Editoriaux - 28 septembre 2018

Macron à l’ONU : un universalisme naïf, munichois, mais triomphant

“Le siècle qui s’ouvre nous regarde, et nos enfants nous attendent.” Le discours du Président Macron à la tribune de l’ONU est celui d’un universaliste de gauche prosélyte, s’adressant aux représentants des autres civilisations comme s’ils étaient ses coreligionnaires. À l’entendre, la religion des droits de l’individu habite chaque membre de l’assemblée : du Chinois au Malgache, en passant par le Saoudien. Mais ce discours est avant tout une piqûre de rappel : la bête progressiste bouge encore. Elle agonisait, dites-vous ? Non, elle se reposait.

Ces dernières années – sous l’effet de la déferlante migratoire, des émeutes ethniques, des agressions et des attentats islamistes –, l’idéologie progressiste et son avatar multiculturaliste semblaient sur la défensive. À droite, on voulait y croire, on exultait, savourant déjà le triomphe prochain, persuadé d’avoir le monopole du courage face à la foule des bobos invertébrés.

Or, sur le plan de l’idéal à atteindre, l’audace se trouve à gauche. Les hommes de droite peuvent prôner des valeurs guerrières mais c’est, hélas, pour les placer au service d’un idéal précautionneux et d’un horizon étriqué. Voilà pourquoi la gauche vaincra, une fois de plus. Car son idéal, aujourd’hui moribond, possède un avantage appréciable : celui d’être le seul dans l’arène.

Cela, à moins que la droite ne s’arme enfin de son propre progressisme, et qu’elle comprenne que sa défaite perpétuelle provient de sa défiance envers l’avenir, qui révèle en réalité un malaise vis-à-vis du présent – voire un mal-être général. La posture d’un Schopenhauer, qui écrit “Le progrès, c’est là votre chimère, il est du rêve du XIXe siècle comme la résurrection des morts était celui du Xe, chaque âge a le sien” » n’est plus tenable. La véritable erreur, c’est de croire que les chimères sont sans prise sur le réel – surtout quand ces chimères peuplent les cerveaux des élites. Chaque époque a sa conception particulière du progrès, et ceux qui se refusent à proposer la leur doivent renoncer à écrire l’Histoire. De même, Nietzsche peut bien déclarer que le progrès est « une idée fausse », il n’empêche que sa philosophie du surhomme est progressiste – progressiste de droite.

Penser le progrès n’implique pas de se rallier à la conception de nos adversaires. Quand le candidat de la droite, François Fillon, proclame, durant la campagne des présidentielles de 2017, que la gauche n’a pas le monopole du progrès, il admet implicitement qu’il n’existe qu’une seule version du progrès. Il se rallie, en fait, au progressisme tel qu’il est défini par la gauche libérale.

Au sujet du conservatisme en France, Paul Thibaud écrit qu’il souffre d’“une infériorité morale par rapport à la gauche”, qui conserve “les clés du royaume”. De fait, même les plus convaincus des hommes de droite semblent douter de la supériorité morale de leur cause. C’est une faiblesse qui se paie au prix fort. Il est indispensable que le progressisme de nos ennemis idéologiques soit implacablement condamné pour ce qu’il est : une monstruosité morale, ainsi qu’un recul anthropologique. Mais il est encore plus urgent de forger un progressisme de droite.

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