Ainsi, la vie politique française a repris son cours inexorablement plat. Pour autant, l’aspiration à un « monde d’après » est partagée par l’ensemble des Français, quelles que soient leurs sensibilités politiques. Cette immobilité bouillonnante est l’illustration flagrante de la crise dans laquelle le pays est plongé. Cette crise est avant tout politique car aucune élection n’a permis de donner au pouvoir les moyens de la réaliser démocratiquement.

Ce blocage tient en particulier au rôle des « 20 % », poids de l’électorat central sur l’échiquier politique. Il s’agit, grosso modo, du socle qui, aujourd’hui encore, continue à soutenir , malgré les erreurs manifestes et les échecs prévisibles de sa politique. Sociologiquement, ces 20 % rassemblent ceux qu’ a qualifiés lui-même de « bourgeois ».

« Quand les hommes ne choisissent pas, les événements choisissent pour eux », prévenait Raymond Aron. Devant l’état de déliquescence du pays et en perspective de l’élection présidentielle de 2022, il serait temps que ceux qui aiment la France choisissent résolument de se donner les moyens de conquérir le pouvoir. Quoi qu’on en pense, et puisque rien ne se fera démocratiquement sans ces 20 %, qu’il soit seulement permis ici de poser les questions que toute personne souhaitant le bien du pays devrait se poser en conséquence.

De quoi est fait ce 20 % qui empêche toute sortie par le haut de la crise politique actuelle ?
Comment leur faire comprendre que ce qui les protège le plus est la Constitution, et non pas ceux qui se glissent dans les costumes hérités d’elle, mais trop grand pour eux ? Puisque le droit et l’État de droit sont la garantie des libertés, pourquoi ne comprennent-ils plus instinctivement que si « l’émotion dépasse le droit », alors, c’est la fin de tous leurs droits imprescriptibles, à commencer par le droit à la sûreté et le droit de propriété ?

Comment leur faire comprendre que se réapproprier l’héritage chrétien de la liberté est leur seule planche de salut, sans pour autant espérer en refaire des grenouilles de bénitier ? Dans son Testament politique, Richelieu nous avait pourtant avertis que « beaucoup se sauveraient comme personne privées, qui ne se damnent en effet comme personne publique ». Comment, dès lors, leur faire comprendre que l’individualisme n’est pas l’égoïsme et qu’il ne trouve de sens que dans une destinée collective, une nation ?

Est-ce seulement l’illusion monétaire qui déforme leur perception ? Comment ont-ils pu oublier que si la France est encore un pays riche, cela tient avant tout à nos aînés qui avaient compris qu’il fallait penser armée, justice, police, éducation avant de penser taux de capitalisation ? Puisque ce sont davantage les politiques économiques inconséquentes suivies depuis trente ans plus que l’euro qui ont dévitalisé la croissance économique française, comment leur faire comprendre que la peur de perdre leur maigre patrimoine est plus destructrice de valeur que d’affronter réellement les défis du pays ?

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