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On n'a pas tous les jours l'occasion de lire un livre d' brillant, riche, philosophique et même métaphysique. C'est pourtant le tour de force que réussit Alexis Rostand avec son ouvrage L'économie, science barbare ? (éditions Boleine). Diplômé d'HEC et spécialiste de l'investissement, il a donné pendant plusieurs années un cours sur le sujet, avant de se risquer à le résumer ici. "Se risquer", car tout livre est un risque, donc un investissement, d'ailleurs, pour l'auteur comme pour le lecteur.

Qu'apprendra-t-on dans ce livre vif et dense ? Tout d'abord, que l'investissement financier, du fait de plusieurs facteurs dont la fin du modèle éducatif classique, ne s'accompagne plus, de la part de celui qui investit, d'une profondeur historique, culturelle et même spirituelle pourtant nécessaire à la compréhension des enjeux. La fin des humanités, entre autres, a fait de l' une science littéralement barbare, au sens de Jean-François Mattei dans "la barbarie intérieure", c'est-à-dire un objet conceptuel qui désaxe, qui dissocie la personnalité et l'empêche de s'accomplir harmonieusement.

C'est donc cette profondeur qu'il s'agit de retrouver en s'appropriant des oeuvres majeures, dont Alexis Rostand, au lieu d'en dresser seulement le catalogue (que l'on pourra, c'est heureux, retrouver dans une très complète bibliographie), se sert comme autant de repères pour avancer progressivement. Pour redonner du sens, ainsi qu'une certaine dignité, à l'acte d'investir, il faut prendre en compte la philosophie (des penseurs grecs à Röpke), les Évangiles (et notamment la parabole des talents, bien sûr), mais aussi les maîtres ouvrages de Friedrich Hayek ou Ludwig von Mises.

Toute l'intelligence de l'auteur est de se tenir à égale distance du sermon et du name-dropping, en rendant humblement hommage à ses grands inspirateurs pour mieux les faire dialoguer et en tirer de nouvelles leçons. Avec beaucoup de sens didactique, et même de patience, Alexis Rostand dédiabolise la finance, explique que la pratique des vertus peut la faire avancer dans le bon sens et que nous avons tout intérêt, dans la perspective d'une "histoire longue". Un concept emprunté à Braudel, à qui l'auteur emprunte également le concept-clé de géohistoire, selon lequel la politique étrangère d'un Etat est dictée par sa situation sur le globe terrestre. Un livre précieux pour comprendre cet univers et ce qui devrait être ses valeurs.

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20 janvier 2023

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11 commentaires

  1. Je partage entièrement ce concept-clé de géohistoire, selon lequel la politique étrangère d’un Etat est dictée par sa situation sur le globe terrestre.
    Ainsi les U.S.A. déjà woke, super puissance économique et militaire, se trouvant de l’autre côté de l’Atlantique de l’U.E., pour au moins 5 fuseaux horaires, et nous associant à l’Occident et à l’O.T.A.N. (c’est guerrier !), et de l’autre la Russie Orthodoxe, super puissance aussi militaire, économique et d’énergie, et au milieu l’U.E. dite « démocratique », tiraillée, écartelée, indécise, se voulant pour certains accrochée à l’U.S. très récente, issue des peuples de l’U.E., mais sans que tous les citoyen(en)s veulent s’éloigner, faire la guerre, à la Russie à l’Histoire longue et semée d’embûches, qui a su s’élever aux Nations Continents Nucléaires…
    Que la Raison l’emporte. « les religions séparent les humains, le commerce les rapproche »

    1. Kergwenn a raison. En outre, et même en français, name-dropping, ne veut strictement rien dire. Et donc la phrase  »Toute l’intelligence de l’auteur est de se tenir à égale distance du sermon et du name-dropping » ne veut pas dire d’avantage. Et on conviendra que si cette  »intelligence » c’est de ce se tenir à distance de rien …! Enfin si ce ND vise le recours à des références à des auteurs c »est une discipline méthodologique indispensable à un travail qui se prétend scientifique . Mais celui-ci en est-il ? Car c’est désormais une mode gauchisante et feignasse, même dans ce qu’est devenue à l’université, de critiquer le recours aux notes de bas de page. Et alors quelque ignorant(e)- cossard(e) a inventé le terme débile de ND.

