Il est piquant de constater que ceux-là mêmes qui se réjouissent d’entendre le pape prendre la défense des immigrés font la sourde oreille quand il rappelle la position de l’Église sur le mariage ou le respect dû à la vie humaine, de sa conception à son terme : ils seraient enclins à le déclarer infaillible dans le premier cas et faillible dans l’autre.

Comme l’a défini le concile Vatican I, en 1870, le pape n’est infaillible que lorsqu’il s’exprime ex cathedra en matière de foi et de morale. Dans l’exercice de sa fonction suprême, selon la tradition catholique, il est en quelque sorte le porte-parole de l’Esprit saint mais, en tant qu’homme, il peut se tromper.

Le pape François entretient lui-même la confusion, quand il ne précise pas à quel titre il parle. Ainsi, à l’occasion de Noël, il a abusivement fait le parallèle entre Marie et Joseph, en route pour Bethléem, et l’exode des migrants, “contraints de quitter leur terre” : ils veulent “survivre aux Hérode de l’heure qui, pour imposer leur pouvoir et accroître leurs richesses, n’ont aucun problème à verser du sang innocent”.

Jorge Mario Bergoglio a tout à fait le droit d’exprimer cette opinion. Cet Argentin, descendant d’immigrés italiens, s’est toujours montré sensible au problème de l’. On peut cependant contester que l’ européenne en Amérique latine soit comparable à la vague d’immigrés du Proche-Orient et d’ que l’Europe connaît actuellement.

“N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ”, a-t-il lancé, dimanche soir, dans son homélie, ajoutant que “Noël, c’est le temps pour transformer la force de la peur en force de la charité, en force pour une nouvelle créativité de la charité”. Il n’est pas certain que les Polonais, qui préfèrent les immigrés d’Europe à ceux d’Afrique ou du Moyen-Orient, apprécient ce détournement d’une formule célèbre de Jean-Paul II, qui appelait à l’adhésion au Christ et au choix d’une vie chrétienne.

Certes, le Christ invite à “aimer son prochain comme soi-même”, mais il s’est bien gardé de s’immiscer dans les affaires temporelles, recommandant de “rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu”. On pourrait reprocher à Jorge Mario Bergoglio de confondre les deux registres. Car prêcher la parole de Dieu, ce n’est pas soutenir sans réserve l’accueil de tous les immigrés en omettant de prendre en compte les conséquences d’une telle politique.

Ce n’est pas en ouvrant largement les portes aux immigrés pour des raisons économiques et démographiques qu’on respecte l’Évangile. Ni en leur apportant plus d’avantages qu’aux Français dans le besoin. Ni en considérant que la religion d’une majorité d’entre eux ne pose aucun problème.

Le véritable amour du prochain consisterait à prendre des mesures d’urgence pour accueillir décemment les réfugiés à proximité de leur pays d’origine, afin qu’ils puissent y retourner, la paix civile revenue. La sagesse voudrait que les grandes puissances participent sur place au développement économique et social de ces pays.

Qu’il soit permis de s’en remettre au pape, quand il rappelle la doctrine de l’Église, et de discuter ses propos quand il exprime une opinion ! Rendons au pape ce qui est au pape et à Jorge Mario Bergoglio ce qui lui appartient.

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