Macron et le G5 Sahel, ou Don Quichotte en Afrique (2)

L’Union européenne aurait pu considérer que la défection américaine et onusienne sur le projet de force conjointe G5 Sahel constituait une occasion de montrer sa cohésion et son entente sur une stratégie pour le Sahel. Il n’en a rien été.

Pourtant, la Stratégie globale de l’Union européenne (SGUE) adoptée en 2016 aurait dû l’y inciter. Un des objectifs de cette stratégie est “le maintien de la paix et de la sécurité des citoyens de l’Union sur son territoire. Cela passe notamment par assurer le maintien de la paix et de la sécurité en dehors de l’Union européenne.” Le poids du passé a peut-être aussi joué. Les Européens ont été échaudés dans les années 2000 par la proposition française d’européaniser son concept de Renforcement des capacités africaines du maintien de la paix (RECAMP) qui n’avait pas fait ses preuves, en le remplaçant par un EURO RECAMP. Ce dernier a lui-même servi comme outil au service de l’Union africaine pour l’aider à valider le concept de force africaine en attente (FAA) qui date de 2004, force africaine qui se fait toujours attendre en 2017. Elle aurait été tellement utile en janvier 2013 lors de l’opération française Serval au Mali !

Le couple franco-allemand a, lui aussi, raté l’occasion de s’affirmer en matière de défense commune contre le terrorisme islamiste. La tradition allemande est celle d’un refus de la coopération militaire avec les pays africains, comme c’est le cas avec son agence de coopération civile, la GIZ (Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit), qui développe des projets avec les polices africaines francophones mais refuse obstinément d’en faire autant avec les gendarmeries africaines ! Même si cela a un peu évolué avec la situation au Mali, sa participation se concentre principalement dans un appui logistique et en modules de formation, ainsi qu’au sein de l’« Alliance pour le Sahel », initiative destinée à financer la partie appui au développement du G5 Sahel.

Les Européens doutent aussi clairement de la capacité de réaction de la force conjointe face à un ennemi bien armé, mobile et déterminé, de véritables combattants issus du milieu. Ayons en mémoire la débâcle de l’armée malienne à Kidal en mai 2014. Les Européens ont aussi été échaudés dans le passé par les exactions commises contre la population touareg, ainsi que la corruption et les trafics en tout genre dont souffre la réputation de l’armée malienne. Emmanuel Macron avait imploré, le 4 juillet dernier à Bamako, les chefs d’État du G5 à prouver l’efficacité des troupes afin de convaincre les partenaires de l’utilité de cette force. Un exercice a bien eu lieu récemment aux confins des frontières du Mali, du Niger et du Burkina Faso et a révélé des différences notables dans la pratique des armées impliquées. Le Tchad s’est déclaré disposé à mettre son expérience militaire au bénéfice des autres contingents des pays membres après harmonisation des stratégies de sécurisation des frontières respectives. Autrement dit, l’opérationnalisation de cette force conjointe est encore loin d’être une réalité.

Plus de quatre ans après l’absence totale de soutien apporté à la France par l’Union européenne lors de l’opération Serval au Mali, il est illusoire de croire que cette force militaire conjointe africaine prendra en charge l’essentiel des opérations militaires au sol contre les groupes terroristes. La réduction de la « voilure » de l’opération Barkhane souhaitée par Emmanuel Macron ne pourra pas être possible, sauf à prendre le risque d’un abandon de cette force à son sort. D’autant que, le 16 septembre dernier, Ayman al-Zawahiri, le chef d’Al-Qaïda, s’est adressé aux Africains et les a appelés à combattre la France, qu’il accuse de revenir en Afrique. Les principaux chefs djihadistes ont déjà décidé d’unir leurs efforts contre la force militaire du G5 Sahel.

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