[POINT DE VUE] Au lieu de béatifier Schuman, pourquoi ne pas aller voir les futurs euthanasiés ?

L'Institut Jeanne-Garnier, qui accueille des malades en fin de vie, espérait vivement la visite du Saint-Père en ses murs.
Capture d'écran Vatican News
Capture d'écran Vatican News

La visite de Léon XIV en France approche à grands pas et, forcément, tout le monde a envie de le voir, de le rencontrer et surtout de savoir ce qu’il va faire et dire. Parmi les étapes de son voyage, on sait qu’il y aura Lourdes, mais aussi Paris et Metz. Sur cette dernière destination, il est question que le pape rende hommage à la figure de Robert Schuman, l’un des fameux « pères fondateurs » de ce qui est aujourd’hui l’Union européenne. Sur l’ambiguïté de cette figure en temps de guerre, sur le caractère contestable de son œuvre politique supranationale, sur le côté difficilement imitable de sa vie personnelle, tout a déjà été dit dans l’excellente lettre ouverte au pape publiée dans ces colonnes le 16 juin dernier. On espère donc que Léon XIV renoncera à la volonté qu’on lui prête : celle de béatifier Schuman, donc de reconnaître l’« héroïcité de ses vertus », selon la formule consacrée.

En revanche, il y a un certain nombre de choses que le pape pourrait faire en France, pour marquer le coup et exprimer son intérêt envers les bouleversements anthropologiques qui traversent la société, ces derniers temps. On n’a pas entendu le souverain pontife s’exprimer sur la manière dont la France, cette fameuse fille aînée de l’Église, répond en actes à la terrible question posée par saint Jean-Paul II, il y a si longtemps : « Qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? »

Ces dernières années, la classe politique française n’a eu pratiquement qu’un sujet de préoccupation : la mort. D’abord, la Macronie a fait entrer l’avortement dans la Constitution de la Ve république, avec une cérémonie dans laquelle l’atroce le disputait au grotesque. Ensuite, il y a eu, bien sûr, cette loi sur l’euthanasie, que l’on n’a pas le droit d’appeler par son nom, parce que cela rappellerait trop sa filiation avec le nazisme. Pour marquer le coup, le pape devait, pendant son séjour en France, visiter l’Institut Jeanne- Garnier, un centre de soins palliatifs. Les malades l’attendaient. Ce rendez-vous a subitement disparu de l’agenda pontifical. Alors, c’est le père Michel Viot qui aborde le sujet sans détour, sur le réseau social X, en ces termes : « La direction de l’Institut Jeanne-Garnier grand centre de soins palliatifs attend le visite du pape Léon XIV lors de sa prochaine visite à Paris. »

Fausses rumeurs

Il faut dire qu’on a fait courir le bruit que la direction avait refusé de recevoir le Saint-Père… Tu parles ! Le père Viot dit que personne n’a osé dire aux malades en fin de vie que le pape ne viendrait pas. On ne sait pas pourquoi cette occasion n’est plus à l’ordre du jour, mais la direction de l’Institut Jeanne-Garnier l’aurait confirmé au prêtre. Peut-être la Curie a-t-elle voulu faire une concession diplomatique à ce gouvernement qui aime tant la mort, la destruction, les malades rendus invisibles, les plus pauvres et les plus petits (« ceux qui ne sont rien »), piqués ou aspirés pour qu’ils arrêtent d’emmerder le monde avec leur appétit de vivre. On ne sait pas. On se perd en conjectures.

En tous les cas, voilà bien une intention de prière pour l’Assomption : au lieu de béatifier l’un des fossoyeurs de la souveraineté française, que le pape tende la main à ces gens, bien vivants mais pas pour longtemps, qui n’attendent qu’un geste de lui, qu’un mot. En ce qui concerne la Macronie, déjà nécrosée, les soins palliatifs cesseront en mai prochain. Et cette mort-là sera naturelle et sans regret.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

59 commentaires

  1. Pour assurer leurs existences réciproques, les papes, ces chefs d’un microscopique Etat richissime, ont presque toujours été du côté des gouvernants.
    Et ils ont laissé détruire l’Ordre du Temple qui protégeait les pèlerins à Jérusalem et avait créer l’Ordre des Hospitaliers.
    Et il est obligatoire d’oublier le « silence » de Pie XII pendant l’horreur hitlerienne.

  2. Chapeau le Pape ! Il n’ira pas voir cet institut qui assiste les malades en fin de vie, mais il rencontrera longuement ceux qui sont à l’origine de la constitutionnalisation de l’avortement et de la loi sur l’euthanasie… Est que ce Pape a oublié et est-ce qu’on accusera d’ingérence ceux qui rappelleront qu’un des tous premiers commandement de l’église (enfin, quand elle suivait encore les enseignements du Christ) est : « Tu ne tueras point ! » ?
    Car c’est la mode aujourd’hui, dès qu’on n’est pas d’accord avec ceux qui nous gouvernent c’est de l’ingérence.
    Et bien moi, je n’irai pas le voir, Léon !

