Nicolas Dhuicq, maire de Brienne-le-Château (Aube), député de 2007 à 2017, vient de “franchir le Rubicon” en quittant Les Républicains pour rejoindre, ce samedi 3 février 2018, Debout la France, qui tenait son conseil national à .
Il explique les raisons de ce ralliement au micro de Boulevard Voltaire.

Nicolas Dhuicq, après avoir rejoint Les Amoureux de la France il y a quelques mois, vous quittez Les Républicains pour adhérer à Debout La France. Pourquoi ce choix ?

C’est la résultante d’une réflexion personnelle.
Elle est liée premièrement à un clivage politique qui me semble structurant et pourtant oublié. Il y a, d’un côté, ceux qui croient que la nation peut être encore un espace de solidarité pertinent et a encore un rôle à jouer. De l’autre, un courant que je sens plutôt dominant aujourd’hui s’articule autour de monsieur Macron et ceux qui s’y rattachent. Il consiste à penser que la nation est un artefact du passé qu’il convient progressivement d’éliminer en faisant de plus en plus d’organismes supranationaux.
Le deuxième grand groupe de raisons repose sur trois questions fondamentales qui, à mon sens, nous sont posées. Elles se posent à nous, Français, mais aussi aux Européens, et plus largement à l’ensemble de l’humanité, très modestement, et si vous me permettez ce lyrisme.
La première question est celle de cette guerre civile qui divise l’islam sunnite. Qui va gagner dans cette lutte entre le pôle réformateur d’un côté et les wahhabites et les Frères musulmans financés par les pétromonarchies du Golfe de l’autre ?
La deuxième question est le rapport entre le capital et le travail. Il est perturbé en ce moment par de nouveaux modes de production et, surtout, par l’explosion des différences de revenus entre les très riches et le reste de la population. Il y a deux moyens d’écrire le monde, aujourd’hui. Vous avez, d’un côté, la position libérale qui dit que le niveau global a augmenté – ce qui est vrai. De l’autre, il y a la position que je viens de décrire et qui est reprise, par exemple, par La France insoumise et d’autres économistes. Pour moi, les deux sont justes. Nous avons à la fois une élévation du niveau de vie et, en même temps, une explosion des différences entre les très riches et les autres.
La troisième question, à laquelle je tiens, est celle liée à la marchandisation du corps humain, au transhumanisme, à l’interface et l’hybridation homme-machine. Il s’agit de savoir si nous aurons, à terme, deux humanités : une humanité qui pourra être augmentée et une humanité uniquement biologique.
Cela est bientôt du quotidien. Nous allons bientôt voir arriver à l’Assemblée, comme vous le savez, des lois de bioéthique.

Selon vous, Nicolas Dupont-Aignan défendra-t-il mieux cette position-là qu’un Laurent Wauquiez, par exemple ?

Nicolas Dupont-Aignan est un garçon courageux. Pour se battre seul pendant des années, il faut vraiment être courageux et avoir le cuir solide.
Ensuite, il a des positions sur lesquelles j’ai toujours été très proche, finalement. Nous sommes issus du même parti, du RPR. J’avais voté pour lui lorsque, pour la première fois au RPR, il y a eu des élections pour choisir le chef du parti politique. Il avait recueilli, de mémoire, un peu plus de 20 % des voix.
Je pense que, surtout, je veux être plus utile pour le pays et en politique à participer dans son mouvement, à créer une autre offre politique pour les Français.
Pour ce qui concerne Wauquiez, aussi sympathique soit-il, je crois qu’il ne pourra pas appliquer les idées d’un électorat par lequel il a été élu. Il aura un problème financier, d’abord. Et, ensuite, il aura un problème de maintien de chefs dans son parti politique qui ne sont pas du tout d’accord avec lui.

Selon vous, les tenants de la ligne libérale et celle plus nationale des Républicains n’arriveraient pas à s’entendre ?

Je crois surtout que les tenants d’une ligne pour laquelle la nation aurait encore un rôle à jouer sont, de toute manière, laminés par le rapport de force. Même si, inconsciemment, je suis persuadé que, dans l’esprit des militants, si on leur expliquait mieux, ils pourraient se rallier en plus grand nombre à cette position. On verra aux futures élections européennes que la majorité des chefs restent dans l’idée de faire un petit replâtrage des institutions européennes, par exemple, alors qu’elles auraient besoin d’un grand chambardement.

3 février 2018

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