Elle observe « depuis plusieurs mois avec attention » la campagne d'Éric Zemmour et sa stratégie politique, estime qu'il « a de nombreuses cartes en mains que le RN n'a plus », qu'il « a réussi à ébranler le cordon sanitaire. Je vois le souffle, les 100.000 adhérents », « je vois un potentiel de recomposition avec lui et Reconquête », assure Marion Maréchal. La fondatrice de l'ISSEP, ancienne députée du Vaucluse et soutien d'Éric Zemmour à l'élection présidentielle, s'explique au micro de Gabrielle Cluzel, en exclusivité pour Boulevard Voltaire. Elle observe la vraie-fausse campagne du candidat Macron « qui ne se met jamais en danger » et souligne les risques que porterait la désignation d'un Président mal élu. Un moment de vérité.

 

Gabrielle Cluzel. Marion Maréchal, vous êtes cofondatrice de l’ISSEP, ancienne députée de Vaucluse et, aujourd’hui, soutien d’Éric Zemmour. Vous dites que votre décision de rejoindre Éric Zemmour a été difficile. Quel a été l’élément déclencheur ?

Marion Maréchal. J’ai longuement hésité et réfléchi. C’est une décision importante, personnellement engageante, donc ce n’était pas un choix évident. J’ai quitté le Rassemblement national en 2017. À l’époque, je ne m’étais pas représentée dans ma circonscription en Vaucluse. J’ai également démissionné de mon mandat de conseiller régional qui courait jusqu’en 2021 et j’ai démissionné de toutes mes fonctions à l’intérieur du mouvement avant de renoncer à mon adhésion. J’avais retrouvé une liberté politique totale. Depuis quelques mois, j’observe avec attention la campagne d’Éric Zemmour. Je retrouve à travers lui beaucoup de ce pour quoi je plaidais déjà lorsque j’étais au Front national, sur le plan la ligne, de la stratégie politique, avec cette volonté de rassembler, à droite, différents mouvements et personnalités. Par ailleurs, je constate aujourd’hui qu’il a de nombreuses cartes en main - que ne me semble pas avoir le Rassemblement national, ou plus avoir -, comme cette capacité à rassembler. Elle prend corps au sein des Français qui annoncent voter pour lui. On y retrouve d'anciens LR, d'anciens RN, d'anciens abstentionnistes. Toute la maison commune de la droite se réunit, avec des Français qui viennent de tous les milieux et de tous les territoires. On casse cette néo-lutte des classes dans laquelle on était enfermé depuis quelques années, entre les gagnants de la mondialisation, côté Emmanuel Macron, et les perdants de la mondialisation et les grands oubliés, côté et Marine Le Pen. C’est politiquement sain et intéressant.

De plus, il a indéniablement réussi à ébranler le cordon sanitaire [entre la droite et l'extrême droite, NDLR], puisque des personnalités LR de premier plan comme le député européen François-Xavier Bellamy ou le sénateur Étienne Blanc ou le député Éric Ciotti ont annoncé que s’il y avait un deuxième tour Emmanuel Macron/Éric Zemmour, ils voteraient pour Éric Zemmour. C’est une avancée symbolique importante sur le plan politique, ce n’était jamais advenu à l’égard de Marine Le Pen et du Rassemblement national. Je vois également le souffle, les 100.000 adhérents, cette capacité à susciter un espoir et à mobiliser au sein de ses meetings. Je vois un potentiel de recomposition avec lui et Reconquête qui me semble intéressant pour le camp national.

G. C. On voit beaucoup de cadres RN rejoindre Éric Zemmour et fort peu de cadres LR, à part Guillaume Peltier. C'est très disproportionné.

M. M. Il y a quelques élus locaux comme Sébastien Pilard, qui était membre du bureau politique des LR, Laurence Trochu, issue de Sens commun, le courant conservateur LR. Les choses bougent beaucoup plus difficilement, côté LR, mais on voit des signaux chez les électeurs, c’est ce qui est important.

