Culture - Editoriaux - Justice - Musique - 6 mars 2019

Michael Jackson : et en même temps…

Notre époque, comme sa musique, est devenue binaire. Tout comme le tempo langoureux du tango et de la valse à trois temps ont dû céder devant le zim-boum d’une variété indigente et les basses cogneuses des rappeurs, la nuance et sa grande sœur la complexité ont ainsi disparu de tous les champs de la vie.

En toute chose il faut maintenant trancher : blanc ou noir, bon ou mauvais, léché ou lynché…

C’est que la morale du temps se veut grande lessiveuse. Ça “kärcherise” à tour de bras. Les célébrités, les politiques et les prélats rasent les murs, craignant le grand inquisiteur qui les attend au premier virage.

On n’en finirait pas de recenser les axes de cette épuration qui s’étend tous azimuts, servie par une armée de rigoristes bien-pensants : on efface les cigarettes sur les vieilles affiches, on met James Bond au régime sec, on “balance des porcs” à longueur de réseaux sociaux…

Bref, l’accusation, mère de la délation, ne s’est jamais si bien portée. Conséquence : la bigoterie moralisatrice se prend les pieds dans son bréviaire.

Avant d’entrer dans le vif du sujet – Bamby/Jackson –, je fais ici une parenthèse. J’ai voulu regarder hier, sur Arte, le documentaire sur les religieuses abusées. Je n’ai pas tenu un quart d’heure. Malaise jusqu’à la nausée… “Ce reportage est glaçant et ce qu’il dépeint difficilement supportable”, déclare la Conférence des religieux et religieuses dans un communiqué, soulignant “l’ampleur de ces ignominies” dont il est vrai qu’elles semblent “à peine croyables”.

Ce documentaire a été diffusé. Libre à qui le voulait – ou le pouvait ! – de le visionner. En revanche, le CSA est d’ores et déjà saisi de 70 demandes pour l’annulation de la programmation, prévue le 21 mars sur M6, du documentaire Leaving Neverland consacré aux agissements de Michael Jackson. Durant trois heures, Wade Robson et James Safechuck, deux anciens protégés de la star, l’accusent, avec force détails, d’avoir à plusieurs reprises abusé d’eux sexuellement.

On le sait, le roi de la pop a déjà eu maille à partir avec la Justice pour des accusations du même ordre. Régis Le Sommier, qui avait en 2005 suivi aux États-Unis le procès pour Paris Match, se confie aujourd’hui à LCI : à l’époque du procès, “son entourage en faisait des caisses […] Je me rappelle aussi du (sic) ballet des ambulances entre le tribunal et Neverland. Il y avait quelque chose de presque christique, comme si Michael Jackson était un martyr.” Régis Le Sommier a voulu y croire, comme les autres, mais le “porc” Weinstein est passé par là. L’Amérique affiche haut et fort son retour en “puritanie” et “l’intérêt de ce documentaire est de mettre à mal des épisodes judiciaires qui ont eu lieu du vivant de Michael Jackson. Pourquoi il s’en est sorti grâce à ses avocats géniaux, son entourage familial et une fortune considérable”, dit aujourd’hui Le Sommier.

Et puisque le monde est binaire, puisque le temps est sans nuance aucune, les radios d’outre-Atlantique bannissent maintenant les chansons de la pop star. “Nous préférons réagir à la situation en retirant les chansons des ondes de nos stations pour le moment”, a déclaré à l’AFP la porte-parole du groupe média Cogeco, gérant de vingt-trois stations au Canada.

Michael Jackson était sans aucun doute un malade sexuel et sans doute aussi, comme en témoigne son physique torturé, un malade mental. Reste l’œuvre. Je réclame la dissociation de l’un et de l’autre, ce qui n’est pas dans l’air du temps, j’en conviens. Peut-être suis-je trop “cool”, comme on dit, je ne sais pas… Simplement, je plaide pour la reconnaissance de la complexité des êtres et des choses.

Michael Jackson n’est pas réductible à sa perversion sexuelle, pas plus que l’Église ne l’est à celle de certains de ses clercs…

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