Sur le plateau de LCI, l'échange est à peine croyable. D'un côté, le professeur Éric Chabrière, membre de l'équipe du désormais célèbre . De l'autre, le docteur Roland Tubiana, infectiologue à la Pitié-Salpêtrière.

« À Marseille, sur 701 malades traités, nous n'avons eu qu'un seul décès », affirme Éric Chabrière. Le personnage n'est pas en train de raconter qu'une sardine a bouché le port de Marseille, et pourtant...

Contre toute attente, et à la stupéfaction du journaliste Damien Givelet, le docteur Tubiana ne l'entend pas de cette oreille : « Par honnêteté scientifique, il est hors de question, cher collègue, qu'on commente des chiffres qu'on n'a pas vus. Personne ne les a vus. Merci d'avoir mis vos données brutes (sur Internet), ça nous permettra de voir si nous sommes en accord avec vous ou pas. » En accord avec quoi ? Le soignant ne défend pas une opinion. Mais après tout, les patients guéris font peut-être semblant d'aller mieux. Il y a des truqueurs, dans la bande ! a des complices qui viennent se faire soigner alors qu'ils pètent la forme. Voilà qui expliquerait peut-être ces résultats encourageants...

Le docteur qui tend à se positionner en représentant du monde scientifique officiel n'en démord pas : « Pour l'instant, je ne sais pas si la chloroquine est efficace. » « Ça ne coûte rien d'essayer », lui rétorque le journaliste. Ah, non. Faut pas. « On va regarder attentivement les données par honnêteté scientifique et par respect pour le travail des collègues. » Dans leur grande bonté, les instances médicales consentiront à jeter un œil sur ces données. Ah, c'est bien pour leur faire plaisir, allez !

En réalité, le remède est simple : « Chez beaucoup de gens, ce virus va guérir tout seul », conclut l'infectiologue de la Pitié. Et voilà. Il suffit d'attendre. À noter que la notion de « beaucoup » n'est pas précisée par le spécialiste. 80 % ? 99 % ? 65 % ? On ne sait pas, mais en tout cas, « beaucoup » ! Des tas !

Le dialogue de sourd continue avec un Éric Chabrière qui commence à perdre patience : « On dit tout simplement qu'à Marseille, on meurt moins que dans le reste de la France. C'est tout ce qu'on dit. » Comme s'il n'avait rien entendu, son contradicteur répond : « Je répète que le sujet est grave, il nous faut des traitements. » Mais pas celui de Didier Raoult, semble sous-entendre le docteur Tubiana. « Vous arrivez, vous dites on meurt moins à Marseille, ce n'est pas un message correct, il faut qu'on analyse tout ça, qu'on discute ensemble. » Le surréalisme monte d'un cran ! Un constat de guérison n'est pas correct. Dans son salon, en principe, le téléspectateur est KO debout.

Une médecin généraliste présente sur le plateau vient passer la deuxième couche à ce débat ahurissant. Scandalisée par les résultats énoncés par le savant de Marseille, elle menace de quitter le plateau. Cette fois-ci, nous entrons dans la quatrième dimension. « Affirmer sur un plateau de télévision qu'on a trouvé le traitement miracle, c'est totalement irresponsable », lance-t-elle, courroucée. « Mais il n'a pas dit ça ! » répond le journaliste. Peu importe. Là encore, la bonne attitude à tenir ne fait aucun doute : ATTENDRE. « Pour l'instant, je suis désolée, c'est , confinement, confinement, et dans la période de levée du confinement, là, on va se donner les moyens de tester tout le monde. » En gros : lorsque le virus se sera calmé, nous verrons comment le combattre. Cinquième dimension !

Et une dernière, pour la route. Le journaliste : « En , 500.000 tests par jour, je crois, et 9.000 en France. » La dame médecin donne la raison de cette différence : « Mais on n'est pas en Allemagne, Monsieur, on est en France. » L'argument est de poids.

Au terme de l'émission, le téléspectateur est allé se laver les mains, les yeux et les oreilles. Évacuer tout souvenir de ce débat devenait une question de santé publique.

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28 mars 2020

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