Suite aux protestations de la Manif pour tous contre le salon Désir d’enfant qui se tenait les 3 et 4 septembre à Paris, les organisateurs ont finalement décidé d’exclure les représentants du business de la initialement prévus. Ludovine de La Rochère, présidente du mouvement créé lors du débat sur la légalisation du mariage homosexuel qui s’apprête à fêter ses dix ans d’existence, se confie à Boulevard Voltaire.

Sabine de Villeroché : C’est une victoire pour la Manif pour tous. Doit-on en tirer l’ que « protester », c’est efficace ?

Ludovine de La Rochère : Je pense en effet qu’il est efficace de « protester », c’est-à-dire d’agir, mais toujours en conduisant plusieurs types d’action simultanément. Manifester, par exemple, implique d’abord de mobiliser, donc d’alerter et de décrypter en quoi tel ou tel projet est problématique, voire dangereux. Cela implique aussi de communiquer intensément à l’attention des médias et sur les réseaux sociaux, nos dirigeants étant très sensibles à ce qui se dit. Cela suppose également d’interpeller directement et personnellement les politiques…

Et naturellement, la nature et le rythme des actions à mettre en œuvre diffèrent suivant les cas. Pour le salon Désir d’enfant, par exemple, nous avons manifesté, alerté les médias et interpellé les pouvoirs publics, mais nous nous sommes aussi infiltrés dans le salon, où nous avons filmé des entretiens avec des commerciaux d’agences de à l’aide de caméras cachées. Cela nous a permis de montrer la réalité de ce qui se passait dans ce salon (qui prétendait « informer » seulement, et non prospecter des clients) et d’avoir des preuves pour la Justice. Car nous avons également déposé des plaintes, avec constitution de parties civiles, en l’occurrence avec d’autres associations. Le fait de s’allier avec d’autres peut être utile tactiquement. Là encore, tout dépend de l’enjeu et du contexte.

Néanmoins, d’une manière générale, si l’on espère un résultat immédiat, on risque de vite se décourager, ce qui est pire que tout. En effet, comme défenseurs de la différence des sexes, de la paternité et de la maternité, de la famille, nous sommes aujourd’hui dans un contexte difficile.

Certaines de nos actions ont été rapidement efficaces : le projet de loi « familles » du ministre Dominique Bertinotti, par exemple, avait été retiré le lendemain de notre manifestation nationale du 2 février 2014 ; ou le projet d’adoption pour les couples non mariés avait été retiré, en 2016, lorsque nous avions annoncé une manifestation si cela se confirmait.

Mais d’autres actions ont nécessité du temps pour parvenir à leur but. Le Conseil de l’Europe (qui n’est pas le Conseil européen, il compte 46 États membres) avait mis plus d’un an à reculer sur son initiative en faveur de la GPA, comme le salon Désir d’enfant a mis deux ans à reculer sur la proposition de à ses visiteurs.

Enfin, d’autres actions peuvent porter des fruits sans que le but ne soit encore atteint, et même de loin parfois. Cela ne doit surtout pas nous empêcher de poursuivre : la persévérance est la première des conditions pour espérer réussir. Cela peut sembler parfois bien long à vue humaine, mais cela rend d’autant plus nécessaire et urgent notre engagement !

S. d. V. : Dans quelques jours, la Manif pour tous aura dix ans. Quel bilan tirez-vous de ces dix années d’actions militantes ?

L. d. L. R. : Ces dix années ont été extrêmement intenses, les idéologies (gender, wokisme, transhumanisme…) auxquelles nous sommes confrontés supposant de décrypter, former, communiquer, et les projets à combattre étant malheureusement multiples.

À cela s’ajoute le fait que si nous nous opposons à cette propagande et aux projets de loi correspondants, c’est parce que nous défendons la différence des sexes, la complémentarité du père et de la mère pour l’enfant, la famille. Or, cela demande aussi à être exprimé et exposé. Cela exige un vrai travail de fond, le recours à la philosophie, à l’anthropologie, au droit, à la science... Avec, en ligne de mire, la nécessité de s’exprimer de manière à être audible de tous. Cela représente un investissement considérable en temps et en énergie.

Si l’on pense bilan, je dirai que la Manif pour tous a remporté de belles victoires, mais vous le savez, bien sûr, elle a aussi vécu des échecs importants. Je suis néanmoins convaincue que ces échecs ne sont pas définitifs, et c’est bien la raison pour laquelle je n’ai jamais envisagé, pour ma part, que la Manif pour tous cesse d’agir.

Du point de vue juridique, le mariage des personnes de même a été légalisé, ainsi que, huit ans plus tard, la PMA sans père. En revanche, la ROPA (réception des ovocytes de la partenaire, revendiquée par les couples de femmes), la GPA, la coparentalité, la multiparentalité, notamment, ne sont pas passées. La propagande en ce sens est extrêmement intense, on le constate depuis des années. Ayant échoué sur ces mesures, les progressistes tentent aujourd’hui des voies détournées. Sur la GPA, par exemple, ils espéraient obtenir sa reconnaissance de fait dans le cadre de la loi dite « bioéthique » du 2 août 2021, mais ils ont échoué : au contraire, celle-ci a mis un coup d’arrêt à la retranscription de la filiation des enfants nés de GPA à l’étranger. Aujourd’hui, ils essayent donc d’autres voies, l’une qui passerait par une circulaire du ministère de la Justice, l’autre par les institutions internationales.

