Certes, on ne juge pas un discours au kilo, mais savez-vous combien de mots Élisabeth Borne a consacrés au sujet de l’immigration dans sa longue déclaration de politique générale du 6 juillet dernier ? 180. Pas un de plus. Sur les 9.885 mots que compte ce discours, cela représente… 1,8 % ! Autant dire que l’immigration n’est pas un sujet pour Mme Borne, pourtant chargée de conduire la politique de la nation.

Rappelons les propos du Premier ministre sur ce sujet. « Les crises migratoires nous ont montré le besoin de solidarité européenne et la nécessité de toujours mieux protéger nos frontières. » Ou comment instrumentaliser la question migratoire pour militer en faveur de « toujours plus d’Europe ». Mieux protéger nos frontières de quoi et dans quel but ? Notre sécurité, notre identité ? Élisabeth Borne se garde bien de le dire. L’identité n’est pas un sujet pour Mme Borne. Les quelques mots consacrés à la question de l’immigration ne furent qu’un enfilage de perles de lieux communs et d’évidences : « Reconduire plus rapidement ceux dont la demande d'asile a été refusée. Pour y parvenir, nous allons simplifier et moderniser les procédures » […] « disposer d'un titre de séjour en impose de respecter ses lois » [...] « en matière d'immigration irrégulière, nous continuerons notre lutte à tous les niveaux. Nous créerons une "force des frontières". Nous poursuivrons notre combat contre les passeurs. » Point barre. Pour Mme Borne et sans doute pour Emmanuel Macron, l’immigration régulière semble ne pas être un sujet et l’immigration de façon générale est au mieux une question de flux, pas de société.

Alors, Éric Ciotti a beau jeu de tweeter : « Les chiffres de l’immigration en pour 2021 viennent de tomber. Acquisitions de la nationalité française : + 53,6 %. Attribution de l'asile : + 63,8 %. Depuis 2017, l’équivalent de la ville de Paris est entré légalement sur le territoire national ! » Effectivement, si l’on consulte le site de l’INSEE, on découvre que 130.385 personnes ont acquis la nationalité française en 2021, contre 84.804 en 2020. Cela fait effectivement +53,6 %. On connaît d’avance la réponse du gouvernement, façon Toinette dans Le malade imaginaire : non pas « le poumon ! » mais « le Covid ! » Mettons. Il n’empêche qu’il faut remonter loin dans le temps pour trouver des chiffres plus élevés : 168.826 en 2004, lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur, et 143.261 en 2011, lorsque le même Sarkozy était président de la République…

Pour ce qui concerne le droit d’asile, si l’on en croit le portail officiel Vie publique, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ont prononcé 54.094 décisions accordant un statut de protection, soit, effectivement, pour être précis, une augmentation de 62,9 % par rapport à 2020. En tête, l’Afghanistan (16.126 personnes, soit une hausse de 62 % par rapport à 2020), ce qui peut s'expliquer par la victoire des talibans. En revanche, on a plus de mal à comprendre que la Côte d’Ivoire, avec 6.268 personnes (soit une hausse de 16 % par rapport à 2020), arrive en deuxième position des pays d'origine des bénéficiaires du droit d'asile.

Mais si l’on poursuit la lecture du site de l’INSEE, que lit-on ? « En 2019-2020, parmi les personnes vivant en logement ordinaire en France métropolitaine, 9 % sont immigrées, 12 % sont descendants d’immigrés de la 2e génération et, parmi celles de moins de 60 ans, 10 % sont descendantes d’immigrés de la 3e génération. Le profil migratoire de la population reflète avec décalage les flux d’immigration successifs. Parmi les descendants d’immigrés de la 2e génération, les plus jeunes sont majoritairement originaires d’Afrique, alors que les plus âgés sont originaires d’Europe. » À travers ces phrases aseptisées, comment ne pas lire en filigrane ce que d'aucuns qualifient de « remplacement », plus ou moins grand.

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26 juillet 2022

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