Cinéma - Culture - Editoriaux - 15 mars 2019

Cinéma : Le Mystère Henri Pick, de Rémi Bezançon

Découvert par hasard dans une bibliothèque consacrée aux ouvrages jamais édités, au fin fond de la presqu’île de Crozon, le chef-d’œuvre littéraire du mystérieux Henri Pick est finalement publié. Depuis lors, l’auteur ne cesse de faire parler de lui. Tandis que le monde de l’édition crie complaisamment au génie, le journaliste et critique Jean-Michel Rouche, connu dans le milieu pour son caractère retors, se refuse avec mépris à croire qu’un tel monument de la littérature ait pu être écrit par un simple pizzaïolo, entre deux fournées de margheritas. Rouche subodore une entourloupe, probablement un coup de pub des Éditions Grasset.

Renvoyé de son poste d’animateur télé pour avoir fait part de ses soupçons en direct, en présence de la veuve d’Henri Pick, le journaliste est largué dans la même journée par son épouse, que la lecture de l’auteur semble avoir profondément bouleversée. Abattu dans un premier temps, Jean-Michel Rouche se ressaisit et décide, bravache, de mener son enquête en Bretagne afin de prouver à tous qu’il avait raison. Il parviendra, au passage, à mobiliser Joséphine, la fille de Pick, qui en dépit de ses réticences à mettre en doute l’héritage de son père sent bien qu’il y a anguille sous roche et que les soupçons de Rouche sont légitimes…

Avec Le Mystère Henri Pick, le réalisateur Rémi Bezançon adapte librement, puisqu’il en modifie le dénouement, le roman éponyme de David Foenkinos publié en 2016 chez Gallimard. Pour cette comédie dramatique aux accents de polar, il réunit deux acteurs au potentiel comique indéniable, le trublion Fabrice Luchini, moins bouffonnant qu’à l’accoutumée, et l’insolente Camille Cottin, qui s’est fait connaître sur Canal+ avec Connasse, sa série de caméras cachées.

Accents de polar seulement, dans la mesure où l’enquête, un peu trop alambiquée pour être crédible – bien que plaisante à suivre –, culmine en une révélation largement téléphonée. Le cinéaste, de toute évidence, privilégie l’histoire d’amour naissante entre ce bobo parisien issu du show-biz et cette provinciale à poigne, non moins lettrée en sa terre de Bretagne.

Un joli pied de nez à certaines idées reçues concernant les « ploucs illettrés » des campagnes, qui heureusement ne prend jamais le pas sur la comédie. Savamment dosée, sobre, celle-ci parvient soigneusement à éviter le comique de situation tel qu’on le voit trop souvent dans le cinéma français.

Le réalisateur nous propose ici un film résolument léger dans son approche et au ton familial.

3 étoiles sur 5

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