  2. Hayek et Mises, inspirateurs des libertariens américains, qui pensaient que l’idéologie libérale devait s’imposer sans condition et sans réserve et qu’un État mondial devait remplacer les États nationaux !
    ‘’La principale question idéologique à laquelle l’humanité a dû jamais répondre….est de savoir si nous réussirons à créer à travers le monde un état d’esprit…qui correspondrait à rien de moins que l’acceptation sans condition et sans réserve du libéralisme. La pensée libérale doit pénétrer dans l’ensemble des nations, les principes libéraux doivent imprégner la totalité des institutions politiques afin que les conditions pour une paix soient créées et que les causes des guerres disparaissent’’ (Ludwig Mises ; « Liberalism in the classical tradition »).
    ‘’Friedrich Hayek, le plus important théoricien du libéralisme du siècle dernier, défendait également la thèse qu’une application cohérente du « point de vue libéral » menait à un État fédéral international n’ayant pas de réelles frontières entre les nations – une aspiration qu’il faisait bruyamment sienne’’ (Yoram Hazony, « Les vertus du nationalisme », page 45). Le libéralisme est l’idéologie de l’individu souverain, il est inconciliable avec l’idée de communauté nationale. Entre l’individu souverain et la communauté nationale maîtresse d’elle-même il faut choisir; on ne peut pas avoir les deux en même temps. L’oligarchie financière et libérale mondiale ne s’y trompe pas; elle veut détruire les États nationaux. En 2002, David Rockefeller, président du Council on Foreign Relations (un cercle de l’État profond US, le plus important peut-être) a dit :  » Certains croient que nous faisons partie d’une cabale secrète travaillant contre les meilleurs intérêts des États-Unis, me caractérisant,ma famille et moi-même, comme des « internationalistes » et conspirant avec d’autres, partout dans le monde, pour construire une structure politique et économique globale plus intégrée – un seul monde si vous voulez. Si c’est cela l’accusation, je plaide coupable et j’en suis fier ».

    1. Bel effort Arondel. Merci. Je n’ai pas lu le livre mais Je suis très surpris et très inquiet que BV chante ses mérites comme un  »brillant ouvrage d’économie ». Car la finance ce n’est pas de l’économie mais de la chrématistique qui n’en fait pas partie. On sait cela depuis Aristote et cela a été démontré pour notre temps par tous les auteurs récents de Stiglitz à Gréau (« Le capitalisme malade de sa finance ») . Von Mises et Hayel, eux, sont des cosmopolistes non enracinés. Quant à la recension de M. Florac elle ne permet pas de comprendre ce en quoi  » Alexis Rostand dédiabolise la finance, explique que la pratique des vertus peut la faire avancer dans le bon sens et que nous avons tout intérêt, dans la perspective d’une « histoire longue ». Cette recension donne envie de ne pas lire ce livre confus.

    2. Merci pour ces précisions concernant ces deux théoriciens du libéralisme américain . On constate que l’idée vient de loin, d’un mondialisme mu uniquement par la seule conception libérale de la société. Hors nous en avons aujourd’hui la réalisation et on peut déjà faire un premier bilan ! Cela ne marche pas ! il n’y a qu’à voir les homeless et les travailleurs pauvres de plus en plus nombreux pour nous en convaincre .A moins que l’on pense l’homme uniquement sous l’angle du consumérisme et de l’investissement financier . Il faut l’arbitrage d’un état et la volonté politique ! Et celui qui nous en a donné l’exemple le plus brillant est de Gaulle . il ne méprisait pas la finance mais il l’apprivoisait pour réaliser des projets dans tous les domaines qui serviraient l’intérêt de son pays et du peuple qui le composait ! Accessoirement , nous vivons toujours sur les oripeaux de la république qu’il a voulu faire au nom d’une certaine idée de la France . Elle n’est certainement pas celle d’un Macron, qui profite, malgré tout, du quasi pouvoir monarchique que la cinquième république lui confère, tout cela pour appliquer la politique que le général ne voulait absolument pas pour la France !

  3. Le malheur d’aujourd’hui, c’est que ce sont les algorythmes qui investissent, il n’y a plus de la part des conseillés financiers, aucune analyse fondamentale d’une entreprise, seules comptent les chandeliers et autres moyennes mobiles, quant à l’économie en tant que science humaine, quand on voit la nullité de nos ministres, on finit par douter de la qualité de l’enseignement, le bon sens n’est plus côté.

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