Parmi les gens qui s’apprêtent à voter pour Éric Zemmour, environ la moitié sont des électeurs de François Fillon à la dernière élection et l’autre moitié sont des électeurs de Marine Le Pen. Éric Zemmour a investi un espace politique laissé libre. La moitié des électeurs RN ne sont pas retournés voter depuis les dernières législatives, et ça s’est aggravé d’élection en élection. Éric Zemmour répond à une attente forte, il a clairement et volontairement placé au premier plan la question civilisationnelle qui recoupe à la fois la question migratoire, culturelle et démographique. Il a assumé vouloir imposer ce débat comme prioritaire dans l’espace public. Beaucoup de Français se reconnaissent dans cette priorisation du sujet.

Aujourd'hui, j’ai dû faire un choix. Il y a quelques mois, j’avais plaidé pour une candidature unique derrière le mieux placé. Force est de constater que, pour différentes raisons, cette union n’est pas advenue. C’est un choix politique de conviction.

G. C. Du côté du RN, on vous fait deux reproches : vous aviez en effet affirmé que vous soutiendriez le mieux placé, et ce n’est pas Éric Zemmour, selon les sondages. Par ailleurs, on vous reproche de prendre le risque de faire passer Mélenchon au deuxième tour.

M. M. J’ai entendu beaucoup de choses qui m’apparaissent illégitimes. Tout d’abord, l’accusation, de trahison. Je ne suis plus au Rassemblement national depuis des années. Ce n’est pas parce que j’appartiens à la famille de Jean-Marie Le Pen que j’aurais une espèce de fidélité quasi génétique qui s’imposerait à moi. J’ai toujours considéré que les partis politiques n’étaient pas un objectif en soi ni une rente. C’est un outil, et quand je considère que l’outil n’est plus performant ou suffisant et que, malheureusement, depuis dix ans avec Marine Le Pen, la victoire n’a pas été possible aux présidentielles et aux régionales, j’en tire les conséquences et je me dis qu’il faut peut-être changer la manière de faire. Je précise aussi, pour répondre aux diffamations, que je ne viens pas avec un contrat chez Éric Zemmour, je ne me suis pas vendue pour un plat de lentilles, je n’ai pas demandé de l’argent, mon école se porte très bien, merci, et je viens à titre bénévole dans cette campagne. Sur la question des sondages, vous avez raison, il y a actuellement un écart plutôt en faveur de Marine Le Pen, même s’il y a des fluctuations d’une semaine à l’autre. Je ne considère pas que la politique est une photographie de chiffres. Rien qu’au Rassemblement national, si je devais vous donner deux exemples - positif et négatif -, on voit les limites de cette analyse : en 2002, Jean-Marie Le Pen était annoncé à 8 % ou 9 % et il finit à 17 % au deuxième tour. Autre exemple négatif, plus près de nous : Thierry Mariani, pour lequel j’ai beaucoup de sympathie et de respect, a été donné à plusieurs reprises gagnant dans tous les cas de figure à 53 %, puis finit avec 10 points de moins et avec un score en deçà des précédentes. Vous voyez bien les limites de l’exercice. C’est une mauvaise manière de faire, car pendant des années, le Rassemblement national a précisé qu’il ne fallait pas s’appuyer sur les sondages. La politique, c’est de la dynamique, un potentiel, un souffle et non un chiffre à l’instant t.

