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Editoriaux - Société - 23 mai 2020

Libération promeut la libération par l’abstinence sexuelle : alléluia !

Le 21 mai, par le plus grand des hasards, ayant manqué de mes quotidiens habituels, j’ai acheté Libération dont je m’étais un peu éloigné.

Et j’ai bien fait d’y revenir.

Cela m’a permis de lire une passionnante double page : « Sexualité – L’abstinence peut être une libération », de Virginie Ballet, à partir du livre d’Emmanuelle Richard Les Corps abstinents.

Mais de grâce, que quelques mauvais esprits ne s’abandonnent pas à cette indélicatesse ou à cette ironie de faire semblant de confondre l’analyste du post avec l’époux qui n’est pas à plaindre !

Cette conviction sur l’abstinence synthétisant l’ouvrage, pour paradoxale qu’elle soit, a retenu mon attention immédiatement. Par sa rupture avec le discours dominant.

Alors que le sexe, sa représentation et son évocation sont dominants, au cinéma la plupart du temps sans aucune nécessité, dans la publicité sur un mode totalement racoleur et justement dénoncé par un féminisme même mesuré et, encore plus inutilement, dans des échanges et débats n’imposant aucune salacité, comment ne pas se réjouir d’une telle pensée beaucoup plus provocatrice que toutes les audaces faciles d’aujourd’hui ?

Dans les réponses d’Emmanuelle Richard au questionnement de la journaliste, j’ai apprécié sa volonté de nous inciter à porter un autre regard sur l’abstinence sexuelle. Non plus seulement un choix imposé par le défaut d’occasion ou inspiré par la morale, souvent religieuse.

Mais, au contraire, une attitude réfléchie et qui n’a pas besoin de s’excuser parce qu’elle existe et qu’elle peut rendre heureux ceux qui la cultivent, temporairement pour la plupart, parce que l’abstinence est aux antipodes d’une haine de la sexualité, qu’elle est, pour certaines, seulement une accalmie, un suspens avant un futur qui, peut-être, donnera envie d’y mettre fin.

Parce que l’amour et la sexualité seront devenus ou redevenus un couple irremplaçable.

Dans son livre, Emmanuelle Richard cite l’un de ses interlocuteurs qui lui a déclaré, ce qui rejoint mon ouverture : « Le vrai rebelle de nos jours, c’est l’abstinent, dans une société où il y a du sexe partout. »

Cette affirmation mérite d’être élargie et me semble, sans présomption, pouvoir fonder, en m’excusant pour cette dénomination pompeuse, une politique de la résistance. Dans la quotidienneté, dans l’espace intellectuel comme dans l’univers médiatique.

Contre la surabondance sous ses mille facettes et dérives, l’économie, le refus, la dissidence.

Contre l’infinité des conformismes ne relevant pas de l’évidence acceptable des consensus mais de la paresse de l’esprit, la liberté et son imprévisibilité. Sa rareté.

Contre la multitude des haines confondant l’être avec son idée, la tenue, la dignité si peu cultivées d’échanges ne se trompant pas de cible.

Contre la pluralité des indécences de toutes sortes, le souci tellement minoritaire d’une décence ne s’opposant pas à l’épanouissement de l’humain mais le favorisant.

Contre la pléthore des ignominies langagières, la lutte pour un verbe de qualité qui manifestera à la fois la considération qu’on a pour l’autre et pour notre civilisation.

Contre le flot de progressismes pervers et de libérations discutables, la constance de convictions, d’attitudes et de pratiques se tenant à bonne hauteur d’intelligence et de sensibilité.

Contre l’arrogance multipliée des ignorances, la délicatesse et la modestie d’incertitudes bienfaisantes.

Je pourrais continuer en démontrant comme la surabondance du pire doit être battue en brèche par la force concentrée et rare du meilleur.

Il me semble que je n’ai pas tiré abusivement des conclusions de cette éclairante double page.

Dans sa quintessence, je suis heureux que cette « libération de l’abstinence » n’apparaisse jamais comme une méfiance à l’égard du sexe, telle une banalisation de celui-ci qu’on pourrait quitter ou reprendre comme s’il n’était rien d’autre qu’une activité ordinaire.

Alors que, probablement, cette intrusion consentie dans un corps étranger est un miracle.

Qu’on a le droit de suspendre ou de refuser.

Libé, Sex and Sun : bien plus qu’une chanson !

Extrait de : Justice au Singulier

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