Ça fait un moment qu’on sait que n’a pas grandi aux confins d’une banlieue lointaine de la région parisienne, que sa mère ne faisait pas des ménages à quatre heures du matin dans les tours de la Défense ou que son père ne vidait pas les poubelles de la ville de Paris à l’heure du laitier.

Elle avait bien essayé, au début, lorsqu’elle avait été nommée secrétaire d’État, de nous faire le coup de la petite Cosette qui aurait grandi au pied des barres d’immeubles : « Avant même d’être française j’ai compté parmi les engagés de ce pays en notamment où rien n’est simple mais tout est possible. Ce département j’y ai vécu, travaille et j’y ai appris… » C’était beau comme du Zola reconverti en animateur mais ça avait pris moyennement. Difficile, aujourd’hui, de raconter des craques sur ses origines. Trois clics sur Internet et l’on vous dit si vous descendez de la reine de Saba ou si vous avez la chance inouïe d’être cousin au quinzième degré avec François Hollande.

On sait donc que la mère de Sibeth Ndiaye, née Mireille Brenner, morte en 2015, fut une haute magistrate, présidente du Conseil constitutionnel sénégalais, grand-croix de l’ordre national du Lion du Sénégal. Pas moins. Quant à son père, Fara Ndiaye, mort en 1995, il fut député, membre éminent du Parti démocratique sénégalais. D’aucuns diront que Sibeth est sortie de la cuisse de Jupiter. Et alors ? Disons qu’en ayant grandi dans un milieu privilégié, elle a eu toutes les facilités pour aborder la vie avec le sourire Colgate™, d’où cette assurance des femmes « dont on devine que le papa a eu d’la chance », comme chantait Jacques Brel. À la différence d’un Dupond-Moretti ou d’un Darmanin qui, eux, n’ont de cesse de rappeler leurs origines modestes. Que ça en devient même lassant, faut avouer.

Mais au fait, revenons au nom de la maman de Sibeth : Brenner. Pas trop sénégalais, comme nom, ça. Effectivement. Elle naquit à Lomé, Togo. Comme chacun sait, le Togo fut colonie allemande à partir de 1884, date à laquelle le roi Mlapa III signa un traité de protectorat avec l’Allemagne, avant de passer sous la tutelle de la France après la Grande Guerre. Le père de Mireille Brenner était le fils d’un métis germano-togolais, Carl Marcellin Brenner, « commis expéditionnaire de 6e classe en service au bureau des finances » en 1933. Ce dernier épousa une autre métisse germano-togolaise, Louise von Doering, fille du vice-gouverneur du Togo en 1914, Hans Georg von Doering (1866-1921), issu d’une famille de l’aristocratie prussienne et qui fit carrière dans la colonie. Un affreux colonialiste, selon le pléonasme convenu.

On notera que le gouverneur de l’époque était Adolf Friedrich de Mecklembourg, duc de Mecklembourg-Schwerin (1873-1969) qui, lui aussi, eut un enfant d’une Togolaise. Enfant qui reçut le nom de Herzog (duc, en allemand). On notera aussi qu’en 1960, le duc revint au Togo, fut reçu avec beaucoup d’égards et fut, carrément, intronisé chef de tribu avec remise – s’il vous plaît – d’un pagne. On n’avait pas encore entamé la phase de repentance que l’on connaît aujourd’hui.

Mais revenons à nos Doering. Par son arrière-grand-père, est apparentée à un certain Bernd von Doering (1903-1944), général de l’armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale, et dont la fille, Angela, fut un temps mariée au prince Otto Adolf de Hesse-Kassel (1937-1998). On est loin des barres du neuf cube.

Avec tout ça, si Sibeth Ndiaye, qui a annoncé qu’elle avait elle-même renoncé à rester au gouvernement – bien sûr ! -, n’arrive pas à se recaser – pardon, à se reclasser – chez Gala ou Point de vue, c’est à désespérer… Salut princesse !

9 juillet 2020

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