Éric Zemmour a rappelé lui-même que Balladur, en 1995, était élu avant d’avoir lancé l’élection, François Mitterrand ne gagne pas quand il est le seul candidat à l’élection présidentielle à gauche mais gagne quand il y a plusieurs candidats à gauche en 1981. On voit bien que cette idée qu’une situation monopolistique ferait gagner davantage n’est pas confirmée par l’Histoire et les faits. Par ailleurs, si Marine Le Pen considère qu’elle est la plus légitime, la plus crédible et la plus performante, dans ce cas, elle devrait accepter le débat qu’Éric Zemmour lui propose depuis des mois et qu’elle refuse obstinément. Comme pour Emmanuel Macron, les Français ont le droit d’avoir une campagne électorale sur des sujets politiques de fond. Ce n’est pas en évitant les débats et en survolant la campagne qu’on leur permettra de faire un choix éclairé. À partir du moment où elle est dans cette posture, qu’elle aille au bout et qu’elle aille expliquer pourquoi elle est la mieux placée. Ce serait une manière saine de répondre et de laisser les Français les départager.

G. C. Derrière votre demande de débats, on voit le débat désastreux Le Pen-Macron de 2017 et l'espérance que peuvent susciter les talents de bretteur d’Éric Zemmour. Mais un talent d’orateur suffit-il à faire un bon Président ?

Il ne s’agit pas de faire un concours de tribuns mais de pouvoir départager des convictions, des visions, une ligne, une maîtrise des sujets, un potentiel, et d’en revenir à la cohérence de la vision. Quand j’ai lancé mon école supérieure l’ISSEP, c’était dans le cadre d’une bataille culturelle afin d’aller sur le terrain des idées. Ces dernières années, j’ai été frappée par les revirements ou les errances idéologiques sur la ligne politique du Rassemblement national. Il y a eu des changements de pied radicaux sur la question de l'Union européenne et de l’euro, sur la sortie de la Cour européenne des droits de l’homme, de l’interdiction de la binationalité, de Schengen, des sujets bioéthiques. Désormais, selon la ligne du mouvement, le mariage homosexuel est acté ainsi que la liberté de vote sur la PMA. Il n’y a que sur la GPA que ça tient encore, mais pour combien de temps ? On pourrait multiplier les exemples de cet ordre. Marine Le Pen a également changé d’avis sur la peine de mort : elle était pour, elle ne l’est plus. Il y a des évolutions pour lesquelles j’ai plaidé à l’époque et d’autres non, mais c’est dérangeant, quand vous vous présentez à la fonction suprême, de ne pas savoir dans quelle direction exacte vous allez. Sur tous ces sujets, ce serait intéressant qu’il puisse y avoir une confrontation pour que les Français soient au clair sur les programmes des uns et des autres, les différences ou les convergences. Le plus important est, pour moi, de ne pas tomber dans une guerre personnelle. Je suis très mal à l’aise avec la tendance qu’on voit ces dernières semaines, de la part de cadres du RN, qu’avec Éric Zemmour et Reconquête, ce serait la guerre civile, la brutalité… Ce sont des arguments que j’ai entendus de la part de la gauche et de nos adversaires pendant des années. Et chaque fois, c’est ce qui fait que le camp national était cornerisé, marginalisé, diabolisé. C’est politiquement désastreux et moralement scandaleux. Et, donc, puisqu’on en est là, allons au bout et qu’il y ait cette confrontation !

G. C. On reproche à Marine Le Pen des atermoiements sur le plan sociétal où Éric Zemmour n’est pas très offensif non plus. Pour lui, le sujet essentiel est l’immigration.

M. M. Je ne crois pas. En l’occurrence, il a une position très claire sur le sujet de la PMA sans père et sur la GPA, ce qui n’est pas le cas en face. Il a pris position sur la question du mariage homosexuel en disant qu’il était contre mais que ce ne serait pas le premier sujet dont il s’emparerait. Son sujet est d’abord le sujet migratoire et identitaire. À l’inverse, j’ai écouté attentivement Marine Le Pen là-dessus à plusieurs reprises. Elle explique dorénavant que, parce que ce sont des sujets de société, c’est à la société de trancher. Elle refuse elle-même de donner sa position sur le sujet. Dire « je veux un référendum sur le sujet » n’empêche pas de donner son avis, ça me semble être une technique échappatoire étonnante. Par ailleurs, l’argument de l’intime et de la société est un peu flou. Tout est un sujet de société. Dans ce cas-là, la politique, c’est le taux de TVA et le taux de CSG ? J’ai du mal à comprendre. Si on devait pousser le raisonnement au bout, si la PMA sans père relève de l’intime et, donc, si le politique ne doit pas s’en occuper, dans ce cas-là, c’est pareil pour le voile. Pardon, mais on pourrait dire que le port du est une question spirituelle, personnelle et donc intime, et le politique ne s’en occuperait pas ? Je suis un peu dubitative sur l’explication donnée et j’ai le sentiment qu’il y a plus de clarté côté Éric Zemmour.

