Editoriaux - Histoire - Livres - Religion - Société - 25 mai 2019

Livre : Sortir !, de Natalia Trouiller

L’actualité des vieilles hérésies

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La gnose et les gnostiques, c’est vieux. Certes, le baptême de Clovis, catholique plutôt qu’arien, c’est un peu comme le nez de Cléopâtre, un de ces incontournables postes d’aiguillage de l’Histoire. Le dernier château cathare (Quéribus) est tombé en 1255 et le dernier Cathare (Bélibaste) fut brûlé en 1321. Un résumé très superficiel de la doctrine des gnostiques, c’est une haine de la chair, supposée être une création démoniaque, et une subséquente survalorisation de l’âme et de l’intelligence. Ils sont, de fait, des négationnistes de l’Incarnation de Jésus, pour eux Dieu/le Bien ne peut pas habiter la chair créée par le Diable/le Mal. Et par conséquent de sa Passion et de sa Résurrection, d’où une incompatibilité manifeste avec les enseignements de l’Église catholique apostolique et romaine.

Analyser notre époque et la crise que l’Église traverse à travers le prisme du gnosticisme, c’est un a priori qui surprend. La chair, elle, s’étale triomphante en quatre sur trois mètres sur nos panneaux d’affichage. Elle s’impose sur nos écrans sans pudeur. Elle est devenue une idole : les concours de miss, les salles et les terrains de sports où l’on sculpte son corps, la chirurgie plastique et certaines des tentations transhumanistes d’hommes augmentés nous disent que nos corps sont devenus des enjeux. Du fait d’un mimétisme social soigneusement organisé par les « marchands du Temple » de votre propre corps ? Bien sûr…

Natalia Trouiller, dans son livre Sortir ! sous-titré Manifeste à l’usage des derniers premiers chrétiens et publié aux Éditions Première partie, use de ces vieilles hérésies pour observer la vieillissante Église de France. Il y a d’abord, chez le lecteur, un brin de scepticisme goguenard, un air dubitatif : il va y avoir du boulot pour convaincre !

Autant le dire d’emblée : ça fonctionne. Il y a, dans notre société aussi bien que dans nos églises, des tentations, des dérives gnostiques qui ne s’assument pas comme telles, bien sûr, mais qui nous polluent.

Il n’est pas question de « divulgâcher » ici les détails de ces analyses et surtout les propositions de Natalia Trouiller pour résister à la diffusion de cette hérésie. Mais qu’il soit permis d’évoquer, d’esquisser trois petits points arbitrairement choisis sans entrer dans le détail des analyses et propositions parfois décapantes de l’auteur.

Il est essentiel de ré-enraciner nos paroisses dans un ensemble église–hôpital–école. C’est comme cela que le christianisme a pu s’implanter durablement en Occident, et il a besoin de s’y réimplanter.

Notre société cache et occulte la mort. Aux catholiques d’en faire une occasion d’évangéliser une population qui a perdu sa transcendance et qui sent bien le vide sidéral causé par cette absence.

Le ré-enfouissement, c’est comme une certaine réhabilitation de l’entrisme. Cela induit l’obligation et la capacité d’accepter le risque de certaines compromissions du siècle pour pouvoir servir le bien commun et en faire un vecteur de salut pour tous ceux qui sont loin du Christ.

Vous l’aurez compris, ce livre dérangera tous ceux qui ronronnent doucement dans leur confort intellectuel. Il force à réfléchir sur notre société déchristianisée, pour son malheur serais-je tenté d’ajouter, et à sortir des sentiers battus pour y remédier. Bonne nouvelle, bonne lecture !

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