Culture - Editoriaux - 28 avril 2019

Mais où va se nicher le racialisme ?

Dans la couleur des statues, maintenant...

On sait, de source littéraire et scientifique, que les temples grecs, avec leurs statues, étaient polychromes. Ce qu’on ne savait pas encore – mais Arte nous le dit, dans une émission récente -, c’est qu’en quelque sorte, si nous les avons admirés, des siècles durant, dans leur blancheur, c’est que notre chromophobie avait sa source dans notre racialisme (Arte n’emploie pas le mot, mais c’est ainsi qu’il faut le comprendre) : la supériorité de « la race blanche ». Les Korès ioniennes aux cheveux crénelés étaient rousses. L’art ottoman coloré. Un pan entier de notre histoire de l’art reposerait sur un mythe.

L’architecture des temples grecs obéit à des règles rigoureuses liées à la recherche du nombre d’or : en témoignent les proportions exceptionnelles du Parthénon, avec les effets d’optique de ses colonnes incurvées. Les couleurs minérales, vives et tranchées, étaient appliquées à l’encaustique sur le marbre. Les cires, colorées, posées à chaud avec des fers, mordaient la matière. C’est par les couleurs que se faisait la médiation avec les dieux.

Le temps – intempéries et histoire – a détruit les couleurs. Des statues grecques, nous n’avons souvent gardé – et pour cause ! – que des copies romaines de plâtre blanc. D’où cette idée, véhiculée par Arte, d’une Grèce « blanche », alors qu’elle serait métissée, comme tous les autres pays, ce dont témoigneraient l’art ottoman ainsi que l’art chrétien du Moyen Âge aux vitraux colorés. C’est au XVIIe siècle, sous l’influence du classicisme, que se serait imposé cet idéal de nudité et de pureté. Avec Gobineau (1853) et sa théorie des races. Avec Mussolini et Hitler. L’idéologie nazie aurait imposé la suprématie de l’homme blanc.

Il est impossible de penser que les Grecs auraient su sculpter admirablement et non peindre merveilleusement. Mais il ne faut pas oublier que, si nous avons aimé les temples sans leurs couleurs, c’est que les couleurs en avaient disparu. Or, la couleur repose sur une alchimie : le mélange des pigments, les liants, les patines, le rendu des ombres et des lumières. Le bleu de Delft, le rouge de Soutine : quel mystère ! Les peintures antiques n’ont pas livré tous leurs secrets. En témoigne la laideur de nos reconstitutions contemporaines.

Les églises romanes étaient peintes. En Auvergne existe une Vierge noire qui tient son enfant devant elle, comme une mère kangourou. Les couleurs des vitraux sont vives. Ce n’est pas pour autant que la France a pour « vocation » le métissage, n’en déplaise à Jacques Attali. Pour le rôle social des couleurs, lisons les livres passionnants de Pastoureau. Pour les métamorphoses du temps qui construisent notre « musée imaginaire », relisons Malraux.

Avec la dénonciation de la colonisation, le métissage, de mode qu’il était, est devenu une idéologie mortifère qui ravage l’Europe. Récemment, une pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, datant du Ve siècle avant J.-C., censurée par le CRAN et la LDNA au prétexte d’être « afrophobe, colonialiste et raciste », n’a pu être représentée au théâtre de la Sorbonne. Le ministère de la Culture a dénoncé une « atteinte sans précédent à la liberté d’expression et de création ».

L’Europe s’écroule sous l’idéologie de la déconstruction datant des années 80. Jusqu’où irons-nous dans nos délires phobiques ?

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