G. C. Il semblerait que Poutine se révèle être le meilleur ennemi d’Éric Zemmour et peut-être le meilleur ami d’Emmanuel Macron.

M. M. Le sujet ukrainien écrase la campagne et empêche de pouvoir débattre sur d’autres sujets. Il empêche de faire le droit d’inventaire du bilan d'Emmanuel Macron, il n’y a plus d’espace pour cela. Mécaniquement, il y a un réflexe légitimiste à l’endroit du président de la République qui se contente d’enjamber cette campagne électorale et refuse le débat du premier tour. Il scénarise sa campagne en série Netflix : on a l’épisode un, on aura l’épisode deux. Tout ceci est pétri de glamour, d’émotion, de confidences. C’est la démonstration archétypale du marketing politique. Il organise des pseudo-débats avec des Français et on découvre que tout cela est une joyeuse mise en scène totalement théâtralisée, avec des questions connues à l’avance et des personnes sélectionnées. Il ne se met jamais en danger. En cinq ans, il n’a jamais fait de véritable conférence de presse face à des journalistes qui pouvaient poser les questions qu’ils voulaient. Il maîtrise totalement sa communication pour ne jamais être confronté à son bilan. Tout ceci empêche l’élection de se tenir efficacement. J’en suis très inquiète, car le risque est que beaucoup de Français considèrent que cette élection est jouée d’avance et ne prennent pas le temps d’aller voter car ils considéreront que cela ne sert à rien. Ils vont transformer leur contestation en abstention. On aurait, du coup, un Président très mal élu, au regard de la participation, comme cela l’était la fois dernière. On se retrouverait encore avec l’aggravation de l’illégitimité politique dès le lendemain de l’élection, avec ensuite une contestation qui ne se ferait pas dans les urnes mais par la grogne sociale avec de grands mouvements, voire de la violence. Je ne suis pas sûre que ce soit ce dont notre pays a besoin en ce moment.

G. C. La ligne de partage gauche/droite est-elle toujours valide ou bien le clivage est-il ailleurs : déracinés/enracinés, perdants et gagnants de la mondialisation ?

M. M. En réalité, ce qui est frappant dans l’électorat LR - réduit à la portion congrue, car aux élections européennes, ils ont fait 8 % -, c'est qu'il est majoritairement dans l’abstention. Éric Zemmour apporte une réponse politique à beaucoup de personnes de droite qui ne se reconnaissent pas ailleurs. Une partie est déjà chez Macron et une autre demeure, bon an mal an, chez LR. Donc, je crois que c’est quand même assez partagé. Aujourd’hui, en France, on a une accumulation de fractures : générationnelle entre les boomers et les milléniaux, territoriale entre la France des métropoles et la France périphérique, sociale entre les gagnants de la mondialisation et les perdants ; des fractures ethniques et religieuses également avec l’apparition du communautarisme islamique et du terrorisme islamiste ainsi que la désassimilation à laquelle on assiste. Toutes ces fractures donnent des clivages politiques qui se retrouvent dans les votes.

