Editoriaux - Politique - Presse - 1 août 2015

Mistral russes, la fin

Ainsi c’est décidé : la France ne livrera pas les deux Mistral à la Russie. Que vont devenir ces deux bateaux dont la France n’a pas besoin, disposant déjà de trois bâtiments similaires ?

Nous aurons grand mal à les vendre : ils ont été construits aux normes russes pour ce qui est des lubrifiants et de l’alimentation électrique, et conçus pour opérer dans les mers froides. Nous opérons rarement en mer de Barents et, à moins de les envoyer en Terre-Adélie, nous affrontons rarement les mers polaires. La moitié de la coque de l’un d’eux a même été construite en Russie.

Il est vrai qu’au train où vont les choses, on est capable de suivre les Américains et l’OTAN dans une nouvelle guerre froide.

De toute façon, il va falloir payer des pénalités : la presse russe parle de 1,16 milliard d’euros, qui vont encore aggraver notre déficit.

On peut estimer que Poutine a été accommodant dans cette affaire et que sa réaction a été plutôt discrète.

Quoi qu’il en soit, la France a perdu de la crédibilité pour la vente d’armements et certains pays vont hésiter à se fier à nous. Contrairement aux Américains, nous n’imposions aucune limitation d’emploi pour les armes que nous vendions et cela nous servait, en particulier pour la vente des Rafale ; voilà notre crédit entamé.

Notre politique extérieure est vraiment étonnante : nous avons choisi les pays sunnites, Arabie saoudite et Qatar – démocraties exemplaires -, peut-être dans l’espoir de contrats d’armement, pendant que nous combattons contre les mouvements terroristes qu’ils soutiennent financièrement. Nous combattons Bachar el-Assad, alliés de fait au Front al-Nosra, émanation locale d’al-Qaïda, et après avoir joué la mouche du coche dans la négociation du traité nucléaire iranien, sans changer grand-chose à un accord entre les États-Unis et l’Iran, nous nous précipitons à Téhéran pour recoller les morceaux dans l’espoir que nos entreprises ne se fassent pas claquer la porte au nez.

L’affaire des Mistral était une excellente occasion d’affirmer notre indépendance vis à vis des États-Unis et de nous rapprocher de la Russie dont nous aurons besoin ainsi que de l’Iran pour combattre l’État islamique et stabiliser le Proche et le Moyen-Orient. La Russie et l’Europe ont intérêts liés et, par les sanctions, nous nous tirons une balle dans le pied. L’actuelle crise agricole est en partie due à l’embargo russe sur les exportations européennes.

Remarquons, pour finir, que la Russie aurait pu s’opposer à l’accord nucléaire iranien et qu’elle ne l’a pas fait, et que la coopération spatiale entre la Russie et les États-Unis n’a jamais été interrompue. Alors, pourquoi ne pas faire preuve, nous aussi, d’indépendance ?

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