Ce 19 janvier, après le vote d’un texte défavorable au Maroc, les eurodéputés ont, par une large majorité, réclamé l’inscription des Gardiens de la révolution, l'armée idéologique d', sur la liste noire des organisations terroristes de l’Union. De quoi relancer les tensions avec le régime des mollahs.

Car la colère gronde à Téhéran. En cause, cet amendement adopté largement par le qui, donc, « invite les États membres de l’Union et le Conseil à inscrire le corps des Gardiens de la révolution islamique sur leurs listes de terroristes » et qui demande également « l’adoption de mesures restrictives supplémentaires à leur encontre ». Une décision radicale déjà adoptée par les États-Unis en 2019, mais que l’Europe refusait de prendre jusqu'alors. La réaction de l' ne s’est pas fait attendre. Rapidement, Hossein Amir-Abdollahian, ministre des Affaires étrangères, a critiqué une prise de position « inappropriée » (AFP). À l’écouter, « l’Europe se tirerait une balle dans le pied ». Au même moment, Téhéran prévient que ce vote aura des « conséquences négatives ».

Une escalade des tensions

Ces menaces viennent s’ajouter aux tensions diplomatiques qui agitent les relations entre l’ et l’Europe depuis plusieurs mois. La France, notamment, est devenue en quelques semaines une cible de choix pour la république islamique.

Depuis l’automne dernier, les relations entre les deux États connaissent de nombreux soubresauts. Mi-novembre, alors que l’ connaît une importante révolte citoyenne, Emmanuel Macron reçoit à l’Élysée quatre opposantes au régime théocratique. Une provocation pour les mollahs qui dénoncent des déclarations françaises « regrettables et honteuses ». Cinq jours plus tard, en réaction, le chef de l’État français s’inquiète publiquement de « l’agressivité croissante de l’Iran » et appelle au calme. Mais après une courte période d’apaisement, les tensions s’accélèrent à la rentrée.

Le concours de caricatures de Charlie Hebdo met le feu aux poudres. Le journal satirique, pour son numéro du 4 janvier, appelle « les dessinateurs et caricaturistes à soutenir la lutte des Iraniens qui se battent pour leur liberté en ridiculisant ce chef religieux – Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique d’Iran – d’un autre âge et en le renvoyant dans les poubelles de l’Histoire ». Le résultat apparaît en une de l’hebdomadaire. Un dessin, aux traits peu subtils, se moque du régime des mollahs. La semaine suivante, Charlie Hebdo récidive.

C’en est trop pour l’Iran, peu coutumier de la liberté d’expression à la française, qui n’hésite pas à menacer publiquement la France. Dès le 5 janvier, l’Institut français de recherches en Iran (IFRI) ferme ses portes. S’ensuivent les menaces diplomatiques. Le général Hossein Salami, chef des Gardiens de la révolution, avertit : « Je conseille aux Français et aux responsables du magazine Charlie Hebdo de se pencher sur le sort de Salman Rushdie [écrivain visé par une fatwa et violemment attaqué l’été dernier, NDLR] . » Et de poursuivre : « Vous avez commis une grave erreur, mais les musulmans se vengeront tôt ou tard. Vous arrêterez peut-être les assaillants, mais les morts, eux, ne reviendront pas. » Dans la foulée, le chef de la diplomatie iranienne ajoute : « L’acte insultant et indécent d’une publication française […] ne restera pas sans réponse. Nous ne permettrons pas au gouvernement français de dépasser les limites. »

Aux discours inquiétants s’ajoute le sort plus qu’incertain des sept ressortissants français actuellement détenus dans les prisons iraniennes. Professeurs en vacances, consultants ou simple touristes, ils ont été arrêtés sur le sol iranien – souvent accusés d’espionnage - et servent, depuis, de monnaie d’échange. L’un d’eux, Bernard Phelan, arrêté le 3 octobre dernier, se retrouve dans un « état critique » après avoir entamé une grève de la soif pour dénoncer son arrestation arbitraire.

Dans ce contexte, le vote de l’amendement par le pourrait avoir plusieurs conséquences. Outre l’impact juridique et financier, l’inscription des Gardiens de la révolution au registre des groupes terroristes pourrait entraîner la cessation de toute relation diplomatique officielle. Le torchon brûle très dangereusement entre la France, l'Europe et les mollahs.

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20 janvier 2023

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59 commentaires

  1. La Perse avant l’Islam ce n’était pas sans guerre et avec la volonté de s’étendre, mais devenue avec l’Islam avec le voile islamique en plus et la bombe nucléaire, c’est sûr que personnellement je crains plus que Poutine….
    Et cela avec le Pouvoir actuel de la France aux décisions et actions complétement irrationnelles, comme de maintenir le voile islamique pour les femmes et autres tenues d’islam extrêmes dans les rues, mais soutenant les femmes iraniennes qui veulent s’émanciper de leur obligation de porter ce voile sur la tête et autres différences par rapport aux hommes, c’est un Pouvoir qui accumule l’illogisme, d’être cohérent, tout en agressant les autres et s’entêtant dans cette Politique qui ne fait que contribuer à la précipitation aux Enfers de la France et de l’U.E…..On le voit car Macron ré arme, et l’Allemagne aussi. Vers où se tourner pour avoir peur ?

  2. Censure parce que je refuse que la vengeance iranienne s’exerce aveuglément contre des innocents en France et non contre les seuls auteurs des dessins? Après tout, ils ont du réfléchir aux possibles conséquences de leur choix, non?

  3. « Liberté d’expression à la française » dixit Clémence de Longraye. C’est vrai qu’entre les médias des oligarques gavés de subventions et un audiovisuel d’État, tous à la solde du régime macronien, on nage dans le bonheur …

  4. Les mondialistes dont L’UE, les gouvernants transatlantiques et une grande partie des peuples ont un système de valeurs morales et religieuses bien différent de celui des gouvernants Iraniens.
    Qu’en pensent les 87 millions d’Iraniens ?
    A eux de faire connaître leur volonté et de négocier avec les Mollahs.
    L’Europe ne pourra pas accueillera tous les persécutés de la terre
    Serait ce cependant pour cela que la Russie de Poutine est dans le viseur de l’Otan, à défaut de celui de l’Onu

  5. « Professeurs en vacances, consultants ou simple touristes… ». Quelle idée saugrenue d’aller en vacances en Iran par les temps qui courent.

  6. Si ceux de Charlie étaient responsables ( ce qu’ils ne sont pas puisque de gauche!), ils auraient accompagné leurs dessins d’une déclaration disant qu’ils assumeraient et EUX SEULS, les conséquences de leur impertinence…. ce n’est pas aux malheureux qui vont se faire agresser par les fous de Dieu en allant au travail d’assumer le choix de gauchistes protégés!

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