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Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Au véritable french tacos, n’est pas l’enseigne d’un resto ou d’un snack mais un livre et même un roman. Un roman épistolaire dans lequel deux auteurs français (le détail a son importance) racontent, par lettres, les découvertes qu’ils font lors de leurs voyages dans deux pays imaginaires mais étrangement vivants : la Phéraizie et la Zapockie.

Mais bien qu’un livre, cet ouvrage est une invite à la dégustation. Déjà, le titre – pardon, la carte – annonce la couleur et le goût : le tacos est une crêpe fourrée d’origine mexicaine, mais ici, cette crêpe est francisée ; pour que cette francisation n’affadisse pas trop un mets aussi exotique, elle est « french » ; enfin, les auteurs, grands cuisiniers et bons communicants, confèrent à ce plat fort composite la qualité de « véritable ! »

Les nouvelles Lettres Persanes 

L’apostrophe la plus célèbre du chef-d’œuvre de Montesquieu est la question principale : « Comment peut-on être Persan ? » Ici, cette question devient : « Comment peut-on encore être Français quand on a l’exemple des Phéraizes et des Zapocks ? » Bien sûr, il s’agit ici d’une fiction et, donc, le fait qu’en réalité tout ce qui étonne, stupéfie, émerveille ou enchante nos voyageurs est très exactement ce qui se passe en France à l’heure actuelle ne saurait être qu’une pure coïncidence ou le fruit du hasard ! C’est une satire à la fois de bonne humeur et incisive dans laquelle l’ironie est vêtue de sagesse, la rigueur la plus implacable est la conséquence des bons sentiments et la raison raisonnante fabrique des absurdités.

French tacos présente ainsi les ridicules, les sottises, les aveuglements, les naïvetés, les excès et les illusions de la société française actuelle. Et cette œuvre de salubrité est menée avec style, sens de la formule et une réelle distinction dans l’expression. Même quand on mange des tacos « french », on peut avoir de la tenue, prendre des couverts en argent et éviter de crier ¡Caramba! à chaque bouchée !

L’égalité, l’égalité…

Dieu sait si l’on a entendu, en France, des hommes politiques, de bons apôtres et autres amis du humain clamer qu’il fallait mettre fin à ces horribles inégalités qui crucifient les plus modestes tandis qu’elles comblent les riches, les possédants, les nantis. En Phéraizie, les dirigeants ont trouvé la clé : « La médiocrité, professent-ils, ne rabaisse plus personne du moment qu’elle est partagée par tous ! » Pas mal, non ?

En Zapockie, les pédagogues (qui n’existent pas en France !) ont planché longuement, lors d’un congrès sur l’enseignement, l’éducation et la formation, pour faire accéder aux diplômes le plus grand nombre de Zapocks. Ils sont parvenus à cette conclusion imparable qui ne pouvait rester sans conséquence : « Les épreuves auxquelles on soumet les candidats constituent le principal obstacle à l’obtention de diplômes ! » En France, plus de 90 % des élèves de terminale, cette année, ont obtenu le bac grâce au contrôle continu. Certes, il y avait le Covid-19, mais qui est-ce qui a promulgué « 80 % d’une classe d’âge doit avoir le bac ! » ?

L’ divise les Français et les partis. En Phéraizie, il n’y a plus de débat : « L’arrivée en Phéraizie avec des papiers en règle déplaît aux accueillants qui préfèrent les sans-papiers, les clandestins, etc… Et d’entrée, il faut y signer pétitions sur pétitions pour les féministes, contre les mâles, pour les homos, etc. La dernière en date : l’abolition de la taxe d’habitation pour les squatters ! » Aucune comparaison possible avec la France et son accueil des mineurs étrangers isolés, y compris ceux qui sont plus âgés et qui achètent un hachoir avec les sous de l’aide à l’enfance !

Mais ce livre est aussi prophétique : Calixte , un des voyageurs, découvre avec stupeur que son pays d’accueil vient de décréter obligatoire l’école maternelle à partir de trois ans. C’est très exactement ce que vient d’annoncer le Président Macron, il y a quelques jours.

Et puis encore cette formule, d’une logique parfaite, qui aboutit à une ineptie bien réelle : « Le Bien, le Beau et le Vrai sont , en Zapockie, une seule et même chose. En ce cas, une vérité qui n’est pas bonne à dire ne procure aucun bien et n’est donc pas belle et, par conséquent, elle n’a aucune chance d’être vraie ! » En France, on dit plus brièvement : « pas d’amalgame ! »

En résumé, Jacques Aboucaya et Alain Gerber réussissent le tour de force de transformer un plat de « malbouffe » mondialisée en perle gastronomique. Cette enseigne est, je vous l’assure, un établissement trois étoiles !

1 décembre 2020