Editoriaux - 3 août 2018

Marlène Schiappa : opération « bisous futés ». Même pour les rappeurs ?

En partant en vacances et en écoutant la radio, j’avais l’œil rivé sur mon compteur et, pour vraiment bien me conduire, l’oreille et la tête dans l’opération lancée par Marlène Schiappa. Cet été, sur les routes de la drague, c’est « Opération bisous futés ». Mais j’avoue qu’avec la chaleur et la longueur du trajet à 80 km/h, une avalanche de questions me sont tombées dessus, plus saugrenues les unes que les autres, directement adressées à Marlène Schiappa.

Au fait, vous qui découvrez vos seins, peuvent-ils être vus et par qui ? Qui a le droit et qui sera verbalisé ? Et si c’est juste un petit peu, par étourderie, le temps de regard sera-t-il chronométré ? Y a-t-il différents tarifs pour un postérieur, des seins, des jambes ? Pourquoi ne pas le tester dans une cité (vous y avez renoncé, je crois) ? Excusez-moi, mais avec la chaleur, tout se bouscule dans ma tête.

Est-ce que, au nom de l’égalité, les femmes peuvent être verbalisées aussi ? Par un regard appuyé sur les pectoraux d’un homme ? Et une femme sur la poitrine d’une autre femme, ou seulement les hommes et pourquoi ?

Au fait, Marlène Schiappa, pourquoi les bisous envoyés par un député sont-ils répréhensibles et pas l’attitude d’un Benalla envers une manifestante ? Est-ce pour qu’elle prenne conscience de l’égalité musculaire ?

Au fait, Marlène Schiappa, si je siffle une fille, mais que je suis élève au Conservatoire, est-ce que c’est passible d’une amende ou suis-je couvert par le droit à la liberté de création ?

Au fait, Marlène Schiappa, si je suis galant, je tiens la porte à une femme, suis-je passible d’un PV ? Et, amoureux lui offrant pour la deuxième fois des fleurs, poursuivi pour harcèlement ?

Au fait, Marlène Schiappa, si c’est une femme professeur qui fait des avances à un de ses élèves ado, qui paye l’amende ?

Au fait, Marlène Schiappa, en tant qu’enseignant, à partir de quelle classe puis-je donner vos livres érotiques à lire à mes élèves ?

Au fait, Marlène Schiappa, êtes-vous toujours Charlie ? Parce que les dessins du Gros Dégueulasse, de Reiser, ou ceux de Wolinski vont bien au-delà de vos bisous futés !

Au fait, Marlène Schiappa, si j’ai accepté la promotion canapé auprès de tel metteur en scène, puis-je ensuite me plaindre d’y avoir succombé ?

Au fait, Marlène Schiappa, si j’entends sur les ondes « Il faut remettre cette chienne à sa place, même si tu dois lui en coller une ! », c’est à la SPA que je dois porter plainte ?

Au fait, Marlène Schiappa, si j’entends un rappeur menacer « J’vais te mettre en cloque, sale pute, et t’avorter à l’Opinel », je dénonce ?

Au fait, M. Schiappa, si « les filles égarées se prenant pour Madonna, faut les enfermer à coups de cadenas ! » j’applaudis parce que l’on devine, comme Yann Moix, qu’un Victor Hugo sommeille profondément chez ces rappeurs ?

Au fait, Marlène Schiappa, je peux savourer en concert ces mots tout en douceur et subtilité : « Salope, j’t’explose en quatre, même si t’as la sclérose en plaques ! » ?

Ou ceux-là, Marlène Schiappa : « Tout d’abord, ta mère la grosse pute… » « On sait que pour baiser, ton père a payé » ?

Mais, arrivé à Orly depuis ma lointaine province, je comprends que l’opération « Bisous futés » de Marlène Schiappa, comme les 80 km/h, c’est pas pour les rappeurs ni pour les cités. Et puis, en fait, il paraît que votre projet de loi ne verbalisera pas les regards. Mais nos rappeurs, c’est pas que des regards, mais des paroles et des actes, non ?

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