Depuis quelques années apparaît une abstention record qui rend les projections électorales très compliquées et une sorte de répartition entre les progressistes et les populistes selon Emmanuel Macron, ou bien entre le bloc élitaire et le bloc populaire selon Marine Le Pen. Tout ceci se cristallise avec des marqueurs sociaux très forts dans les votes. Aujourd’hui, ce sont presque moins les idées que la condition matérielle qui va déterminer le vote. C’est un drame absolu pour les défenseurs de la nation, car le propre de la nation, c’est d’être une synthèse et de défendre l’unité nationale, d’être capable de faire en sorte que les Français puissent se réunir sur un projet au-delà de leurs intérêts immédiats. Aujourd’hui, les réflexes de vote se cristallisent sur la question sociale, donc, c’est là où, justement, je trouve intéressant qu’Éric Zemmour soit capable de briser ce phénomène et de retrouver ce que l’on pouvait voir à l’époque du RPR, du Parti socialiste ou même du Front national à certains moments : dans un même parti, à la fois des ouvriers, des fonctionnaires, des militaires, des ingénieurs, des traders dans un même projet de société. Je trouve cela sain.

Pour vous répondre sur le clivage droite/gauche, il a beaucoup de limites. En effet, pendant très longtemps, les partis qui était censés être de droite n’étaient, en réalité, plus de droite, et les partis qui étaient censés être de gauche ont également fluctué dans une espèce de technocratie centriste libérale libre-échangiste. Donc, concrètement, il y a eu une démonétisation de ce clivage car personne ne savait ce que voulait dire la droite et la gauche et il y avait une confusion entre les deux. Néanmoins, je crois que ces clivages persistent aujourd’hui. On n’a pas trouvé mieux pour se définir, personne ne se dit populiste ou mondialiste ou localiste. Ce sont des termes que les Français ne se sont pas accaparés. Par ailleurs, il y a des héritages de droite avec des références, une culture, des symboles, des héros et des marqueurs qui perdurent dans notre conscience collective. Aujourd’hui, quand on se dit de droite, les gens pensent nation, autorité, identité, conservatisme. Malgré tout, ça irrigue la vie politique française, même si ça n’est pas nécessairement là où on pense que c’est.

L’union à droite n’est pas un objectif en soi, je ne me lève pas le matin en me disant que mon objectif est l’union des droites, je me fiche de cela. Mon objectif, dans la vie, est d’unir la France, de défendre la souveraineté, l’indépendance, la prospérité et l’identité de la France. L’union à droite est juste un chemin, un moyen et pas une fin en soi. C’est une démarche qui permet d’y arriver. Cela n’exclut pas, dans tous les cas de figure, de s’adresser à tous les Français qui sont attachés à leur pays.

G. C. Dans son livre La France n'a pas dit son dernier mot, Éric Zemmour n’a pas consacré une part importante à votre grand-père. Ce dernier n’est-il pas, pourtant, le lanceur d’alerte par excellence sur l’immigration, qui est aujourd’hui le cheval de bataille d’Éric Zemmour ?

M. M. Pour être honnête, je ne me souviens pas de ce passage. Éric Zemmour fait partie de ceux qui disaient plutôt du bien de Jean-Marie Le Pen, ce qui, à une époque, était admirable. Indéniablement, à tout seigneur tout honneur, Jean-Marie Le Pen a été probablement l’un des premiers à s’emparer de ce sujet, à être un lanceur d’alerte sur l’immigration, l’identité et la démographie, mais également sur la question de la souveraineté, en particulier vis-à-vis de l’Union européenne. Déjà, il s’était opposé au traité de Rome, le premier fondement de la construction européenne. Il avait lu les travaux préparatoires et il voyait déjà ce qu’il allait advenir derrière la construction européenne. Il s’est, bien évidemment, également opposé au traité de Maastricht. De ce point de vue-là, nous sommes tous des héritiers, donc il faut être être juste à l’égard de ceux qui ont été les premiers à en parler. Le drame de Jean-Marie Le Pen est, selon la phrase d’Edgar Faure : « C’est un grand tort que d’avoir raison trop tôt. » Malheureusement pour lui, sur bien des sujets, il a eu raison trop tôt.

