Au lendemain de la disparition de Birthe Lejeune, l’épouse du professeur Jérôme Lejeune (1926-1994), son gendre Jean-Marie Le Méné rend hommage à cette « figure iconique » qui a « énormément apporté à la fondation Lejeune ».

Elle était non seulement à l’origine du projet de la fondation il y a 25 ans, mais elle y a travaillé absolument tous les jours, sans interruption, depuis 26 ans. Elle apportait énormément, elle était capable de connaître personnellement presque tous les donateurs de la fondation – ils sont des dizaines de milliers -, elle leur écrivait des petits mots manuscrits pour les remercier pour leur don. Elle savait ce qu’il se passait dans leur famille, le mot était toujours personnalisé, et les donateurs étaient très attentifs à cela. Nous étions une des seules fondations à être capable de répondre avec des mots manuscrits à des donateurs.

Les gens voyaient dans le visage de madame Lejeune une figure maternelle qui était non seulement la femme d’entreprise et la femme de guerre qui avait monté la fondation, mais aussi celle qui avait un esprit très maternel et qui prenait soin des familles et en particulier de celles qui avaient un enfant handicapé trisomique 21. C’est quand même le grand sujet de la fondation Jérôme Lejeune que de continuer le travail au profit des personnes touchées par la trisomie 21. Et madame Lejeune avait un très bon contact avec ces personnes qui ne sont pas seulement des enfants, mais aussi des personnes plus âgées. Elle a toujours eu le soin de conserver ce contact-là, auquel les gens étaient très sensibles. C’était vraiment une figure iconique, qui a été essentielle pour le démarrage de la fondation.

Elle était très complémentaire de son mari, même étonnamment complémentaire, car les gens avaient du mal à comprendre comment Jérôme et Birthe pouvaient trouver des choses en commun. Ils étaient complètement différents, elle venait d’un milieu modeste au Danemark, d’un village de pécheurs, alors que lui était universitaire. Ils étaient extrêmement complémentaires. Je pense que Jérôme était fasciné par son originalité, et c’était en même temps derrière cette façade inattendue une personne d’une très grande intelligence, d’une très grande finesse, très politique au sens noble du terme, très diplomate, et capable de se sortir de toutes les situations. On avait l’impression qu’avec elle, on pouvait être parachuté dans le désert, on trouverait à manger, à boire et où dormir. C’était une femme très organisée et elle a été une compagne, une femme, une épouse indispensable pour son mari, parce que Jérôme avait ce côté intellectuel et presque poète qui faisait qu’il écrivait à la plume d’oie des lettres magnifiques mais qu’il fallait les envoyer. C’est elle qui faisait cela. Dans tous les combats qu’ils ont menés, elle a été très utile, non seulement dans les combats pour la vie mais aussi dans tous les travaux scientifiques de Jérôme. Elle poussait son mari et l’accompagnait. Il ne faut pas oublier que Jérôme écrivait à sa femme tous les jours dès lors qu’ils n’étaient pas ensemble. Nous avons collecté près de 2000 lettres au moment des premiers travaux de béatification qui sont des témoignages tout à fait inédits.

Je crois qu’elle a puisé aux mêmes sources que Jérôme Lejeune. Elle avait compris que le combat pour les plus fragiles d’entre nous était le combat de ce siècle. D’ailleurs on s’aperçoit à la faveur de la crise qu’on traverse qu’on est tous aussi fragiles les uns que les autres. C’est une découverte qui paraît bizarre mais il fallait quand même la faire et ça je pense qu’elle en était absolument persuadée, elle était persuadée du combat de Jérôme. Elle l’avait accompagné dans les moments les plus difficiles mais aussi dans les moments les plus heureux, en famille, ainsi qu’à travers les grands contacts, les grandes personnalités que Jérôme a rencontrées. Je pense à cette amitié formidable entre Jérôme et le pape Jean Paul II. Birthe Lejeune a eu la chance de vivre ces moments-là, de déjeuner avec le pape et de le voir souvent. J’ai fait beaucoup de voyages avec madame Lejeune, au moins 50, et à chaque fois qu’il y avait une audience, madame Lejeune revenait toujours avec un grand sourire en disant le pape était très content de la voir. On a l’impression que c’est très présomptueux, mais c’était vrai, elle était capable d’évoquer avec lui des moments de bonheur partagé.

C’était une figure historique, un maillon historique de la fondation, du combat pour la vie et elle était très attentive à l’unité des mouvements qui menaient ce combat. Elle voyait les choses avec suffisamment de distance, hauteur et expérience pour ne pas tomber dans des caricatures et elle était capable de relativiser, de relativiser la trahison des amis, la hardiesse des ennemis, parce qu’elle avait ce recul, cette expérience et cette pondération, cette sagesse qui accompagnent son éternelle jeunesse, parce qu’elle n’était jamais fatiguée. Elle s’est couchée pour mourir, c’est tout. Avant, on ne l’a jamais vue couchée.

Son cœur n’était pas altéré par la haine, par du ressentiment, de la jalousie ou de l’aigreur. C’est comme ça qu’il faut être quand on mène ce genre de combat. Il faut faire attention à ne pas tomber dans ces travers qui brisent les combats.

Nous n’aurons pas de fondation sans Birthe Lejeune comme nous n’avons pas de fondation sans Jérôme Lejeune. Jérôme Lejeune nous inspire tous les jours, la fondation porte son nom et la fondation portera aussi par alliance le nom de Birthe parce qu’elle nous a apporté énormément dans le combat quotidien, dans le combat du présent, chaque matin, chaque jour. Elle était inlassable, elle ne lâchait jamais, et toujours avec une souveraine sérénité et en même temps une ardeur renouvelée. C’était vraiment une femme vivante, elle portait la vie en elle.

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