Marine Le Pen, la plus grande femme politique de la Ve République ?

Tant d'autres, que l'on a mises en avant, ne sont que des symboles. Et du symbole au gadget de discrimination positive, il n'y a pas loin.
@Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
@Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Son nom bruisse dans tous les médias, spécialement aujourd’hui, bien sûr. Qu'on l'apprécie ou non, une question s'impose : Marine Le Pen n'est-elle pas devenue la femme politique la plus marquante de la Ve République ?

On se récriera : et Simone Veil, Christiane Taubira, Édith Cresson, Michèle Alliot-Marie, Élisabeth Borne ou Yaël Braun-Pivet ? La Ve République est une monarchie élective : on a mis en son centre l’Élysée et, du reste, les Présidents n’aiment rien tant que recevoir à Versailles… Or, hormis Ségolène Royal, aucune femme n'a approché la présidence d'aussi près. Marine Le Pen, elle, a atteint deux fois le second tour.

Les autres ont souvent été promues comme symboles. Et du symbole au gadget de discrimination positive, il n'y a pas loin. Son statut de femme ne lui a valu ni indulgence ni discrimination positive. La sororité s'arrête sur le seuil du RN. On s'émouvait des remarques sur la robe à fleurs de Cécile Duflot ; on caricaturait Marine Le Pen en étron sans que cela ne scandalise quiconque.

Elle n'a jamais cultivé la posture victimaire ni joué de sa féminité. Ce qu'elle a obtenu, elle est allée le chercher de haute lutte, affrontant autant l'hostilité extérieure que les résistances internes. Contestée, moquée, dénigrée, elle s'est toujours relevée. La devise de Charette pourrait être la sienne : « Combattu souvent, battu parfois, abattu jamais. »  On pourrait rajouter aussi qu'elle a débattu, pas toujours avec succès. Mais elle s’en est remise.

Dynastie

Elle s’inscrit dans une dynastie. Qui n’a jamais régné, et dans une République - double contradiction -, mais c’est un fait. D’aucuns, à gauche, parlent d’elle comme d’une héritière. Mais cet héritage relève davantage de la tunique de Nessus que de la cuillère en or dans la bouche. À huit ans, elle survit à l'attentat qui détruit l'appartement familial. Elle découvre, ce soir-là, que son père n'est pas un homme politique comme les autres mais un homme qu'on veut faire taire par la violence. Ce traumatisme fonde son rapport à la politique.

À l'école, l'ostracisme prend le relais. Des enseignants déconseillent aux élèves de s'asseoir près d'elle. Plus tard viendront les humiliations publiques, les photos de sa mère publiées dans Playboy, les sarcasmes, les attaques personnelles. Il faut beaucoup encaisser avant d'acquérir cette réputation de résilience.

Rien ne la destinait, d'ailleurs, à succéder à son père. Car son père avait deux Trinités : sur-Mer et de ses filles. L'héritière désignée semblait être Marie-Caroline Le Pen, jusqu'à la rupture provoquée par la scission mégretiste. Marine occupera finalement la place laissée vacante.

Cornélien

Le moment décisif reste toutefois la rupture avec Jean-Marie Le Pen. On parle souvent de « tuer le père » au sens figuré ; chez elle, l'expression prend une dimension presque tragique. Pour sauver le royaume qu’il a fondé, elle choisit de l’écarter. Dilemme profondément cornélien, pour une héroïne prisonnière de son destin d’inspiration racinienne.

Aujourd'hui, encore, elle surprend par sa volonté affichée de transmettre le flambeau à Jordan Bardella, de s'effacer sans régler de comptes, pourvu que le RN en ressorte renforcé. « Ma personne n’est rien, mon principe est tout », disait le comte de Chambord. Décidément, Marine Le Pen a quelque chose de monarchique.

« J’ai la peau dure, lançait-elle, il y a quelques jours, sur LCI, celui qui voudra me tuer devra avoir une lame aiguisée. » Il semblerait que les juges n’aient sorti pour le moment qu’un couteau à beurre.

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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

153 commentaires

  1. Ce n’est pas une question de sexe…
    C’est une question de courage, de conviction, d’efficacité, trois domaines qui manquent cruellement aux hommes politiques, et que Marine Le Pen maîtrise à merveille.
    Je ne pense pas que Marine le Pen cherche à être « LA Femme de la Vème République », en revanche elle peur être « LA Femme qui apporte changement, et veut redonner ses couleurs à la France et à la Vème République » !

  2. je ne crois pas que MLP soit la plus grande femme politique de la 5 république parce qu’ elle aurait gagnée des les derniers débats 2017 /2022 et pourtant je fais parti du camp national

    • Cela c’est de la com , l’avenir d’un pays ne se joue pas à la roulette russe d’un débat où l’on n’apprend rien de plus que l’on ne sait , il faut aussi des citoyens qui sachent ce qu’ils veulent et non des gens qui s’attachent à des éléments de langage .

  3. Je ne savais pas que BV voulait concurrencer Closer. Vous sombrez dans la politique des émotions de Bruckner. La morale de l’empathie cédé par la gauche progressiste. Sommation qui est donnée de partager l’émotion sous peine d’être suspecte. Et vous êtes en plein dedans. Effarant !
    Habituellement on aime lire BV pour le sérieux et la rigueur des articles. Décidément le RN nivelle par le bas.

    • « Effarant », est un mot outré qui ne correspond pas à ce que madame Cluzel a pu écrire . Ces termes exagérés appartiennent habituellement à la gauche qui nazifient les choses en prenant le risque de relativiser la Shoa ce qui permet à certains gauchistes ,aujourd’hui, d’être en roue libre avec l’antisémitisme .

