Editoriaux - Entretiens - International - 17 novembre 2019

Nikola Mirkovic : « 150 églises ont été détruites pendant que 800 mosquées ont été construites »

À l’occasion de la sortie de son livre Bienvenue au Kosovo, Nikola Mirkovic a répondu aux questions de Boulevard Voltaire.

L’histoire de cette BD se passe au Kosovo entre les années 1990 et 2004 : pourquoi avoir choisi ce cadre ?

C’est une des périodes les plus dramatiques de l’histoire du peuple serbe. En 1999, sans aucun mandat de l’ONU et en infraction avec de nombreuses lois et conventions internationales, l’ a attaqué la Serbie gratuitement en pilonnant massivement le pays, et particulièrement les infrastructures civiles, pour découper le Kosovo et la Métochie et l’offrir à des extrémistes albanais. Suite à cette invasion de l’, plus de 250.000 Serbes ont dû fuir la région, 150 églises ont été détruites pendant que 800 mosquées étaient construites. Plus de 1.000 Serbes ont été assassinés et un racisme anti-serbe s’est institutionnalisé. En 2004, des extrémistes albanais ont lancé un véritable pogrom contre les Serbes. De nombreux Serbes ont de nouveau dû fuir, plusieurs Serbes ont été tués et des églises ont de nouveau été profanées et incendiées sous l’œil impassible de l’. Je pense que cette période de désolation intense et tragique était une période propice pour expliquer aux lecteurs le drame réel du Kosovo.

Votre BD parle évidemment de l’antagonisme entre Serbes et Albanais. Pourquoi avoir choisi le mode de « la petite histoire dans la grande » ?

Nous avons choisi de ne pas faire une BD purement historique mais d’écrire un scénario dont la toile de fond est la guerre du Kosovo et, globalement, les guerres de l’ex-Yougoslavie. C’est un exercice différent mais qui permet certainement de mieux faire comprendre les sentiments de ceux qui ont vécu ces guerres et qui souffrent des conséquences qui en découlent. J’ai eu de la chance de travailler avec une scénariste de renommée internationale, Simona Mogavino, et d’un dessinateur également extrêmement talentueux, Giuseppe Quattrocchi, avec lesquels nous avons voulu créer une ambiance de guerre qui permette de mieux comprendre celle des Balkans et le ressenti de nos personnages quels que soient leurs camps. On veut que le lecteur se rende compte qu’une guerre, c’est un sujet très compliqué qui dépasse la vision manichéenne que les médias occidentaux ont voulu nous inculquer avec les méchants Serbes d’un côté et les gentils de toutes les autres nations de l’autre. Nous avons voulu montrer aussi que l’antagonisme entre Serbes et Albanais a été aggravé par l’intervention de l’OTAN, c’est une chose peu connue à l’Ouest.

Êtes-vous optimiste quant à l’avenir entre Serbes, Croates et Albanais ?

Actuellement, non. La situation dans les Balkans n’est pas bonne. Même dans les pays qui ont rejoint l’Union européenne, il y a beaucoup de corruption, de chômage et d’émigration. Qu’est-ce que Bruxelles et Washington ont apporté aux Balkans ? Des voitures allemandes, des soldats américains, un mille-feuille administratif et des Gay Pride. Ça ne fait pas rêver la jeunesse des Balkans, ça. Tout en apportant ces réformes politiques, économiques et sociétales dans les Balkans, les puissances occidentales continuent de montrer la Serbie du doigt et d’entretenir la méfiance contre elle. La Serbie veut rester neutre mais on lui met une pression absolument incroyable pour qu’elle rentre dans le giron atlantiste. C’est impressionnant et terrifiant à la fois. Comment construire la paix dans les Balkans quand le plus grand pays est systématiquement calomnié ou menacé ? Je pense que les peuples des Balkans veulent la paix sincèrement, mais celle-ci ne viendra pas tant que Bruxelles et Washington continueront de se comporter comme si les Balkans étaient leur terrain de jeu.

Y a-t-il un peu de votre histoire dans ce récit ?

Oui, forcément. J’ai vécu ces histoires : j’étais en 1999 en Serbie, j’ai été en 2005 au Kosovo un an après le pogrom. Le Kosovo et la Métochie font partie de mon histoire et de l’histoire de tous les Serbes mais cette BD n’est pas mon autobiographie.

Entretien réalisé par Marc Eynaud

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