Voilà l’Europe comme on l’aime : grande, généreuse, intelligente, « solidaire » comme il est convenu de dire à tout bout de champ. Trois exemples.

Le Parlement de – vous savez, cet immense bâtiment de verre et d’acier qui abrite 705 députés issus de 27 pays, qui servent à… euh… peupler 22 commissions qui servent… euh… à préparer les séances plénières qui servent à… euh… « voter les lois européennes et prendre position sur des questions » ; dixit le site dédié –, eh bien, le Parlement européen, disais-je, se claquemure pour éviter la propagation du virus à la mode : il interdit toute visite de touristes, d’invités, de lobbyistes, bref, un bunker !

Enfin, pas exactement un bunker : il y a une exception à cet enfermement précautionnel : la jeune Greta, affectivement surnommée la « Muppet chaud », a été autorisée, mercredi dernier, à passer les filtres pour intervenir devant les eurodéputés. Normal ! Les maux du commun, de la plèbe, du vulgaire ne sauraient atteindre l’envoyée des dieux écolos, sorte d’immaculée conception laïque ; son message ne souffre aucun, absolument aucun délai, faute de voir la Terre exploser en fumerolles multicolores et soufrées. Sacrée Greta !

Prenons de l’altitude. Les « slots », ce sont les créneaux attribués aux compagnies aériennes pour décoller et atterrir sur les divers aéroports à une heure déterminée de la journée. On comprend que les slots de 6 heures du matin sont moins intéressants, et moins chers, que ceux de midi. Les slots sont attribués deux fois par an. Lors du renouvellement, une compagnie ne conserve ses slots qu’à condition de les avoir utilisés à 80 %, c’est-à-dire avoir effectué huit des dix vols prévus lors de l’attribution. Actuellement, en raison du virus, les demandes de voyage s’effondrent. Alors, des compagnies volent pratiquement à vide à seule fin de remplir le quota et ne pas perdre leurs spots. C’est idiot ! Pourquoi l’Europe n’a-t-elle pas suspendu immédiatement la règle des 80 % ? Faudrait en parler à Greta, parce que des avions vides polluent autant que des pleins, mais pour des prunes.

En Grèce, des dizaines de milliers de migrants en provenance de Turquie se pressent sur les plages de Lesbos. « Il n’y a pas de chemin retour pour eux : c’est une crise migratoire sans fin. Que fait l’Europe ? » se demande un habitant interrogé par Le Point. C’est vrai : que fait l’Europe, sur ce sujet, depuis des années ? Chaque pays joue sa partition dans son coin, le plus souvent sans en référer à son peuple, qui est le grand absent de cette absence de politique européenne. Régler la cambrure des bananes, oui ! Prendre position sur le fait migratoire, non ! Et la Grèce n’a qu’à se dépatouiller seule…

Ces trois exemples ne sont évidemment pas à mettre sur le même plan d’intensité. Mais ils traduisent tous trois une réalité européenne. Je ne suis pas loin de penser qu’ils alimentent la méfiance des gens envers une institution parée de rêves enchanteurs à sa naissance mais qui, flétrie et racornie, vieillit mal et, sans doute, a perdu sa boussole.

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