Loi « Philippine » définitivement adoptée : la politique des petits pas
Après un parcours chaotique et un récent passage en commission mixte paritaire, la proposition de loi dite « Philippine », visant à renforcer la durée maximale de rétention administrative des étrangers sous OQTF les plus dangereux, a finalement été adoptée définitivement par les députés, ce mardi 16 juin, à l’Assemblée nationale.
Avec 345 voix pour et 177 contre, elle a fait l’objet d’un consensus parlementaire à l’occasion duquel le centre et la droite dans sa totalité ont fait bloc. La gauche, en revanche, s’est opposée au texte. Les socialistes et l’extrême gauche ont parlé à l’unisson dans une opposition violente, comme à l'accoutumée. Lors des débats, La France insoumise n’avait pas de mots assez durs contre un texte qui prévoit essentiellement d’allonger la durée de rétention des OQTF qui ont été condamnés pour des crimes ou délits graves et qui présentent un risque particulier (menace pour l’ordre public, radicalisation, troubles psychiatriques, etc.), la faisant passer de 90 à 210 jours.
Merci, Vincent Bolloré
« Les socialistes d’aujourd’hui vomissent ce que les socialistes d’hier soutenaient : ils ont choisi la soumission à Mélenchon. L’Histoire les jugera », a déclaré le parlementaire macroniste Charles Rodwell, qui présentait cette proposition de loi après l’avoir réécrite à la suite de la censure du Conseil constitutionnel, il y a un an. Le député EPR des Yvelines a vivement dénoncé les outrances du parti de Jean-Luc Mélenchon qui, pour stigmatiser un texte « raciste et xénophobe », a eu recours aux propos les plus vils. « Texte de déportation », comparaison avec les « camps de concentration » : tout y est passé, pour l’extrême gauche, qui préfèrerait « régulariser les OQTF plutôt que de les enfermer », a souligné Charles Rodwell, ce mercredi 17 juin, sur Sud Radio.
Jouant habilement sur sa droite, le parlementaire dont le groupe a pour président Gabriel Attal sait s’adresser sans sectarisme - Boulevard Voltaire le recevait, il y a quelques mois, en grand entretien - à un large électorat. Sur CNews, réagissant au vote positif de son texte, l’élu de 29 ans a tenu à « remercier » la chaîne et le « groupe » de Vincent Bolloré. « Depuis des mois voire des années, vous avez donné écho à ce combat politique qui était le mien. […] Je suis convaincu que la voix que nous pouvons porter collectivement sur votre antenne est absolument essentielle pour assurer la sécurité de nos familles, la sécurité de nos enfants et la protection de nos libertés publiques. »
« On ne va pas non plus sauter au plafond »
La droite a voté avec conviction, mais sans enthousiasme. Après le vote en première lecture au palais Bourbon, Claire Geronimi, vice-présidente de l’UDR, exprimait ses fortes réserves dans BV et dénonçait « un coup de communication ». « On peut faire toutes les lois qu’on veut. Derrière, on se heurte toujours au mur budgétaire. » En effet, les CRA (centre de rétention administrative) sont saturés. La France compte à peine 2.000 places quand, en 2024, 3.624 placements ont été refusés, faute de place. L’objectif gouvernemental de 1.000 places supplémentaires, d’ici 2029, paraît timide et représente quelque 300 millions d'euros, auxquels il faudra ajouter 35 millions de coûts annuels.
Au Rassemblement national, on salue tout de même une avancée. « Même si ce projet de loi ne va pas assez loin, cela va dans la bonne direction », confie, à BV, le député Philippe Ballard, porte-parole du RN. « Quand un texte va dans le bon sens, nous ne sommes pas bornés, on le vote. »
Si le texte constitue une avancée positive, il ressemble tout de même à une goutte d’eau dans l’océan. « On ne va pas non plus sauter au plafond », confie, à BV, dans les couloirs de l’Assemblée, un parlementaire patriote, conscient de l’insuffisance du dispositif actuel. En matière de politique migratoire, la droite nationale nourrit des ambitions autrement plus fortes. Mais face au rouleau compresseur du politiquement correct, chaque petit pas est une victoire.
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20 commentaires
Pourquoi les journalistes, qui ont accès aux noms des parlementaires ayant voté pour ou contre cette loi (je suppose), ne nous disent-ils pas qui, au PS et chez les Verts, ont voté contre cette loi Philippine ?
Parmi ces parlementaires, se trouvent-ils d’anciens ministres, voire même un président ?
Serait-il tabou de parler du choix de vote de nos parlementaires ?
Macron trouve des milliards pour faire une guerre qui n’est pas la nôtre mais ne sait pas investir pour créer des CRA et des prisons. Là est toute sa puissance, le verbe sans effet. De la fanfaronnade à gros flots. Ce n’est pas un dirigeant. Les français lui ont fourni un « costume » dans lequel il nage. Un clown.