Fusion Alstom-Siemens : Paris et Bruxelles, même combat ?

Pour Bruno Le Maire, la décision de la Commission européenne d’empêcher la fusion d’Alstom avec Siemens serait contraire aux intérêts de l’Europe et, à l’inverse, très profitable à ceux de ses concurrents internationaux canadiens ou chinois.

À première vue, on pourrait penser que la crainte du ministre soit justifiée. En effet, un tel conglomérat pourrait lutter avec plus d’atout contre les mastodontes de l’industrie des puissants. Cette conception planétaire des intérêts “régionaux” peut avoir sa cohérence et pourrait ne pas être balayée d’un revers.

Or, ce n’est pas tout à fait de cela qu’il est question, en réalité.

On observera d’abord que les menaces exotiques sur le “marché de la mobilité ferroviaire”, si elles existent, sont pour l’heure tout à fait potentielles. Elles méritent de n’être pas négligées, mais cela étant, il n’y a pas non plus “le feu au lac”, comme diraient nos avisés amis helvétiques. Il serait peut-être sage de donner du temps au temps avant de prendre des décisions aussi définitives. Alstom dispose de réserves satisfaisantes et d’un carnet de commandes rempli à quatre ou cinq ans.

Ensuite, si on analyse le montage, on pourra décrypter que cette opération s’apparente à une absorption de l’unité française par son partenaire allemand, compte tenu de la répartition des parts sociales de la nouvelle société. Or, dans l’état de l’Union aujourd’hui, les intérêts globaux des Européens ne sont pas tout à fait égaux à la somme des intérêts de chaque État membre. Dans le cas d’espèce, les intérêts de l’Allemagne ne recouvrent pas ceux de la France. L’un des deux serait lésé. Devinez lequel !

L’association envisagée constituerait un regroupement parfaitement vertical des activités, lequel ne pourrait éviter des mesures restrictives pour la réalisation inévitable d’économie d’échelle. Cela voudrait dire des emplois (seule réelle valeur d’ajustement dans nos “démocratie libérales”) en moins dans notre pays, c’est-à-dire tout le contraire de ce que nos données macroéconomiques requièrent d’une vraie politique de défense de nos intérêts.

Mais pour autant, la position de la Commission dans cette affaire n’en est pas louable car si ses décisions sont objectivement positives, ses motivations ne diffèrent guère de celle de monsieur Le Maire. L’un et l’autre n’ont pour visée que celle du profit, celui du système et non celui des citoyens. Si le ministre défend le projet capitalistique de cette affaire, la Commission, elle, défend celui de la libre concurrence. Ils divergent donc à très court terme, mais ils se rejoignent parfaitement sur le moyen et surtout le long terme. Une fois de plus, leur combat est celui de l’argent (prix et inflation) contre l’emploi. On connaît les conséquences néfastes de cette conviction imposée depuis quarante ans et cela s’aggrave.

On voit bien comment cette idéologie étend ses méfaits sur la répartition des richesses en France et dans le monde. Des très riches deviennent de moins en moins nombreux et de plus en plus riches. En parallèle, la masse des citoyens, de moins en moins libres et de plus en plus contrôlés, ont de plus en plus de difficulté à vivre en travaillant. Nous pouvons être inquiets de cette convergence, même de cette alliance contre les intérêts du plus grand nombre.

Le cas de la vente des aéroport français démontre parfaitement que les intérêts privés ne recouvrent pas les intérêts publics. Le capitalisme émergent chinois, à qui fut vendu il y a peu la majorité des parts de Toulouse-Blagnac, les revend aujourd’hui avec une énorme plus-value, dont les intérêts français sont absents. Il est temps de stopper le courant des vases communicants qui appauvrit les citoyens et enrichit l’oligarchie financière.

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