Au micro de Boulevard Voltaire, Michel Thooris fait le point sur la situation intérieure de la France dans le cadre du deuxième confinement. Il dénonce, en particulier, une « grosse cacophonie » de la part du gouvernement dans les consignes,  notamment « pour les contrôle des commerces non essentiels ».

Nous allons terminer notre première quinzaine de confinement. Jean Castex doit s’exprimer ce soir, à 18 heures, pour définir si, oui ou non, on peut lâcher « la bride ». Cela fait plusieurs semaines que l’on est une fois de plus en guerre contre le terrorisme. Gérald Darmanin a annoncé l’expulsion des fichés S et la dissolution du CCIF. Dans les faits, observez-vous un changement ?

Malheureusement, on n’observe aucun changement. Le ministère de l’Intérieur continue de mener la politique que l’on a connue sous Christophe Castaner. On met la pression sur les collègues pour procéder à davantage de verbalisations dans le cadre du confinement alors que, pendant ce temps-là, encore une école a brûlé cette nuit, à Argenteuil. Finalement, ce sont toujours les mêmes publics qui sont visés. On met des moyens sur la France qui travaille et sur les classes moyennes pour les verbaliser et, pendant ce temps, c’est l’impunité totale dans les quartiers.
Sur la question de la lutte contre le séparatisme, on est aujourd’hui tout à fait insatisfait. Pour nous, les réponses consistant à dissoudre des associations ou à fermer des mosquées radicales n’ont absolument aucun effet. Ce qui pose problème n’est pas tant le lieu de culte en lui-même mais les personnes qui composent ces structures. Aujourd’hui, rien n’est mis en œuvre pour attaquer ces individus radicalisés sur le plan judiciaire. Une fois de plus, on est encore dans des effets d’annonce.

Au début du premier confinement, les forces de police découvraient cette nouvelle facette de leur métier. Ce deuxième confinement se passe-t-il mieux ou est-on, encore une fois, dans une utilisation non habituelle et non voulue de la police nationale ?

Par rapport au premier confinement, le second est beaucoup plus « light ». Par conséquent, beaucoup plus de gens sont dans la rue. Évidemment, faire des contrôles systématiques est inenvisageable. Beaucoup de nos collègues sont, aujourd’hui, utilisés pour contrôler des commerces. C’est une grosse cacophonie de la part du gouvernement pour savoir quels commerces sont indispensables ou non. Nos collègues sont régulièrement utilisés pour se rendre dans les grandes surfaces et vérifier que le rayon des livres a bien été bâché par le commerçant. Vous imaginez bien ce qui passionne nos collègues, quand on ne leur demande évidemment pas d’aller interpeller des enfants de dix ans pour apologie du terrorisme. Notre syndicat condamne toute apologie du terrorisme. Mais est-ce que les propos d’un gamin de dix ans à l’école relèvent vraiment des services de police ou est-ce que c’est davantage un problème d’éducation ?

Derrière l’interprétation de ces enfants de dix ans, on peut se poser évidemment la question des parents. Ils n’ont pas entendu ces propos n’importe où. Serait-ce une bonne solution que de prendre cela très au sérieux dès le départ ?

Je ne vous cache pas quelle fut notre surprise concernant cette procédure judiciaire. Imposer une retenue sur des enfants de dix ans ! N’aurait-il pas mieux valu, dans ces cas-là, de faire une vraie garde à vue sur les parents et déterminer pourquoi des enfants de dix ans tiennent déjà des propos de cette nature-là à leur âge ?
Compte tenu de la gravité des faits qui se produisent sur le territoire national, il est évident que la police ne va pas pouvoir tout judiciariser. Certains événements doivent être traités soit par les parents soit par l’Éducation nationale si les parents sont défaillants.
Aujourd’hui, la fessée est interdite. Mme Macron a fait pression et le Parlement a voté pour l’interdiction de cette dernière. Vous comprenez que même des parents de bonne volonté qui veulent éduquer leurs enfants n’ont plus ce moyen pour essayer d’affirmer leur autorité parentale. En même temps, on veut davantage d’éducation et de respect des valeurs républicaines et on retire aux parents des moyens d’éducation qui sont des moyens utilisés depuis toujours. Quand un enfant se comportait mal dans les années soixante, il prenait des coups de règle sur le bout des doigts et personne n’en est mort. Aujourd’hui, les parents ne peuvent même plus mettre une fessée à leurs enfants. Par conséquent, on vient pleurnicher devant les services de police ou de gendarmerie pour régler les problèmes que la société n’est plus capable de régler en amont.

Avez-vous le sentiment que c’est le principal reproche que font les forces de l’ordre au ministère de la Justice ? La Justice suit-elle davantage les forces de l’ordre ?

La Justice ne suit pas davantage les forces de l’ordre. Ce n’est pas uniquement un problème idéologique, mais aussi un problème de moyens. Les prisons sont pleines.
Sur toute la question liée aux reconduites à la frontière ou à des lois d’exception que l’on souhaiterait prendre, cela ne sera de toute façon pas possible. Nous sommes au sein de l’Union européenne et nous respectons les conventions signées et les orientations de la Cour européenne des droits de l’homme. Toute orientation pénale qui n’irait pas dans le sens de la Cour européenne des droits de l’homme sera cassée devant les juridictions judiciaires de premier et de second degré. Encore une fois, quelle que soit l’idéologie des magistrats, ils casseront les procédures si elles n’entrent pas dans le cadre de la Convention européenne des droits de l’homme. Avant toute chose, il faut sortir des traités de l’Union européenne et retrouver notre souveraineté judiciaire et, seulement à ce moment-là, on pourra appliquer une politique de fermeté.

12 novembre 2020

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