  4. Vous osez écrire de ses débats lamentables  » elle s’en est remise . » A la bonne heure !..Mais la France elle ne s’en relevera pas .10 ans de macronisme à la suite des ectoplasmes et bonnimenteurs de foire que furent Hollande et Sarkozy , ont réduit la France comme meme l’occupation allemande n’avait pu le faire . Cette troisieme tentative n’est donc pas une bonne nouvelle puisque n’ayant pas tué le Père au point de renier son nom , elle continuera à porte ce nom qu’elle a elle-même contribué à salir .
    Ses aveux de méconnaissance du Coran et ses consignes de vote pour Ferrand au conseil constitutionnel ( qui se fera un plaisir de bloquer toutes ses futures réformes ) prouvent bien qu’elle ni une opposante acharnée du système ni une grande Femme d’état .
    La seule grande Femme d’état fut Marie-France Garreau .
    Elle volait nettement plus haut .

    • D’accord avec vous. Bardella pouvait apporter le sang neuf pour faire gagner le RN, elle fera perdre son camp une fois de plus. Et si elle gagne ce sera la double peine. Rien contre l’immigration plus une nouvelle raclée fiscale. On est foutu.

  5. Dommage je ne connais pas le féminin de MENHIR mais Marine est de roc mégalithique et elle aura en face d’elle des chamalos haineux. Ces pimpims n’ont que la haine comme moteur puisqu’ils sont bons à rien d’autre. On va les avoir Marine et surtout les surveiller de près .

  6. Ne soyez pas naïfs.
    MLP fait le jeu du macronisme et de la classe politique.
    Le RN est une machine à perdre et MLP en a fait l’expérience à plusieurs reprises par le passé.
    Je suis très étonné que vous la portiez aux nues.
    Elle a souvent collaboré avec le gouvernement, en témoignent ses votes à l’assemblée.
    Mon choix au 2ème tour des élections a toujours été
    un vote par défaut en sa faveur et non une adhésion sincère.
    Je préfère de très loin Reconquête qui correspond
    à mes aspirations profondes.
    Quand bien même elle l’emporterait, le vote serait inversé comme en 2022 ou tout simplement annulé.
    Comme le soulignait Coluche : « Si voter changeait les choses, il y a longtemps que ce serait interdit ».

  7. Le monarque s’impose au peuple, et on peut dire que Mme le Pen s’agrippe au trône. Les français lui ont déjà refusé de monter dessus trois fois, mais elle insiste. Elle espère avoir les électeurs à l’usure ? Il n’y a vraiment aucun autre candidat possible pouvant la remplacer ? Si elle est battue, elle remet cela dans 5 ans? Il n’y a pas de limite ? Imagine t’on aux USA un candidat battu 3 fois se représenter ?
    Mr Bardella est si nul qu’il faille encore attendre pour lui passer le flambeau, ou c’est seulement le côté monarchique que la candidate qui se méfie des grandes familles concurrentes et ne veut pas voir le trône tomber par alliance aux mains d’une branche des bourbons?

    • Ce n’est pas Bardella qui a fait le RN actuel . C’est Marine Lepen qui a peu à peu construit ce RN et c’est elle qui a permis à Bardella de briller en dehors du travail qu’il a pu fournir, à côté de cela. Lui le sait parfaitement , tout comme Tanguy .ou Odoul .

  8. Gabrielle vous nous avez décrit Marine t’elle que elle est,une femme jamais abattue toujours l’amour de la France et du peuple comme jamais,seul une femme comme elle que la France à besoin.

  9. Quelle grande femme, intelligente, droite, pleine de bon sens, une femme d’état! Pour moi elle n’a pas été condamnée, c’est maintenant en plus, une martyre de la dictature centro-islamo-gauchiste, donc merci macron.

  10. Madame G.Cluzel, comme d’habitude, a su trouver les mots pour décrire le parcours de cette femme politique d’exception qu’est la chef du camp du peuple. Marine Le Pen ne lâche rien. Elle sait que l’élection de 2027 est la dernière chance pour la France. Ça sera le camp du vrai peuple de France contre la « nouvelle France » de la  » Méluche ». Il faudra choisir et ne pas se tromper. Impossible de revenir en arrière après. En outre, il est peut-être temps de mettre une femme de cette trempe à la tête de l’état.

  11. Avec cette idée de binôme ,nous serions invités à voter non pour un personnage mais pour deux à la fois; à savoir un président et un premier ministre non dissociable pendant toute la durée du mandat . Apres tout pourquoi pas ?

    • Si elle etait la femme encensee dans ces lignes elle annoncerait la future nomination de dupont aignan 1er ministre ,marion a la  » remigration » bardella a l’intérieur,philippot a « l’europe, »knafo aux finances,zemmour a la culture,valet a la justice,chenu au quai d’Orsay,jacobelli aux armées odoul aux sports etc etc.
      C’est son ultime et petite chance d’être présidente..

  12. Article un peu trop dithyrambique ; MLP est certes une femme courageuse, mais de peu de conviction, rancunière, attachée à sa petite boutique et peu ouverte aux alliances. E. Philippe doit se frotter les mains car la décision de MLP de se présenter lui ouvre un boulevard.

    • Peu de convictions dites vous ? Elle en a pourtant payé les conséquences de ces « peu de convictions  » . Ce n’est pas pour rien qu’elle a le PNF sur le dos !

  13. Erreur d’appréciation, M. LE PEN n’est pas la « plus grande femme politique de la Véme », mais la « plus grande personnalité de la Véme » !

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