150.000 euros pour se procurer un enfant : c’est possible en signant un contrat de gestation pour autrui (GPA). Le salon « Désir d’enfant », qui se tiendra à Paris au mois de septembre pour la troisième année consécutive, met en relation professionnels et potentiels clients. Dans la plus pure illégalité. La Manif pour tous a enquêté. Un reportage choc. Sa présidente, Ludovine de La Rochère, répond à nos questions.

Sabine de Villeroché. Futurs parents, mères porteuses et donneurs de gamètes, tous ceux qui interviennent dans le processus d’une GPA sont consentants. Pourquoi, dans ces conditions, continuer à dénoncer un « trafic d’êtres humains » ?

Ludovine de La Rochère. Dans toute forme de traite humaine, des victimes se disent consentantes. Le plus souvent parce qu’elles dépendent de ceux qui les exploitent, qui exploitent leur détresse. Et si la vulnérabilité de ces personnes est le plus souvent économique, elle peut être aussi psychologique, sociale… En Californie, par exemple, des mères porteuses se disent « consentantes ». Elles veulent être « altruistes ». Voilà des femmes qui sont manipulées, soumises à la pression sociale. Elles ne voient plus que la maternité, comme les relations amoureuses d’ailleurs, ne peuvent être mises à disposition d’autrui.

Par ailleurs, il ne faut pas se laisser piéger par les témoignages de femmes exploitées comme mères porteuses par des agences : elles sont payées, bien sûr, pour dire qu’elles en sont heureuses. À ce sujet, regardez notre enquête. Vous verrez comment ces agences parlent de ces femmes… À propos du consentement, la loi est faite pour protéger chacun, y compris de soi-même : en France, par exemple, il est interdit de vendre ses propres organes, même lorsque nous en avons deux, comme les reins. Il est aussi interdit de vendre ses gamètes. C’est ce qu’on appelle en droit la « non-patrimonialité du corps humain et des produits du corps humain ». Et justement, en ce qui concerne les « donneurs de gamètes » auxquels recourent ces agences de GPA, attention aux termes : ces « donneurs » sont en réalité payés.

En effet, très peu de personnes acceptent de donner leurs cellules sexuelles, dont chacun sait qu’elles sont le support de la filiation : c’est par elles que nous donnons la vie et c’est par elles que parents et enfants se ressemblent. Et, au-delà, c’est ce qui situe chacun dans la succession des générations d’une famille. Nous ne sommes pas une page blanche comme nous ne sommes pas seul au monde. Ainsi, les gamètes sont d’une importance humaine – vitale, charnelle et psychique – immense. Et donc, comme très peu veulent bien donner leurs gamètes, le business de la procréation a obtenu dans certains pays de pouvoir payer ceux qui fournissent leurs gamètes. C’est là aussi une forme d’exploitation, qui utilise la pauvreté de certains pour obtenir ce que ces hommes et ces femmes ne voulaient pas faire, à savoir fournir leurs gamètes à des tiers. Là aussi, c’est une violence qui leur est faite.

S. d. V. Des associations s’activent pour dénoncer ces pratiques interdites, des juristes portent plainte et alertent les autorités, mais personne ne réagit. Comment expliquer ce silence : complicité, incurie ou volonté de petit à petit banaliser la GPA avant sa légalisation ?

L. d. L. R. Oui, nous sommes plusieurs associations à avoir porté plainte, à avoir alerté le gouvernement, les parlementaires, mais aussi le maire du 17e arrondissement où se tient ce salon « Désir d’enfant ». Du côté du gouvernement, le ministre de la Justice a renvoyé la balle au ministre de l’Intérieur, qui lui-même l’a renvoyée au ministre de la Santé. Et ce dernier, interrogé aussi par des parlementaires, a répondu qu’il n’avait pas d’avis sur ce salon et que c’était à voir avec la Justice… laquelle n’a même pas accusé réception de nos plaintes ! Et pourtant, la Manif pour tous a transmis à la Justice, par son avocat, toutes les preuves : plaquettes publicitaires d’agences de GPA, tarifs des prestations de GPA, constat d’huissier, etc.

Mais le gouvernement et la Justice se couchent devant les associations LGBT. Ils préfèrent regarder ailleurs plutôt que de gêner ceux qui veulent pouvoir faire une GPA. Certes, ce sont aussi bien des couples homme-femme que des couples d’hommes et des hommes seuls qui recourent à la GPA. Mais le fait est que la revendication de sa légalisation est portée par les associations LGBT. Certains, comme Olivier Véran, par idéologie progressiste, sont porteurs des mêmes objectifs. Et d’autres, tout simplement, ont peur de déranger.

S. d. V. Ces derniers jours, des militants écologistes font la une des en multipliant les actions : blocages de routes et même du Tour de France. À l’inverse, des actions comme ce reportage de la Manif pour tous sont peu relayées. Est-ce le signe que, dans la tête des Français, l’avenir de la planète est plus préoccupant que l’humain ?

L. d. L. R. En effet, si l’association antispéciste L214 avait diffusé une vidéo, elle serait bien davantage relayée. Le combat est infiniment plus difficile quand on n’est pas libertaire, individualiste, etc. Pour tout dire, quand on n’est pas de la progressiste !

Le problème, c’est le progressisme des du service public et des principales chaînes de télévision. Cela donne à ce courant de pensée un impact incroyable, qui influence même les personnes de bonne volonté. Je pense à ceux qui croient, aujourd’hui, que s’opposer au mariage de personnes de même sexe est trop clivant. Mais c’est le mariage de personnes de même sexe qui est clivant, pas nous !

Une autre difficulté, c’est que notre insistance agace parfois. Or, en fait, ce sont les associations LGBT et leurs alliés qui ont envahi la société de leurs revendications, et nous ne pouvons pas nous taire !

Ces questions anthropologiques et civilisationnelles sont fondamentales. La persévérance n’est donc pas une option, elle est une nécessité. Et si ce combat doit prendre des années, ce n’est pas une raison de baisser les bras, bien au contraire !

Business de la GPA en toute impunité – Enquête à Paris : le salon « Désir d’enfant »

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17 juillet 2022

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