Après l’affaire des Patriotes, après le chantage à la démission, une nouvelle affaire révélée par Minute montre ce que peut oser se permettre.

Dans un parti , la commission des investitures est un organe absolument stratégique, dirigé par le chef et aux décisions souveraines. Même si Minute a sans doute enjolivé la relation de l’événement, il n’en reste pas moins que Philippot a imposé un candidat qui lui est personnellement très proche, unilatéralement et en contre-pied des annonces officielles du parti. Pire : il a obtenu, après la levée de boucliers des instances, que Marine Le Pen régularise la situation à son avantage. Bref, la politique du fait accompli alors même que cette initiative « flibustière » violait les institutions du parti, qui plus est en prenant le risque d’affaiblir gravement la relation naissante avec .

Si l’on fait un peu de psychologie à froid, on se rend compte qu’en quelques semaines, Florian Philippot aura marqué des points précieux. Visiblement, il sait pouvoir imposer à Marine Le Pen des choses que personne d’autre ne pourrait faire. Il touche ainsi les dividendes de sa politique d’exclusivité avec la présidente et d’enserrement de cette dernière dans un réseau d’affidés (permanents, candidats aux législatives dans les circonscriptions les plus gagnables, relais médiatiques sur les ).

Si l’on suit le raisonnement Philippot, on comprend bien qu’après avoir débarrassé le de son fondateur, de sa ligne droitière, bientôt de son nom, il ne restera plus qu’à expliquer doctement que le dernier obstacle au rassemblement d’une majorité d’électeurs, c’est le nom Le Pen, trop connoté, et puis déjà trop souvent synonyme d’échec. Marion ne s’y est pas trompée, qui part avant l’affrontement. Mais Marine ?

Marine Le Pen est piégée. Et elle le sait très bien. Continuer à protéger Philippot, c’est avaler les affronts et les couleuvres, désespérer les légitimistes du mouvement et attendre sagement que le pouce de Florian s’abaisse et prépare sa sortie. Car les manœuvres ont déjà commencé. Pour délégitimer un chef, on lui désobéit, on le fait savoir, et on montre qu’on est plus fort que lui. C’est ce que Philippot vient de faire avec Les Patriotes et cette histoire d’investiture. Et tout le FN l’a vu. Le génie tactique de Philippot – et sa cruauté – est qu’il joue sur du velours, face à une Marine Le Pen déstabilisée par le crash de son débat présidentiel qu’elle aura du mal à effacer des mémoires.

Si Marine Le Pen prend son courage à deux mains et se débarrasse de sa tunique de Nessus qu’est le clan Philippot, elle se retrouve seule. Idéologiquement seule, car elle ne cesse de prôner la ligne Philippot depuis trois ans et elle sera contrainte à un aggiornamento droitier qui ne lui plaît pas. Politiquement seule car, outre le clan Philippot et à quelques exceptions près (dont le groupe des Horaces, bien que très extérieur à l’appareil), elle n’a conservé autour d’elle que des gens de faible compétence, fragiles ou tenus.

Marine Le Pen est coincée. Ne pas réagir et mourir à petit feu après une suite d’humiliations ; ou réagir en se faisant sur une autre ligne politique et une véritable volonté de reconstruction. La seconde voie est celle du courage, de l’effort, de l’audace et de la remise en cause. Mais c’est aussi celle de la survie.

La force des politiques – et des Le Pen, il faut le reconnaître –, c’est cet extraordinaire instinct de vie et de survie. Souhaitons à Marine Le Pen que cet instinct fasse partie de l’héritage paternel qu’elle ne renie pas, et qu’elle trouve en elle-même les ressources psychiques et morales pour se défaire du grand anesthésiste…

1 juin 2017

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