n’est sans doute pas un spécialiste de la notation mais, quand il parle de sa propre expérience, on peut a priori lui faire confiance. Sur Canal+, il a reproché aux professeurs de son collège, classé en zone prioritaire, de lui avoir « menti » en le surnotant. Considéré comme un bon élève, sa désillusion fut grande au lycée. Au-delà de son cas particulier, le problème de la notation est un vrai problème, qu’on ne peut éluder, surtout quand on connaît le poids du contrôle continu au diplôme national du brevet et, prochainement, au baccalauréat.

Il n’est pas besoin d’être sociologue pour savoir que la notation est relative et dépend de beaucoup de facteurs. Ni d’inventer une « constante macabre » pour expliquer que les professeurs, sous la pression de la société, feraient en sorte d’avoir toujours un certain nombre de mauvaises notes. L’important, c’est que la notation soit comprise des élèves et que, pour les examens, elle soit harmonisée.

Au-delà des termes savants pour désigner les types d’évaluation (diagnostique, formative, sommative, etc.), les professeurs distinguent, dans la pratique, les exercices destinés à mesurer les acquis, les lacunes ou les insuffisances, et ceux qui ont pour objectif la délivrance d’un diplôme. Au cours de l’année, la notation peut varier d’une classe à l’autre. Il y a toujours, dans un établissement, quelques « peaux de vache », plus sévères que d’autres, mais ils sont connus et les conseils de classe en tiennent compte dans leurs délibérations.

La plupart des professeurs explicitent les critères sur lesquels se fonde leur notation. Il leur arrive d’ajouter un ou deux points à un élève qui, manifestement, fait des efforts pour progresser, afin de l’encourager. Quant au baccalauréat, tel qu’il se passe actuellement, les correcteurs doivent suivre un barème et leurs notes sont harmonisées pour éviter les disparités éventuelles.

Le problème soulevé par se pose dans des classes où les élèves indociles sont majoritaires et où l’on surnote pour ne décourager personne, voire pour se protéger. « [Au collège], j’étais un des premiers de ma classe, les meilleures notes, des félicitations partout », a-t-il déclaré, ajoutant : « [Au lycée], je me suis rendu compte que j’étais moyen. » C’est une réalité que personne ne peut nier. Y a-t-il des solutions pour sortir de cette impasse, nocive aussi bien aux élèves médiocres – qui s’emplissent d’illusions – qu’aux bons élèves qui stagnent ?

Rien ne sert d’avoir, dans ces collèges souvent difficiles, un projet pédagogique spécifique ni une notation abusivement indulgente. Ces méthodes, si elles peuvent améliorer le de la classe, ne remplaceront jamais l’assimilation des connaissances fondamentales, sans lesquelles aucune compétence solide ne peut être acquise. Il faudrait accepter l’idée que tous les élèves n’ont pas les mêmes capacités, pousser vers l’excellence (quel que soit leur milieu socio-culturel) les élèves qui ont plus de facilités et consolider les bases des autres. Bref, des enseignements différenciés dans des classes différentes.

Un enseignement moins exigeant, qui va de pair avec une notation plus indulgente, ne peut, à terme, que produire des aigris. Adapter les examens et la notation au niveau des élèves au lieu de conduire les élèves à un niveau défini est une forme d’imposture. La future réforme du accorde une part importante au contrôle continu (40 % de la note). Malgré les garanties qu’essaie d’apporter le ministère, la question des différences de notation risque de prendre de l’ampleur et d’accentuer les disparités entre établissements.

On objectera que les universités pratiquent également le contrôle continu. Certes, mais les diplômes qu’elles délivrent sont inégalement reconnus.

7 février 2019

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