Ces élections municipales de 2020 resteront dans l’histoire politique française contemporaine. Comme un trou d’air démocratique, un point bas. Historiques, elles le sont pour trois raisons.

D’abord, ces élections Covid-19 ont battu tous les records d’abstention de l’histoire électorale française pour ce type de scrutin municipal, d’ordinaire très mobilisateur. L’abstention atteignait 56 % au premier tour. Le second tour n’a fait qu’aggraver la désaffection démocratique. À midi, la participation n’était que de 15 %, ce dimanche, déjà en retrait de 3 points par rapport au 15 mars dernier. Et la tendance n’a fait que se confirmer durant la journée : seuls 40 % des Français ont voté. Nouveau fiasco démocratique. Ce fiasco était prévisible : la responsabilité de l’exécutif est grande. La faute au Covid-19. Mais pas que : alliances étonnantes (Lyon, Montpellier, etc.), absence d’opposition mobilisatrice au niveau national, calculs de l’exécutif, drôle de campagne, comme on disait « drôle de guerre ».

Cette épidémie a révélé la grande docilité des Français pendant le confinement, et leur peur de se rendre aux urnes ensuite.

Des cyniques et des calculateurs pourraient s’en réjouir et trouver dans ce fiasco des motifs d’espérer : finalement, une démocratie au rabais, avec une participation très minoritaire et des leaders élus par un tout petit nombre, n’est-ce pas l’idéal ? Le (dernier ?) moyen de prolonger un système fatigué avec l’apparence de la démocratie ? La démocratie française repose sur un Président élu comme vous savez (demandez le détail à Mme Houlette) et des maires mal élus. Cela peut-il continuer longtemps ?

Ensuite, ces élections sont aussi historiques car le parti majoritaire LREM, fondé il y a trois ans, n’a pas réussi l’implantation dont il rêvait, notamment dans les villes qui avaient offert, en mai 2017, des scores soviétiques au candidat Macron. Ce 28 juin 2020 signe un nouveau fiasco du macronisme et un échec personnel pour le Président. LREM ne dirigera aucun exécutif de grande ville, en dehors du Havre. Mais, là encore, Édouard Philippe a été plus réélu comme ancien maire LR, et par rejet du candidat communiste, que comme leader LREM. Tout était faussé. Même les victoires sentent le fiasco à retardement. Du jamais-vu dans l’histoire politique de ces cinquante dernières années. Le château de cartes édifié avec la fulgurance de l’éclair en 2016-2017 s’effondre aussi rapidement.

Mais ces élections ne sont pas seulement historiques à cause des conséquences de l’épidémie en termes de participation et de méfiance à l’égard du macronisme. Elles sont aussi la continuation de phénomènes plus anciens dont le macronisme n’a été qu’un épiphénomène : l’effondrement des deux grands partis d’antan se poursuit.

LR aurait pu profiter de la situation et des dernières révélations montrant que la Justice était systématiquement instrumentalisée par les pouvoirs hollandais puis macroniste contre les candidats Fillon et Sarkozy. Or, ce parti a été inaudible et – pire – n’a rien trouvé de mieux que de s’allier, parfois de façon stupéfiante, comme à Lyon, avec cette majorité LREM en perdition. Cela a entretenu la confusion dans l’esprit de ses électeurs et enlevé le peu de crédibilité qui restait à LR, qui ne sait plus où il est ni où sont ses fondamentaux. D’où les pertes de villes importantes comme Bordeaux, Marseille, Tours, Besançon, Nancy au profit des Verts. LR n’en finit pas de mourir.

Quant au PS et à la gauche, ils sont désormais supplantés par cette même gauche verte qui a réalisé de très bons scores, remporté certaines grandes villes et peut nourrir de grands espoirs. Mais ces victoires urbaines des Verts sont fragiles, d’abord à cause de l’abstention, ensuite car EELV ne fait que prendre le relais du vieux socialisme (Poitiers) ou du macronisme urbain qui s’est évanoui avant d’advenir. Tiendraient-ils aux affaires plus longtemps que lui sous l’effet de la crise économique qui vient ?

Quant au RN, alors que la situation était porteuse, il a été desservi par l’abstention, plus forte dans son électorat populaire. La victoire de Perpignan est emblématique, mais au niveau national, le bilan est mince : une poignée de petites villes… Tirera-t-il les leçons de cette nouvelle déconvenue et de la nouvelle situation ?

Une situation politique très éclatée et confuse. Mouvante aussi, car, avec une telle abstention, nul ne peut prédire dans quel sens va évoluer et se cristalliser la recomposition qui n’est toujours pas aboutie. Que se passera-t-il quand les Français se réveilleront ? Mais l’épisode de ces municipales – un échec démocratique incontestable – a cependant montré que la crise politique est telle que la recomposition ne peut passer par un simple replâtrage assorti d’un coup de com’ et d’une neutralisation médiatico-judiciaire de l’adversaire, comme l’a fait en 2017.

Les Français ont refermé, dans leur tête, la parenthèse du macronisme. Ils aspirent à une alternance de fond. Cela peut ouvrir tous les possibles. Chez la gauche verte comme chez la droite de conviction. Mais pour ces deux familles, le travail reste entier : leadership, crédibilité, structures, cohérence programmatique afin de créer sa dynamique populaire qui ne sera plus entravée par les résidus des anciens partis – LREM compris. Ce soir, au vu de l’ampleur de leur victoire, les Verts ont une nette longueur d’avance.

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