pas de les quelques très rares stars, une dizaine par siècle tout au plus, et encore pas sûr… Je pense par exemple à Renzo Piano, peut-être le plus grand architecte vivant, devant se soumettre aux desiderata d’un moine dans la création d’un monastère…). Je ne conçois guère que 5% de ce que je fais, en étant optimiste, le reste est décidé par le client et, surtout, par les Pouvoirs publics.
Boulevard Voltaire aborde péniblement le réchauffement climatique. Il faudra tout de même encore un peu pour y trouver les causes et les solutions raisonnables. Un article récent sur le sujet se félicitait de l’organisation de processions pour prier pour qu’il pleuve. L’efficacité a t’elle été au rendez-vous ? Si oui ,il faut se mettre tous en marche ( avec ou sans Emmanuel à notre tête) , si non, certains vont proposer d’en venir à tester le sacrifice humain pour qu’il pleuve ? Le progrès est peut être derrière nous ?
Je me suis fait la même remarque que vous. Il y a encore peu, le réchauffement climatique était nié (à grands renforts d’articles soi-disant scientifiques). Et comme il n’y avait pas de réchauffement climatique, il va de soi que l’activité humaine n’y était pour rien non plus. On décèle maintenant dans BV (et d’autres medias semblables) un délicat virage sur l’aile. Délicat car comment faire oublier ce déni passé sans se déjuger ? Epineuse question. La solution ? Premièrement en parler le moins possible (aucun article sur les vagues de canicules et la sécheresse). Deuxièmement l’admettre sur le bout des lèvres (comme ici). Pour ce qui est d’admettre que l’activité humaine est responsable, il faudra attendre encore 5 à 10 ans. On ne peut pas leur demander d’avaler leur chapeau en une seule fois tout de même. Qu’ils avalent la première moitié du chapeau en admettant l’existence du réchauffement. La deuxième moitié à avaler sera de reconnaitre son origine…
Boulevard Voltaire aborde péniblement le réchauffement climatique. Il faudra tout de même encore un peu pour y trouver les causes et les solutions raisonnables. Un article récent sur le sujet se félicitait de l’organisation de processions pour prier pour qu’il pleuve. L’efficacité a t’elle été au rendez-vous ? Si oui ,il fait de mettre tous en marche ( avec ou sans Emmanuel) , sinon, certains vont proposer de teste le sacrifice humain pour qu’il pleuve ? Le progrès est peut être derrière nous ?
Et j’ajoute que si on nous a raconté des âneries en niant le réchauffement climatique, il y a fort à parier qu’on nous a aussi raconté des âneries sur d’autres sujets (par ex le Covid et sa nuée de fake news à propos des vaccins)
Excellent.
Bien que cela ne soit pas de mon goût, il faut faire remarquer que les températures estivales ont bien changé en 50 ans.
En Bourgogne, région que l’on peut qualifiés de ni chaude, ni froide il y a 50 ans, on a prit plus de 10° l’été et l’hiver.
Resultat, plus de neige ou de verglas et l’ete, on est passé de 25° moyenne avec maxi 28/30 à aujourd’hui 33 maxi 40…
Le béton ne refroidi plus.
Mais la question est ailleurs, que faites-on si ce n’est pire avec des aquariums qui coûtent en plus un pognon de dingue à ventiler ….
Conclusion : on ne peut pas vivre dans un musée. Donc soit on reloge les habitants de ces lieux intouchables, soit notre façon de voir ( et notre administration !) doivent s’adapter. Cela dit, nous trouvons ces bâtiments très moches aujourd’hui, mais dans les années 50, ma mère aurait pleuré de joie de pouvoir s’y installer. Jusqu’au milieu des années 60, je n’ai vécu que dans des habitats délabrés, avec des toilettes à l’extérieur, sans salle de bain évidemment et sans chauffage. Et dans le voisinage de ruines qui contenaient encore des obus.
Firminy est dans la Loire, mais la haute Loire n’est pas très loin !
Il n’y a pas de basse Loire. Ca ne ferait pas chic. Mr Florac a une haute idée de la Loire et de beaucoup de choses.
J’approuve, voir mon commentaire plus haut… lui.
Ceux qui encensent Le Corbusier n’ont jamais vécu dans une cité Le Corbusier.
Ceux qui le critiquent non plus.
Et vous ???