Editoriaux - Environnement - 8 avril 2019

Loup, y es-tu ? Que fais-tu ?

Le loup fait donc son grand retour en France depuis plusieurs années. Sa présence permanente est notamment confirmée dans le Vaucluse et sa population augmente, puisque six louveteaux sont nés durant l’été 2018 sur le mont Ventoux, où ils ont pu être observés. L’endroit exact ne sera d’ailleurs pas dévoilé pour préserver ces louveteaux, dont l’espérance de vie est mince jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge adulte.

Animal sauvage et, aujourd’hui, protégé, il est réapparu naturellement dans les années 2000 dans ce département. La présence du loup alimente toujours une vive opposition entre les défenseurs de la nature et les éleveurs du massif, et n’en finit plus de nous interroger. Bénédiction ou malédiction ?

L’image et la perception qu’ont les hommes du loup se sont modifiées au cours des siècles. C’est indéniablement un animal intelligent qui fut un précieux allié, une fois dressé, pour l’Homo sapiens lors de la chasse. Autrefois, il symbolisait tantôt l’invincibilité chez les Amérindiens tantôt la force et le pouvoir suprême chez les Inuits. Le loup n’étant pas, alors, perçu comme un concurrent chez ces peuples chasseurs.

Véritables divinités en Haute-Égypte, les loups sont embaumés et leurs momies côtoient celles des hommes. Dans la mythologie romaine, ce sont des animaux bienfaisants et protecteurs des peuples… Romulus et Remus furent recueillis et allaités par une louve. La célèbre sculpture de bronze, la Louve du Capitole, datant du Haut Moyen Âge en est le symbole associé à ce mythe et à la fondation de Rome.

Au Moyen Âge, les guerres, épidémies et famines auront raison de la bonne réputation dont jouissait le loup. Contraint de survivre lui aussi, il se mit à se nourrir de cadavres humains. S’aventurant trop près des habitations, les hommes se mirent à le craindre.

Le mythe du loup-garou, quant à lui, est commun à de nombreux peuples et semble traverser toutes les époques. La bête du Gévaudan fit beaucoup parler d’elle et a été tournée en scandale par la presse, générant ainsi des centaines d’articles sur le sujet et des battues gigantesques pour éradiquer le responsable d’attaques de troupeaux, bergers, femmes et enfants… Aujourd’hui, le mystère entourant cette affaire semble encore demeurer.

Associé au mal, le loup est un symbole de péché pour l’Église catholique qu’il ne vaut mieux pas laisser entrer dans la bergerie.

Il est systématiquement chassé et traqué, laissant dans la mémoire collective une trace indélébile de peur nourrie par des croyances populaires et de contes.

Étonnamment, à une époque plus proche de la nôtre, il est rapporté différents cas d’enfants élevés par des louves, en Inde notamment. Ce qui démontre leurs capacités et leur puissant instinct maternel à élever des petits d’une autre espèce que la leur.

Qu’il cristallise des peurs et des rejets millénaires ou suscite une véritable admiration, le loup a fait et fera toujours parler de lui. On peut déplorer que certaines espèces animales disparaissent de la surface de la Terre ; au contraire, celle du loup réapparaît et s’adapte à son nouvel environnement. Peut-être vaut-il mieux se réjouir que de crier au loup, et le laisser vivre en paix et en harmonie avec l’homme dans la mesure du possible, comme n’importe quelle autre espèce ?

Le week-end dernier, nous rapporte Le Dauphiné, ils étaient une vingtaine de randonneurs à être partis sur les traces du loup. Ils n’ont rencontré que des chamois, des chevreuils et… un renard. Pas de loup ! Il n’est pas donné à tout le monde de voir le loup… surtout sur le mont Ventoux.

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