Economie - Editoriaux - Société - 24 août 2019

Nouvelle offensive gouvernementale contre le gaspillage, cette fois non alimentaire

Constatant que plus de 650 millions d’euros de produits non alimentaires neufs et non périssables sont jetés ou détruits chaque année en France, le gouvernement a récemment annoncé la mise en œuvre d’une nouvelle mesure visant à imposer de donner ces produits ou de les recycler, à partir de fin 2021 ou 2023, suivant les cas, en complément aux mesures déjà adoptées ces dernières années contre le gaspillage alimentaire.

Selon le projet de loi « anti-gaspillages et pour une économie circulaire », les entreprises devront réemployer, notamment par des dons à des associations caritatives, réutiliser ou recycler tous les invendus ou s’exposer à une sanction.

La secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, Brune Poirson, soutient qu’il s’agit de « favoriser le développement de l’économie sociale et solidaire […] afin d’éviter la destruction d’objets, de produits en parfait état de marche et ce gaspillage scandaleux ».

Un tel bon sens ne peut que réjouir le citoyen responsable et soucieux de la préservation de l’environnement et des ressources naturelles de la planète. Et nul ne saurait contester la pertinence de ces bonnes résolutions qui rappellent, toutes proportions gardées, les leçons d’économie domestique prodiguées jadis aux écolières pour qu’elles deviennent, à l’âge adulte, des maîtresses de maison économes et avisées…

Conscients, toutefois, des difficultés de mise en pratique de cette mesure, nos dirigeants ont prévu des aménagements pour le secteur du luxe, inquiet de l’émergence d’un marché parallèle de produits bradés. Mais c’est en réalité l’ensemble des entreprises industrielles et commerciales qui risquent d’être confrontées à une sorte de marché noir des objets invendus, menaçant dangereusement leur marge bénéficiaire.

En effet, comme en matière de gaspillage alimentaire, une telle mesure se heurte au système économique actuel fondé sur le capitalisme marchand et qui fonctionne principalement grâce à l’endettement et à la surconsommation des ménages.

Or, pour lutter contre ce phénomène effectivement inacceptable, il faudrait remettre en cause la société de consommation, soutenue par une publicité envahissante, en encourageant l’achat de biens durables et de bonne qualité dans les domaines de l’électroménager, de l’ameublement ou de l’habillement, par exemple. Il convient également de revenir à une politique protectrice de la concurrence « libre et non faussée » et de développer les circuits courts de distribution (« du producteur au consommateur », selon la formule consacrée), plus économes en énergie.

Comme l’observait à juste titre le journal Libération dans son édition du 10 juillet dernier, « l’économie circulaire pose un cadre et des principes très positifs pour une transition écologique, mais on ne peut la dissocier d’une maîtrise de notre consommation, donc un effort vers la sobriété, via une remise en question de nos modes de vie ».

Dans notre société hyper-individualiste, où les désirs de chacun ont vocation à devenir des droits, une telle révolution des mentalités n’est pas près de voir le jour…

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