Vous vous souvenez du référendum de 2005, celui où 84 départements sur 100 avaient prudemment fichu à la porte l’idée d’une Constitution européenne, mais revenue peu après par la fenêtre du Congrès sous la forme du traité de Lisbonne ?

En plus modeste mais en plus rapide – et parce que les ennemis de la liberté d’expression ne se reposent jamais -, ce même genre de félonie est extrait des débris de la loi Avia, pourtant largement retoquée par le Conseil constitutionnel, il y a moins d’un mois.

On apprend ainsi, aujourd’hui, du patron du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), que « l’observatoire de la haine en ligne » sera mis en place à la fin du mois de juillet.

Sans doute l’observatoire des observatoires a-t-il observé qu’à côté de nos commissions, comités Théodule et hautes autorités, la France manquait un peu d’observatoires ; et puis… il faut bien faire manger les frères et les copains !

Ce machin, comme aurait dit le Général, devrait assurer « le suivi et l’analyse de l’évolution des contenus » des réseaux sociaux et être une « enceinte pour avoir autour de la table tous les acteurs, pour suivre ce phénomène ».

On peut penser que, parmi ces « acteurs », les premiers rôles seront attribués aux associations néo-antiracistes de délateurs professionnels subventionnés qui – outre le privilège rare de pouvoir ester en justice alors que leur intérêt propre n’est pas mis en cause (droit retiré à d’autres par la loi ELAN de 2018) – peuvent mobiliser en quelques clics leur meute de militants pour inonder le CSA de signalements devant le moindre « dérapage », un système bien huilé.

Hier, il a permis de réduire l’expression de certains personnages éminemment douteux ; mais on peut penser que, demain, l’épuration éthique sur les différents réseaux sociaux s’étendra à ceux qui prétendraient que tous les hommes ne sont pas des violeurs (des « machistes ») ou qui critiqueraient la présidence d’Obama (des « racistes »).

Beaucoup oublient que la liberté d’expression est faite pour dire des choses susceptibles de déplaire à certains, pas uniquement pour constater que sœur Emmanuelle était une belle personne…

Voltaire disait qu’il valait mieux « hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent ». En 1793, la loi des suspects visait ceux qui « par leurs écrits, […] n’ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution », puis « ceux qui n’ayant rien fait contre la liberté, n’ont aussi rien fait pour elle ».

Remplacez « Révolution » et « liberté » par « bien-pensance » et vous comprendrez ce qui nous attend.

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