Nouveau monde, nouveau concept de grève : la grève sanitaire. Mardi 10 novembre, à l’appel de plusieurs syndicats enseignants, ainsi que de fédérations de parents d’élèves, a eu lieu une « grève sanitaire » pour exiger le renforcement du protocole sanitaire dans les établissements scolaires. Obliger les enfants, dès l’âge de six ans, à porter un masque qui, pour les plus timides, les timorés, les discrets, les mal dans leur peau, les non-scolaires, ressemble à s’y méprendre à un bâillon n’a pas suffi. Certes, les images d’adolescents agglutinés dans les cours de récréation n’ont pas forcément aidé à la diffusion de la doctrine gouvernementale de distanciation sociale. Mais il est unanimement reconnu que les moins de 30 ans ne développent généralement pas de forme grave de la maladie.

En même temps, les syndicats se disent conscients de l’impératif de laisser lycées, collèges et écoles ouverts. Jean-Michel Blanquer, qui l’été dernier affirmait avoir « tout prévu » pour une rentrée sûre et sereine – comme Olivier Véran -, se prend en pleine figure l’effet boomerang de cette doctrine du « en même temps ». En effet, l’instauration d’un protocole sanitaire exigeant et obligatoire – gel, masque, aération des locaux, distanciation, limitation du brassage d’élèves -, dont on se demande s’il est mis en place pour son efficacité réelle ou pour donner à voir un « sentiment » d’action politique, ne résiste pas longtemps à l’épreuve du réel : parfois, c’est tout simplement impossible. Il a donc commencé à céder. En effet, depuis la rentrée de novembre, plusieurs lycées fonctionnent déjà avec des classes scindées en deux, par demi-groupes, tandis que le ministre de l’Éducation a annoncé la prise en compte du contrôle continu pour les épreuves du baccalauréat, sauf, bien sûr, pour les écoles hors contrat qui passeront donc un bac « à l’ancienne », comme vous et moi. C’est ce qu’on appelle l’égalité républicaine.

Et sur les réseaux sociaux, comme sur les bancs des collèges circule, avec insistance, la rumeur de la fermeture prochaine des établissements scolaires. Si cette rumeur s’avérait fondée, ce serait dramatique pour l’économie – retour de l’école à la maison avec des parents en télétravail – et pour la formation, le niveau scolaire des générations futures. On ne parle même pas du moral des Français. « Notre pays est en train de s’enfoncer dans la dépression, au sens psychiatrique du terme », avertissait récemment André Comte-Sponville.

Qu’il nous soit permis quelques remarques : l’adolescence est vraiment l’âge où se construit, s’acquiert le sens de la continuité dans l’effort : rythme et régularité en sont les clés. Une scolarité buissonnière, un peu à la maison, un peu à l’école, est extrêmement déstabilisante. Ce genre de décisions porte avant tout préjudice aux enfants, le nouveau droit à la sécurité sanitaire, ce fameux « droit à la santé », prenant le pas sur le droit des enfants à aller à l’école.

Que demandent, au fond, les syndicats ? Tout simplement que le gouvernement traduise en actes et en moyens la doctrine de la sécurité sanitaire, de l’hygiénisme comme impératif moral, du droit à la bonne santé pour tous au détriment de nos libertés les plus fondamentales qu’il a lui-même promu, et qu’il est en passe d’imposer. Blanquer, dans ce face-à-face avec les enseignants, est pris dans le piège créé par le gouvernement auquel il appartient.

Pendant ce temps, une étude réalisée en septembre, soit après l’interruption de l’école pendant le confinement, et reprise par Les Échos, alerte sur la baisse de niveau de la lecture à l’entrée en sixième : « Seuls 53,4 % des élèves atteignent le score moyen de « fluence » qui, en fin de CM2, doit conduire les élèves à lire 120 mots et plus par minute. Ils sont même 15,4 % à ne pas atteindre le score attendu en fin de CE2 et 31,1 % présentent des fragilités. »

À un moment, il va falloir choisir : protéger la vie nue ou prendre le risque de construire l’avenir.

12 novembre 2020

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