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Il est des pépites qui sont passées inaperçues au temps du grand  : Michel Perrin, gentilhomme des lettres est de celles-là. Rémi Perrin, qui fut longtemps éditeur, signe là une biographie de son père Michel Perrin, dont le nom, emporté par la vague submersive de l’inculture et de la vulgarité que l’on peut situer, dans le domaine littéraire, autour des années quatre-vingt du siècle précédent, nous est peu connu.

Bien plus qu’un exercice de piété filiale, Rémi Perrin nous offre ici une vaste fresque de la vie intellectuelle et artistique française, de l’entre-deux-guerres aux années 80. Son récit, servi par un style pudique et élégant, dévoile par petites touches ce qui fut la vie d’un homme en proie aux affres de la création, aussi doué qu’insatisfait, et dont la production artistique fut très éclectique : pasticheur de renom, créateur d’innombrables pièces de théâtre dont certaines connurent un franc succès et furent jouées par les grands noms de la comédie, biographe et ami d’Arletty, Michel Perrin eut également une passion prononcée pour le jazz.

S’il fut viscéralement réactionnaire, son tempérament n’est pas politique. Dès la guerre, il survole son époque. Pratiquant la France buissonnière, sous l’Occupation, il voyage, nous dit son fils, au gré de ses admirations littéraires et de ses amitiés. Et celles-ci sont de grande qualité : ses familiers ont pour nom Cendrars, Picabia, Reverdy, Max Jacob, Vialatte – qui sera son témoin de mariage -, Arletty, Galtier-Boissière… Ses amitiés riment avec fidélité, affection aussi. Il participe, par sa biographie d’Arletty, à la réhabilitation de celle-ci : accusée de collaboration, son nom avait disparu du générique de ses propres films ! Elle lui voua dès lors un solide attachement.

Pour subvenir à ses besoins, il devient journaliste : là encore, c’est la grande époque. Il a son rond de serviette à la Revue de Paris et aux Nouvelles littéraires. C’était l’époque où Minute tirait à 300.000 exemplaires et faisait les carrières littéraires.

Il fait partie de la rédaction de Télé 7 Jours, où des écrivains sont embauchés comme journalistes. Ils forment une véritable confrérie, il en est un pilier. Résultat : de 1963 à 1964, le tirage de l’hebdomadaire qui accompagnait la naissance de la télévision – une, puis deux chaînes… – passe de 400.000 exemplaires à plus d’un million. Époque bénie qui n’est plus qu’un lointain souvenir.

Les virées chez Le Père tranquille, de Jean Nouyrigat, les vacances en Espagne, les bouteilles de saumur-champigny partagées avec ses amis, mais aussi le dictionnaire du Jazz sont autant d’épisodes de la vie d’un homme qui vivait pour l’art, la musique, l’amitié. Mais aussi pour sa famille, à laquelle il transmit l’horreur du mauvais goût et l’amour de tout ce qui, en France, rendait la vie foisonnante, riche, crépitante même. À lire ces lignes, on ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine nostalgie, voire une frustration : celle d’être né cinquante ans trop tard.

19 octobre 2020

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