On a beaucoup parlé, récemment, de la nouvelle clause, dite « inclusive », imposée par l’académie des pour l’année 2024.

Anne-Sophie Hongre-Désir détaillait très justement, ici même, sur Boulevard Voltaire, les modalités de sélection concernant la catégorie du Meilleur film, soit quatre critères aussi restrictifs qu’inquiétants pour la création cinématographique. Ou comment appliquer au septième art un système douteux qui rappelle de loin le confessionnalisme libanais avec ses quotas proportionnels à l’évolution démographique…

Bref, la porte ouverte à la racialisation extrême des discours et à un climat de plus en plus anxiogène.

Cela, Éric Zemmour, sur CNews, et Anne-Sophie Hongre-Désir, sur Boulevard Voltaire, l’ont parfaitement compris. L’ennui, c’est que leur argument majeur consiste à dire que le cinéma n’a pas pour vocation de représenter la réalité des peuples dans la mesure où il n’est pas question du champ électoral. Hélas, ils n’ont qu’en partie raison. Si le cinéma américain a très vite fait l’impasse sur la représentation des couches populaires dès les années 1920 en faisant fi de tout équilibre sociologique sur les écrans, le cinéma français dans sa période classique – des années 1920 aux années 50 – reposait précisément sur un principe tacite, une loi non écrite, de représentation du peuple français dans toutes ses composantes. Un « cinéma du compromis » dans lequel la France ouvrière côtoyait la France bourgeoise, paysanne, et même aristocratique ! On se souvient d’Abel Gance, qui affichait ouvertement son empathie pour une certaine noblesse désargentée avec Le Roman d’un jeune homme pauvre, ou du cinéma d’André Berthomieu, qui redoublait sans cesse d’ironie à l’égard de cette même caste désespérément accrochée à ses privilèges (Pas si bête, ou encore Amour, Délices et Orgues). Ce « cinéma du compromis » ne découlait en rien d’une volonté idéologique, il était naturel à une époque où , la ville décisionnaire du cinéma français, n’avait pas encore connu le phénomène de gentrification des cinquante dernières années. Toutes les classes sociales y étaient présentes, à l’exception, bien sûr, de la paysannerie. Si celle-ci était représentée dans le cinéma des années 30, c’est parce qu’elle constituait encore à l’époque une part écrasante de la population française et qu’elle alimentait directement les métropoles – notre agriculture n’était pas mondialisée.

Qu’importe son milieu social, le spectateur trouvait son compte au cinéma ; l’industrie a d’ailleurs connu dans cette période ses records de fréquentation.

Ce fragile équilibre dans la représentation sociologique du cinéma français a pris fin en plusieurs étapes : d’abord avec l’avènement de la Nouvelle Vague qui, au nom de l’art, a réduit les équipes techniques, « auteurisé » les films et embourgeoisé le septième art confiné dans la France haussmannienne (la province n’y est plus qu’un lieu de villégiature) ; puis avec l’évolution logique vers le cinéma militant et déconnecté du réel des années 70 ; et, enfin, avec la mondialisation qui a « beaufisé » sur les écrans les couches populaires.

Les racialistes et indigénistes de France, qui louent aujourd’hui ce qui est en train de se passer aux États-Unis avec la politique des Oscars, ne font que renouer sans même le savoir avec le principe tacite et originel du cinéma classique de représentation nationale qu’avaient injustement délaissé, depuis un demi-siècle, nos élites culturelles. Simplement, les indigénistes ont remplacé la question sociologique par la question raciale…

Si l’on croit comme Zemmour, esprit pourtant brillant, que le cinéma n’a pas à se soucier de représentativité, alors on accepte de fait l’éviction progressive dont ont été victimes les couches populaires du cinéma français ! Et l’on accepte, par ricochet, la domination idéologique des classes supérieures sur celui-ci…

Si l’on adhère, à présent, à l’idée que le cinéma doit se soucier un minimum de représentation du peuple, alors deux solutions s’offrent à nous : soit on se couche devant les indigénistes, soit on accepte notre seule fenêtre de tir, qui consiste à redéfinir qui appartient à ce peuple et qui n’a pas vocation à en faire partie. Dans les deux cas, nous allons au conflit.

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