2021 : bicentenaire de la mort de Napoléon. L’occasion de belles polémiques comme on les aime tant dans notre pays sur fond de repentance, bien évidemment, vu que c’est la mode. Commémorer, pas commémorer, là est désormais la question.

En 2019, le 250e anniversaire de la naissance de l’Empereur avait été célébré dans la plus grande discrétion. Rien à voir avec le 200e anniversaire sous Pompidou, en 1969, avec une année impériale en grande pompe, comme la République savait alors le faire. Depuis, tout a changé. On a découvert des tas de trucs sur Napoléon qui obligent à reconsidérer les choses, vous comprenez. Déjà sous Chirac, pour le bicentenaire d’Austerlitz, on avait rasé les murs et assuré le service minimum. Paraît que Chirac venait d’un parti qu’on qualifiait volontiers de bonapartiste…

Alors l’échéance du 5 mai approche et le débat s’échauffe. Le fait que Bonaparte ait rétabli l’esclavage dans les colonies en 1802 rend suspect tout ce que le Petit Caporal a touché de près ou de loin. On se demande, d’ailleurs, pourquoi l’idée de supprimer la Légion d’honneur ne prospère pas plus que ça. D’autant que la création de notre premier ordre national date du 19 mai 1802 et le rétablissement de l’esclavage du 20 mai 1802. Une telle connivence calendaire est suspecte…

Et en ce 8 mars, Journée de la femme – pardon : Journée internationale des droits des femmes -, ressort le lourd dossier de Napoléon relatif à sa misogynie. Rien de tel qu’un procès mémoriel avec les critères de notre temps. C’est vrai que l’on prête à « l’Ogre » des propos sur les femmes qui frisent aujourd’hui la correctionnelle. Florilège, comme on dit, tiré du livre de la journaliste féministe Benoîte Groult (1920-2016), grand-officier de la Légion d’honneur (!) : « Les femmes sont l’âme de toutes les intrigues, on devrait les reléguer dans leur ménage, les salons du gouvernement devraient leur être fermés », « La nature destinait les femmes à être nos esclaves. Elles sont notre propriété. Elles nous appartiennent, tout comme un arbre dont la production de fruits appartient au jardinier », « Il y a une chose qui n’est pas française, c’est qu’une femme puisse faire ce qu’il lui plaît ». On va en rester là avant d’avoir des ennuis. Effectivement, dites ça à Marlène Schiappa, pourtant un peu corse, elle aussi, ça ne peut pas passer, aujourd’hui. Aujourd’hui.

Est-ce à dire que Bonaparte était misogyne ? Disons qu’il était de son époque et de son île dont les mœurs, à la fin du XVIIIe siècle, devaient plus ressembler à celles de Rome sous César qu’à celle des States sous Rachel Levine, Biden et consorts. Paraît qu’on appelle ça le contexte historique et social… Mettons que Bonaparte était misogyne, mais cela ne l’empêchait pas d’aimer les femmes. Un extrait d’une lettre à Joséphine qui vaut bien du Marie Minelli ou du Marlène Schiappa nous décrivant le shampooing coulant sur ses épaules, son ventre, ses jambes alors qu’elle prend sa douche : « Bon Dieu ! Que je serais heureux si je pouvais assister à l’aimable toilette, petite épaule, un petit sein blanc, élastique, bien ferme ; par-dessus cela, une petite mine avec le mouchoir à la créole, à croquer. »

Mais au fait, pourquoi évoquer tout ça ? La Journée de la femme, d’accord. Mais encore ? Ah oui, « c’est rapport » aux propos sur Napoléon du ministre Élisabeth Moreno (pas Morano ; pour éviter de confondre, l’une est brune, l’autre blonde), dimanche, au « Grand jury RTL » : « C’est l’un des plus grands misogynes que j’ai jamais lu et, en même temps, c’est un grand homme de l’Histoire française [en principe, on dit Histoire de France, mais bon…], donc je ne sais pas. » Le ministre emporte ainsi avec brio tout à la fois le premier prix du « en même temps macronien » et un accessit pour sa découverte que Napoléon était un grand homme.

8 mars 2021

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