C’est vraiment un combat pied à pied, et d’autant plus qu’ils ont des alliés dans les médias, les partis et les institutions. Cela leur permet aussi de mener la méthode « du tapis de bombe » : ils multiplient les offensives parallèles pour que notre opposition s’éparpille. Il faut donc absolument prioriser, rester sur l’essentiel, mettre de côté ce qui est en fait secondaire, de moindre conséquence pour l’avenir. Ou ce sur quoi d’autres se battent déjà. Je pense, par exemple, à l’avortement, sur lequel la Manif pour tous n’est jamais intervenue malgré les nombreuses sollicitations en ce sens. De fait, d’autres associations agissent sur ce sujet. Inutile, donc, d’agir en double.

L’international, en revanche, avait largement échappé à la vigilance des conservateurs jusque récemment, ce qui a laissé prospérer les progressistes au sein de l’Union européenne, de la Conférence de La Haye, de l’ONU, etc. Très inquiets de cela, nous nous sommes lancés dans l’action internationale dès les premiers mois de la Manif pour tous. Nous avons d’emblée collaboré avec des associations de nombreux pays et nous avons commencé à intervenir auprès de ces instances internationales. Depuis 2015, la Manif pour tous est devenue organisme consultatif à l’ONU. Et nous avons beaucoup appelé les autres associations, aussi bien françaises que d’autres pays, à effectuer les démarches nécessaires pour obtenir ce statut.

Enfin, même s’il y aurait bien d’autres axes à évoquer sur dix années de combat, je ne peux pas ne pas évoquer le combat culturel : avec la Manif pour tous, des milliers, peut-être même des dizaines de milliers de jeunes, ont pris conscience des enjeux, se sont formés sur le fond et se sont entraînés à l’action militante. C’est évidemment capital pour l’avenir. Et parmi ces jeunes, et de manière plus large, parmi les Français de tous âges qui ont pris conscience de l’engrenage dans lequel nous sommes, beaucoup se sont mis à étudier, réfléchir, analyser, enseigner, publier, influencer, etc. Et de fait, le nombre d’articles et de livres qui dénoncent cette idéologie progressiste et ses conséquences ne cesse de se démultiplier ces dernières années. C’est une très bonne nouvelle, aussi, pour l’avenir !

S. d. V. : Quel avenir pour la Manif pour tous, le mouvement a-t-il d’autres combats à mener ?

L. d. L. R. : Nous sommes encore et toujours dans le même combat : en effet, la volonté de déconstruction anthropologique et sociétale est une hydre. Si nous en avons coupé quelques bras, il y en a bien d’autres, et surtout, la tête – l’idéologie – est malheureusement bien là. Comme nous le constatons tous, la propagande et la pression sont intenses, en particulier sur les politiques, mais aussi sur les jeunes. Il est clair qu’il n’y a pas l’ombre d’un répit en vue, bien au contraire !

Que l’on pense à l’école, aux médias, aux réseaux sociaux, aux institutions, à l’université ou même aux entreprises, tous les secteurs sont touchés. Pour revenir aux actions à mener, elles sont multiples et chacune demande un travail considérable et des moyens très conséquents : publications et diffusions d’études scientifiques, propositions à l’attention des politiques, prévention dans les entreprises, décryptages dans les médias, présence quotidienne dans l’espace public et sur les réseaux sociaux, mise en avant d’influenceurs alliés… Bref, toutes les bonnes volontés et les compétences sont les bienvenues, pour contribuer à l’action de la Manif pour tous, mais aussi développer des initiatives, existantes ou à créer…

Les modes opératoires sont nombreux, il y en a pour tous les goûts et pour tous les Français conscients des risques pour les jeunes et les générations à venir. Et même ceux qui sont débordés par leurs obligations peuvent agir en soutenant financièrement !

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13 septembre 2022

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5 commentaires

  1. « Car nous avons également déposé des plaintes, avec constitution de parties civiles, » J’espère que vous êtes patiente, l’instruction de votre plainte se terminera probablement vers 2035 ou 2040.

  2. Y a-t-il un seul être humain sur Terre qui ne soit pas né d’un ovule fécondé par un spermatozoïde ??? Les transgenres produisent-ils (ou elles) des gamètes du sexe opposé à leur sexe de naissance ?

  3. Excellent article qui donne un peu d’espoir .
    Je suis d’accord avec Yolande STEINER en ce qui concerne l’adoption française .

  4. Il serait aussi souhaitable de modifier la loi adoption en France .Un vrai parcours du combattant et c’est pourquoi tant de familles françaises partent à l’étranger pour adopter voir acheter un enfant .C’est intolérable , il y a urgence a agir pour faciliter l’adoption chez nous .

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