Avec les événements d’Annecy, il devient délicat, pour un homme politique (surtout de droite ou donné comme tel), de faire l’impasse sur la dimension migratoire de la tragédie. Ce qu’a fort bien anticipé Élisabeth Borne en mettant en garde l’opposition contre toute velléité d'« emballement ».

Ainsi, Olivier Marleix, président du groupe LR à l’Assemblée, estime que « l’immigration massive tue. Plutôt que de nous lamenter à chaque nouveau crime, mettons enfin un coup d’arrêt à l’immigration de masse. » Bruno Retailleau, son homologue du Sénat, n’hésite pas, lui non plus : « L’attaquant d’Annecy était un demandeur d’asile syrien. Ce type de cas se multiplie. […] C’est pourquoi il est indispensable que les demandes d’asile soient effectuées en dehors du sol national, comme nous le demandons à LR. »

Une autre droite, incarnée par Édouard Philippe, ex-UMP et ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, n’est pas non plus en reste sur la question. Il a donné le ton, lors d’un entretien accordé à L’Express, ce 8 juin : « L’augmentation rapide du nombre d’étrangers en France participe à l’embolie de beaucoup de nos services publics. » Et le même de dénoncer les accords particuliers signés entre la France et l’Algérie en 1968 : « Refuser les postures ne veut pas dire refuser certaines ruptures quand elles sont nécessaires. » Ce qui fait dire à Guillaume Tabard, journaliste au Figaro, sur les ondes de Radio Classique : « C’est la première fois que c’est reconnu par une personnalité de la Macronie. C’est un tournant, même si les adversaires de Philippe auront beau jeu de lui demander pourquoi il n’a pas soulevé ce lièvre quand il était à Matignon. […] La charge surprise d’Édouard Philippe est accueillie comme une prise de conscience sur l’immigration. Tardive, mais réelle. » Au risque de contredire notre confrère, si le mot de « tardive » est indubitable, celui de « réelle » l’est peut-être un peu moins.

Car ces yeux de droite ne se sont pas ouverts hier : ils étaient censés l’être depuis plus de trente ans, tel qu’en témoigne le programme UDF-RPR de 1990 dans lequel un Alain Juppé assurait vouloir la « fermeture des frontières, la suspension de l’immigration » tout en exigeant de « réserver certaines prestations sociales aux nationaux », constatant au passage « l’incompatibilité entre l’islam et nos lois ». C’était beau comme du Jean-Marie Le Pen.

Si notre mémoire est bonne, rien de tout cela n’a été mis en œuvre durant les deux mandats chiraquiens, de 1995 à 2007. Pourquoi ? Peut-être parce que si la gauche a des idées, la droite, elle, n’a finalement que des intérêts. Et que ce n’était pas le sien de trop donner raison au Front national, au risque de passer de la position du dominant à celle du dominé. Aujourd’hui, cette droite est encore plus mal en point et si elle luttait naguère pour survivre à l’inexorable ascension lepéniste, elle doit maintenant se battre sur un second front zemmourien.

En effet, si Éric Zemmour entendait, initialement, contraindre Marine Le Pen à se retirer de la dernière élection présidentielle - charge à Reconquête, son jeune mouvement, d’avaler le Rassemblement national -, ce sont finalement les Républicains qui ont pris la balle perdue et fatale. En témoignent les 4,78 % de voix recueillies par leur championne, Valérie Pécresse. Le polémiste voulait l’union des droites, quitte à tordre le bras mariniste ? Il ne lui a pas fait perdre de voix qu'à la marge, mais a tué cette droite classique avec laquelle il n’aspire qu’à compagnonner.

Résultat ? On voit bien que cette course à l’échalote en matière migratoire est trop « tardive » pour être tout à fait « réelle ». Car les LR sont aujourd’hui coincés. Leur base populaire est partie au RN et ne reviendra pas, l’électorat bourgeois, libéral et conservateur est passé en partie chez Reconquête alors que ses cadres intermédiaires ont préféré faire carrière chez Renaissance, le parti présidentiel.

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10 juin 2023 à 19:00

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45 commentaires

  1. Tous ces braves gens se réverillent, domme après chaque tragédie liée à l’immigration… Ils nous font part leurs projets destinés -parait- il- à ne plus jamais voir un tel drame…Et quelques semaines plus tard reprennent la routine. Ce ne sont pas ceux qui ont créé le problème migratoire en France – et ont l’immigration soutenu en Europe- qui peuvent le résoudre. PS, ex-UMP, ex- RPR, ex- UDF, gauches réunies ou désunies, tous ont contribué à créer puis accélérer l’immigration et surtout l’absence totale de contrôles. Ils ont sbuventionné et laissé créer des associations qui ne vivent que par et pour l’immigration. Ils ont adhéré à tous les traités, textes, accords qui la favorisent- y compris lorsque les Français ont dit NON.
    Ils doivent se taire ou alors décider de changer la législation sur le droit d’asile et les règles migratoires ( droit du sol, renvoi au pays d’origine, contrôle des frontières,..), ils doivent dénoncer tous les traités qui nous lient les mains et se retirer des institutions supranationales qui nous empêchent de traiter nos rpoblèmes nous – mêmes .

  2. Gonflé…d’orgueil le Philippe juppéiste et macronisé enmêmetemps soucieux de son seul intérêt pense-t-il que les français auront oublié son passage servile en macronie?

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