Editoriaux - International - 18 juin 2019

Pékin et Hong Kong : pour comprendre le jeu de go chinois…

Ça chauffe, à Hong Kong, le puissant empire du Milieu tenant à ce que cet archipel – deux cents îles, tout de même –, et ancestrale chasse gardée, n’échappe pas à sa tutelle. Il n’y a pas longtemps eut lieu la révolution des parapluies, lesquels servaient plus à se protéger des gaz lacrymogènes de la police locale que des embruns. La démocratie gagnait du terrain, tel qu’assené par la majeure partie des médias occidentaux ? Non, pas vraiment.

La méthode de George Soros, le très contesté philanthrope qu’on sait, peut fonctionner dans des États fragiles – l’Ukraine, par exemple, avec sa révolution orange. Mais déjà un peu moins lorsque, derrière, se profile la future première puissance mondiale : la Chine, que ce soit dans sa version communiste, capitaliste ou aujourd’hui, pour être plus précis, forte d’un système de capitalisme d’État au service de ceux qui se verraient bien mettre leurs pas dans les traces laissées par les empereurs de jadis.

Pour résumer, contre quelques millénaires d’histoire, les parapluies et l’opposition « démocratique » – à savoir pro-occidentale – ne pèsent que d’un poids très relatif.

Certes, la nouvelle coqueluche de nos médias, Joshua Wong – déjà, rien que son prénom en fait plus un Chinois de l’extérieur que de l’intérieur –, a été libérée de prison, le lundi 17 juin dernier. Pour mieux continuer le combat contre les velléités chinoises, cause des gigantesques manifestations hongkongaises, voulant que tout opposant de cette ancienne possession anglaise occupée en 1841, avant d’être rétrocédée en 1997, puisse être jugé selon les lois de la mère patrie ? En gros, tel est son projet, et surtout celui des anciennes puissances coloniales. Et, donc, celui d’un Daniel Cohn-Bendit, pour ne citer que lui, en souvenir, on imagine, de l’insurrection de 1989, place Tian’anmen, acmé d’une gauche ayant troqué son maoïsme d’antan contre une sorte de néo-conservatisme atlantiste.

C’est, en tout cas, la position qu’il défendit chez Laurent Ruquier, en octobre 2014, contre Éric Zemmour, lequel en rigole encore. L’Histoire a ses raisons que la raison gauchiste persiste à ignorer.

Plus sérieusement, Pékin et Hong Kong sont économiquement plus interdépendants que jamais : le premier partenaire commercial de la Chine, c’est Hong Kong, à hauteur de 55,2 %, contre seulement 8,1 % pour les USA et 3,1 % pour l’Inde, pourtant prochain futur géant probable de la région. Dans le même temps, Hong Kong dépend à 44,8 % des importations chinoises, alors que les produits venus de Singapour et de Corée du Sud ne comptent que respectivement pour 6,4 % et 3,1 % dans la survie matérielle de cette enclave.

Si les Russes jouent aux échecs – affrontement parfois frontaux obligent – et les Américains à on ne sait quoi, ballottés qu’ils sont tous les deux ans, à mi-chemin d’un mandat présidentiel n’en comptant que quatre, les Chinois ont donc beau « jeu » de pratiquer celui du go. Car tandis qu’ils soufflent le chaud et le froid, ils continuent d’avancer leurs pions, forts de leur ancestrale tradition d’encerclement.

Les prochains enjeux se joueront donc sur l’océan Pacifique. En ce lieu, Hong Kong fait figure de pièce maîtresse, que ce soit d’un point de vue économique et/ou stratégique. D’une manière ou d’une autre, Pékin ne le lâchera pas, tandis que la Maison-Blanche ne peut imaginer son total abandon. Tous les parapluies du monde n’y pourront rien.

Et l’Europe, ou la France, dans tout cela ? Leurs voix demeurent atones. Mais si l’Élysée avait une politique en la matière, alors que nous demeurons encore la deuxième puissance maritime du monde, cela se saurait depuis longtemps. En attendant, nous en sommes réduits à compter les points d’une partie dans laquelle nous n’avons plus prise.

Le général de Gaulle est loin, lui qui fut le premier à reconnaître la Chine maoïste, et un Emmanuel Macron qui a encore du chemin à faire avant même de songer à le rattraper. Mais, à l’approche de notre fête nationale, on ne saurait s’occuper de savoir quel prochain Kiddy Smile il convient d’inviter à l’Élysée, tout en se penchant sur les intérêts de la France en une planète devenue de plus en plus incertaine.

On se consolera en se disant que les Chinois ont de la chance d’avoir un président digne de ce nom. Parce que nous…

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