G. C. Que pensez-vous de la vidéo, sortie le 8 mars par Mediapart, dans laquelle huit femmes se plaignent fortement d’Éric Zemmour ?

M. M. Je n’en pense pas grand-chose pour une raison simple : Mediapart est un journal militant d’extrême gauche qui ressasse depuis des mois des témoignages pour essayer de les faire prendre dans l’opinion. Ces témoignages ne sont basés sur aucune plainte, ces femmes témoignent d’un certain nombre de choses qu’Éric Zemmour conteste fortement. Je pense qu’il ne faut pas y donner beaucoup de crédit, c’est probablement une tentative de déstabilisation. Cela nous rappelle aussi les limites du mouvement MeToo. On pouvait dire qu’il était bénéfique, car en effet, il libère la parole sur les sujets de harcèlement, d’agressions, de viol ou parfois d’inceste. En cela, c’est positif, mais il est négatif car il se transforme parfois en lynchage public en dehors de tout cadre judiciaire et en condamnation médiatique. Or, le tribunal médiatique condamne mais ne réhabilite pas et il salit les réputation d’hommes ou de femmes durablement, sans la présomption de légitime défense. On n’est pas coupable avant d’avoir été condamné et on est présumé innocent. Ces grands principes sont un peu balayés par ces méthodes. Quelles que soient les personnes contre lesquelles elles sont utilisées, que ce soit pour moi ou pour des adversaires, je suis toujours très mal à l’aise avec cette dérive-là.

G. C. Vous attendez un bébé, voulez-vous une famille nombreuse ? Marchez-vous sur les pas d'Ursula von der Leyen ?

M. M. Je ne sais pas si j’aurai une famille nombreuse, si j’aurai le plaisir, le temps et la capacité de faire cela, mais j’essaye de mener tous les combats en parallèle. Je n’ai pas voulu en faire quelque chose de rédhibitoire dans cette campagne car je pense qu’au contraire, notre société a tendance à invisibiliser un peu trop les femmes enceintes. Les femmes enceintes elles-mêmes ont peut-être tendance à se faire discrètes ou à se cacher, ou à ne pas s’exposer. Ça ne devrait pas être le cas, cela fait partie de la vie. On a besoin d’enfants, dans ce pays, donc j’essaye, dans la mesure de mes moyens et de ma forme, de ne pas en faire un handicap dans le cadre de mon soutien à Éric Zemmour.

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11 mars 2022

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81 commentaires

  1. Remarquable Mme Marion MARECHAL. C’est clair, c’est net et compréhensible de tous, ce qui permet d’ailleurs d’être en désaccord sur certains points, notamment le clivage gauche/droite

  2. SI, oui si toutes les leçons tirées des dernières années, surtout les 2 der, les réflexions de chacun sur tout ce qui nous a été « imposé » à vivre – sans oublier l’actualité 2022 – la présentation des candidats, leurs personnalités, programmes, la tournure voulue pour cette campagne, tout contribue à faire table rase des clivages politiques impuissants. La France a besoin de se retrouver une NATION, telle que dans son passé pour espérer un demain… C’est la seule orientation possible aujourd’hui

  3. je pense que Marion n’a rien a gagner avec ce ralliement à sa place j’aurais attendu le 2° tour pour apporter mon soutien au candidat qui affrontera Macron en négociant mon soutien contre une circonscription gagnable

  4. Je comprends que les partisans du RN soient blessés dans leur orgueil. Mais elle ne les a pas trahis puisqu’elle était devenue indépendante. Bien sûr, Marion est une femme très intelligente qui réfléchit avant d’agir. Et pourquoi soutenir MLP qui a déjà vécu deux défaites et qui n’a toujours pas le profil nécessaire pour être présidente. Marion s’exprime clairement, c’est une femme compétente, sûre d’elle. je lui souhaite une longue carrière politique

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