La polémique autour de la fiction de Valeurs actuelles, représentant la députée en esclave, se poursuit. Jean Messiha réagit au micro de Boulevard Voltaire.

Alors que la Ligue de défense noire africaine continue de manifester dans les locaux de Valeurs actuelles suite à la parution de cette fiction d’été représentant Danièle Obono en butte avec l’esclavage interafricain, que révèle cette polémique ? Valeurs actuelles a-t-il eu raison de publier cette fiction ?

La fiction en elle-même ne me dérange pas. Elle correspond effectivement à un aspect de la réalité historique des indigénistes au premier rang desquels Mme Obono s’acharne à nier. Comme je l’expliquais chez vos confrères, ce matin, il est vrai que Mme Obono fait en sorte d’exploiter un passé où elle dénonce l’esclavagisme de ses ancêtres. Cette fiction replonge les hommes politiques et Danièle Obono dans le passé et ne fait que tirer le fil du combat qui est le sien aujourd’hui, mais sous les auspices d’une réalité qu’elle ne veut pas voir, à savoir que l’esclavage a été quelque chose de protéiforme. Il n’a pas seulement été l’apanage des Blancs, mais a été antérieurement l’apanage des Africains eux-mêmes et des Arabes. Tout cela percute frontalement le logiciel de Mme Obono, d’où la réaction un peu tonico-clonique du système constitué par les médias et le gouvernement du système progressiste.

On a vu une condamnation quasi unanime de l’intégralité des acteurs du monde médiatique et politique. On a même eu un tweet assassin de l’ancien directeur de Valeurs actuelles qui s’est désolidarisé et qui a vertement condamné la dérive de cet hebdomadaire. Valeurs actuelles est assez seul, dans ce combat-là…

Je ne crois pas qu’il soit si seul. Les réseaux sociaux existent. Ce matin, j’étais sur CNews et j’ai longuement défendu Valeurs actuelles. Dans ce pays, lorsqu’on a un journal ou un média de droite qui s’assume, on a bien évidemment la gauche bien-pensante. En revanche, on ne les a pas beaucoup entendus dans des affaires similaires qui ont précisément concerné des gens de droite. Dominique Sopo dit publiquement, sur Twitter, que ma comparaison avec un chameau est particulièrement infamante pour les chameaux. Je n’ai pas vu beaucoup de ces belles âmes, qui aujourd’hui font les révulsés en ayant des hauts-le-cœur, se mobiliser beaucoup pour moi.
Lorsque Laurent Ruquier diffuse une caricature de Marine Le Pen, en 2012, en la comparant à un étron, personne ne s’est mobilisé, à l’époque, alors que c’était la présidente du 2e plus grand parti de France et qu’elle était élue de la République. Ni les ministres ni le président de la République ne se sont mobilisés pour l’appeler. C’est toujours le deux poids deux mesures…
Il y a une instrumentalisation du racisme. Ce sont là de vieux réflexes. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

Au-delà du clivage gauche/droite et d’une certaine mainmise de la gauche sur ces sujets-là, on est rentré dans une logique choquée ou interpellée. Créer le débat même de manière provocatrice n’est plus permis dans la société post-moderne.

La liberté d’expression est en l’occurrence en cause. La même Mme Obono dit que « Nique la France » chanté par certaines personnes est une liberté d’expression. Lorsqu’on l’interroge sur l’indigéniste Houria Bouteldja qui dit « Je suis Mohammed Merah » et qu’on l’interroge en lui disant « Avez-vous le droit de dire cela au nom du combat antiraciste ? » et que Mme Obono répond que c’est la liberté d’expression et que cela fait partie d’un contexte de bouquin qu’elle a écrit, on voit bien que la liberté d’expression, dans ce pays, est à géométrie variable.
Certains s’octroient le droit d’avoir une liberté d’expression absolue, indiscutable. Pour d’autres, on estime que la liberté d’expression est une valeur relative par rapport au corset idéologique que les premiers imposent à la société qui n’est reconnue de personne d’autre. Nous sommes dans une société où la liberté d’expression prévaut. Vous avez des canards de gauche ou satiriques qui produisent des propos qui peuvent choquer. Choquer n’est pas un crime dans une démocratie.
Rost expliquait, sur le plateau de CNews, que « Je veux fumer du flic » était une fiction et que cela faisait partie de la liberté d’expression. Tout le monde avait applaudi en disant que c’était vrai. Dans ce cas-là, pourquoi un journal comme Valeurs actuelles n’a pas le droit d’établir une fiction qui, bien que choquante, n’en est pas moins légale. C’est toujours le deux poids deux mesures.
Je finirai par cette citation de Jean de La Fontaine qui disait : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir. » Je crois qu’aujourd’hui, avec le système qui se met en place et dont Valeurs actuelles est victime, selon que vous serez blanc ou noir, les jugements de Cour vous rendront puissant ou misérable.

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