L’ est le deuxième pays après la Chine à être touché par le plus grand nombre de cas de coronavirus. Depuis mardi matin, c’est tout le pays qui est mis « à l’isolement ». Le point avec Marie d’Armagnac pour Boulevard Voltaire.

 

Le gouvernement italien a décidé de placer tout le pays en quarantaine. Comment en est-on arrivé là ?

Au cours des six dernières semaines, le gouvernement italien, avec à sa tête, Giuseppe Conte, a géré la crise de façon erratique. Dès la fin du mois de janvier, les gouverneurs des régions du Nord ont demandé que soient contrôlées ou mises en quarantaine préventive toutes les personnes arrivant de Chine. Non seulement la coalition au pouvoir (Parti démocrate et M5S) leur a ri au nez, mais elle les a couverts d’insultes – « racistes », « xénophobes », « Salvini est un chacal », etc. On a vu des choses ahurissantes comme des campagnes menées sur les réseaux sociaux « abbraccia un cinese » (« Embrasse un Chinois »), mais aussi le président de la République rendre visite, le 6 février dernier, à une école multi-ethnique dans le quartier de l’Esquilin, le Chinatown romain, en réponse aux simples mesures de bon sens de la quarantaine préventive, qualifiées ouvertement de racistes. Ou encore le présentateur du talk-show « Piazza Pulita » qui mange des rouleaux de printemps en direct pour conjurer le danger… du racisme. Ils ont donc perdu du temps.

Puis le gouvernement, par une communication très mal maîtrisée (contradictions dans la conduite à suivre, fuites dans la presse) a créé la panique, mais a mis un certain temps à prendre des mesures drastiques nécessaires : d’abord une dizaine de villes mises en quarantaine stricte, puis la Lombardie et de nombreuses provinces du Nord (14 millions de personnes) et, enfin, toute l’Italie. Aujourd’hui, le mot d’ordre est de rester chez soi pour essayer de ralentir la diffusion du virus qui est exponentielle : 7.375 cas et 366 morts, le 9 mars.

 

Comment réagissent les Italiens ? Il semble que l’heure soit, désormais, à « l’unité nationale », selon Le Monde.

Comme je vous le disais, la gestion mal maîtrisée de la crise sanitaire comme de la communication gouvernementale a créé la panique : on a eu l’impression que, pour échapper à l’accusation d’une trop grande légèreté du début, les autorités en ont rajouté dans la dramatisation, la spectacularisation de la maladie. Il n’en reste pas moins que le nombre de morts est très élevé et met en lumière deux faits importants : la majorité des cas graves ou des décès sont, pour le moment, le fait de personnes âgées ou déjà affectées par d’autres maladies.

Cela nous rappelle que la population italienne a la moyenne d’âge la plus élevée d’Europe (23 % de la population est âgée de plus de 65 ans), tandis que le système de santé n’arrive plus à affronter la crise. Selon de nombreux médecins interrogés dans la presse italienne, le nombre élevé de morts s’explique parce qu’ils n’ont pas pu être soignés, et ce, malgré l’excellence reconnue du système de santé des régions du nord de l’Italie.

Aujourd’hui, selon une de nos sources à Milan, il semblerait que les Italiens aient compris la nécessité d’observer strictement les règles de la quarantaine. Les rues, les parcs sont déserts… et les hôpitaux sont au bord de l’implosion : par faute de matériel et de médecins, ces derniers sont parfois obligés de choisir, entre plusieurs malades, lequel d’entre eux pourra bénéficier d’un respirateur artificiel…

 

Il y a beaucoup de méfiance autour de ce phénomène, certains politiciens estiment qu’on en fait trop, qu’il ne s’agit pas d’une crise sanitaire majeure si on la compare à d’autres plus meurtrières… Pourtant, les hôpitaux italiens sont surchargés, on les dit au bord de la rupture… et derrière tout ça, il y a le risque de la crise financière, d’un nouveau krach boursier… Comment analysez-vous cela ?

Aujourd’hui, les leaders du centre droit italien, Matteo Salvini, Giorgia Meloni et Antonio Tajani, ont été reçus par le président du Conseil Giuseppe Conte : ils réclamaient un durcissement des conditions de circulation pendant 15 jours, au moins pour la Lombardie mais aussi dans toute l’Italie, pour porter un coup d’arrêt décisif à la diffusion du virus. Ils n’ont pas été entendus sur ce sujet. Pendant ce temps, les révoltes dans les prisons italiennes se multiplient, il y a déjà eu 6 morts.

Il faut savoir que l’Italie, à la différence de la France, a testé massivement les malades présentant les symptômes de ce virus, qui sont ceux de la grippe. Ce n’est pas le cas en France, ce qui expliquerait la progression « officielle » plus lente du virus. Les mesures prises sont parfois contradictoires : en Italie comme dans certains départements français, les églises sont fermées, il est interdit de se rendre à des messes publiques, tandis que les supermarchés sont ouverts… et que l’on a bien tardé à interdire ou à reporter les manifestations sportives !

Quant aux perspectives économiques, elles sont assez sombres : l’Italie dont l’économie stagnait va, à coup sûr, entrer en récession. Il faudra un soutien financier massif pour les entreprises italiennes, du gouvernement comme de l’Union européenne, pour contenir une crise économique qui s’abattra sur un pays qui se portait déjà mal avant la crise. La confiance dans le gouvernement et les institutions en période de grande crise est essentielle pour la survie et la cohésion d’une communauté nationale. Or, avant cette crise, elle était déjà mise à mal. De son côté, l’Union européenne saura-t-elle apporter une réponse à la hauteur de l’enjeu ? Il est permis d’en douter.

 

Selon vous, la France doit-elle se préparer à ce type de situation ?

À l’heure du village planétaire, et alors que l’on s’obstine à ne pas fermer les frontières – mais les mises en quarantaine ne sont-elles pas autre chose que l’érection de barrières intérieures temporaires ? -, on peut imaginer que l’épidémie n’en est, chez nous, qu’à ses débuts. Le changement de ministre de la Santé au début de l’épidémie a été, me semble-t-il, une grande maladresse de la part du gouvernement.

Entretien réalisé par Maud Protat-Koffler

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