    • Ca m’énerve quand j’entends des cathos rappeler le « tu ne tueras point » alors qu’aucun n’a
      le courage d’être pacifiste, c’est à dire de refuser de tuer sur commande des gouvernements !
      Avec des chrétiens comme ça, les guerres ont encore de beaux jours devant elles !

  3. Si je suis en fin de vie, hospitalisée, je n’aurais aucune envie de voir arriver dans ma chambre cet énergumène … à moins d’être suicidaire … le principal c’est d’être en accord avec soi même et avec sa conscience, le reste n’est que du pipeau …

  4. Les tentacules du système sont innombrables ; tout y passe même le catholicisme (ce n’est pas nouveau). Comment se libérer de ce carcan, de cette chape de plomb chaque jour un peu plus massive ? Sans doute qu’il n’y a qu’une solution : celle d’une France affranchie de toutes ces organisations supranationales, UE, OTAN, CDEH en tête, une France indépendante où l’intérêt du pays serait la ligne directrice, une France de la liberté et de l’effort (les deux sont indissociables). Cette France là ne serait pas fermée, au contraire, elle discuterait et échangerait avec TOUT le monde. Ce que je dis me parait irréaliste quand je vois la névrose intellectuelle de mes concitoyens : la grogne est constante mais, intrinsèquement, très peu veulent changer de paradigme.

  5. Surtout pour constater la déliquescence de l’Europe, en effet, ce personnage est ambigu.
    Fini le temps de Jean-Paul II, Benoît XVI, fortes personnalités qui n’avaient pas peur d’affirmer des vérités qui fâchent.
    Nous avons des évêques de salon, une Église molle, un Pape, certes, un peu mieux que le précédent qui se préoccupent plus de l’écologie, de la bien-pensance ou de l’accueil des migrants sans se préoccuper de l’état économiquement exsangue de notre pays et qui est le plus avantageux du monde .
    L’annulation de la visite du pape au grand centre de soins palliatifs l’institut Jeanne Garnier , serait-ce pour des raisons de sécurité ? Pourtant tout est codifié, surveillé, contrôlé.
    Il me semble qu’il est allé à la rencontre de migrants à Lampedusa ? Les migrants, qui, pour la plupart ne respectent pas le pays d’accueil ou le peuple français qui souffre de voir son pays en état de « mort cérébrale »

  6. On verra ce que fera et dira le pape. Hélas je crains qu’il n’aille dans le sens de la macronie. Il aurait dû commencer par excommunier toys ceux qui ont voté l’euthanasie et ensuite renoncer à venir visiter ce pays de mécréants.

  7. SI d’aventure, ce pape « béatifie » Robert Schuman, l’un des fameux « pères fondateurs » de ce qui est aujourd’hui l’Union européenne alors la décadence de la FRANCE et de l’UE seront « en phase finale » ! …

  8. Pourquoi cet individu mériterait-il une béatification ? N’a-t-il pas soutenu les accords de Munich, en dépit des signes déjà visibles de ce qu’allait être le régime nazi ? N’a-t-il pas soutenu Pétain après l’armistice de 1940, cautionnant de fait le régime nazi ? Il fut d’ailleurs frappé d’indignité nationale à la Libération. Et quelles actions de charité chrétienne, de dévouement au péril de sa vie, de courage héroïque ou de sacrifice pour le bien de l’humanité a-t’il accomplis pour mériter une béatification ? … Je croyais qu’il fallait vraiment sortir du lot et même avoir accompli des miracles. Si c’est son cas, pourquoi n’est-ce pas connu de tous ? …

    Dès lors, la difficulté n’est pas d’établir si Robert Schuman fut personnellement croyant mais de savoir si, dans l’épreuve majeure du siècle voire du millénaire, il manifesta cette union de la prudence et de la force qui caractérise l’exemplarité chrétienne dans l’ordre politique. Beaucoup de fidèles peuvent, de bonne foi, en douter. Il est factuellement établi que Robert Schuman n’agit ni avec force ni avec ardeur en vue de rétablir un ordre politique permettant une véritable action au service du bien commun. Que serait-il advenu, si tous les hommes catholiques ayant un engagement politique avaient réagi comme lui ?
    Le prisme technique et économique : limites d’un modèle

    Le second point concerne l’œuvre politique qui demeure le plus souvent attachée à son nom : la construction européenne. Robert Schuman est indissociable du projet porté par la déclaration du 9 mai 1950, lequel entendit assurer la paix par l’intégration progressive des intérêts économiques au travers de structures techniques. Cette intuition historique a sa cohérence propre. Toutefois, la question demeure entière : une politique fondée prioritairement sur l’économie, les mécanismes fonctionnels et l’intégration technico-institutionnelle peut-elle constituer un modèle pleinement chrétien de l’ordre politique ?

  9. Moi qui ne suis catholique que par héritage, et, ne vénérant aucun dieu, qui n’ai d’autre foi que l’histoire de mon pays, je suis bien étonnée qu’avec des papes comme celui-ci ou son prédecesseur, il y ait encore quelques Gaulois qui résistent ! La foi déplace les montagnes, dit-on. Je mets mon espérance, plus trivialement, dans un bulletin de vote.

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois