« Elle fut le plus formidable trait d’union que l’Histoire ait jamais inventé entre le ciel et la terre », selon les mots si poétiques de Philippe de Villiers. déclara : « Jeanne d’Arc, comme nos autres grandes figures, comme notre hymne national, comme notre drapeau, ce sont nos héritages, notre histoire commune. […] Les Français ont besoin de Jeanne d’Arc, car elle nous dit que le destin n’est pas écrit, que nous n’avons pas à subir. » En ce 8 mai, date anniversaire de la libération d’Orléans en 1429, nous avons rencontré Marine Tertrais. Journaliste et auteur d’Être Jeanne, elle a enquêté sur les fêtes johanniques et l’héritage que nous transmet, encore aujourd’hui, cette grande figure historique incarnant le bon sens français. Elle signe là un ouvrage émouvant sur les épopées de la sainte venue pour bouter les Anglais hors du royaume.

En 2020, année du centenaire de la canonisation, les commémorations auraient dû être encore plus grandioses que d’habitude. Jusqu’à cette crise sanitaire, les processions à Jeanne d’Arc étaient ininterrompues depuis le XVe siècle. Comment expliquer un tel engouement ?

Les Orléanais sont très attachés à ces fêtes. Elles font partie intégrante de la culture et de l’histoire de la ville. Ces journées sont bien plus qu’un folklore, c’est un chant d’action de grâce. Chaque année, les Orléanais redisent à Jeanne d’Arc leur reconnaissance et leur admiration.

Jeanne y est célébrée autant par les autorités civiles que religieuses. Est-ce un exemple de saine laïcité, selon vous ?

Ce qui fait la spécificité des fêtes johanniques à Orléans, c’est l’entente parfaite entre les autorités civiles, militaires et religieuses qui organisent, main dans la main, cet événement. Une entente qui est, en effet, un bel exemple de ce que devrait être la laïcité en France. Aujourd’hui, en France, la laïcité, c’est le monopole de la puissance politique sur l’espace public. La religion est privatisée et elle n’est autorisée, dans l’espace public, que par la puissance politique. Nous le constatons amèrement en ces temps troublés de confinement. Sans aucun doute, Jeanne d’Arc n’aurait pas approuvé cette conception de la laïcité.

Quelles valeurs Jeanne d’Arc peut-elle nous transmettre en ces temps de crise ?

Jeanne d’Arc est un modèle d’une étonnante actualité pour la période que nous traversons. Si nous devions retenir seulement trois valeurs, je dirais obéissance, confiance et espérance. Obéissance aux autorités civiles et religieuses. Confiance absolue en Dieu. Et l’Espérance, enfin ! L’épopée de Jeanne d’Arc, c’est la manifestation d’un Dieu qui intervient de manière extraordinaire dans notre histoire. Dieu veille.

Même les féministes se retrouvent dans cette figure catholique, lit-on dans votre ouvrage. Jeanne d’Arc, une figure d’unité nationale ?

Il ne faut pas oublier que ce sont des historiens laïcs et anticléricaux qui ont permis aux catholiques de recouvrir cette si grande sainte. C’est en effet Jules Quicherat, un scientiste, qui tombe sur le procès de Jeanne dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale de France et qui en fait part à Jules Michelet, qui écrira cette phrase devenue célèbre : « Souvenons-nous toujours, Français, que la patrie, chez nous, est née du cœur d’une femme, de sa tendresse, de ses larmes, du sang qu’elle a donné pour nous. » Figure de résistance, de combativité et de fierté retrouvée, elle est naturellement devenue une figure d’unité.

Dimanche 10 mai, ce sera la fête nationale de Jeanne d’Arc. Un mot sur cette journée patriotique instaurée en 1920 ?

Un mois après la canonisation de Jeanne d’Arc, les députés français ont adopté, le 24 juin 1920, une proposition de loi du député Maurice Barrès qui souhaitait instituer une fête nationale de Jeanne d’Arc. « Tous les partis peuvent se réclamer de Jeanne d’Arc », plaidait-il alors. « Mais elle les dépasse tous. Nul ne peut la confisquer. » Cette fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme, peu connue du grand public, est célébrée le deuxième dimanche du mois de mai.

Entretien réalisé par Iris Bridier