Les gilets jaunes et le Fouquet’s : je vole aux riches, donc je suis innocent !

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Ils ne le savent sûrement pas, les deux mignons petits tourangeaux qui plastronnent à la radio pour raconter leurs malheurs de gardés à vue : Ambre et Franck sont Proudhoniens. Adeptes de Pierre-Joseph, l’anarchiste prolixe qui clamait « la propriété, c’est le vol ! ».

Proudhoniens à l’insu de leur plein gré, donc, car on doute fort que ce petit couple gentillet qu’on croirait tout droit sorti des Scènes de ménage de M6 ait jamais lu le philosophe de l’anarchisme.

Les tourtereaux viennent de passer de durs moments. Pensez : gardés à vue et convoqués devant le tribunal qui les a relâchés séance tenante sans même évoquer le fond : vices de procédure. Allez ouste ! Retour au bercail. « Un soulagement » nous dit France 3. Et conférence de presse, quart d’heure wharolien, célébrité gratifiante, crachoir sur France Info et autres chaînes d’État, pleine page dans La Nouvelle République…

Il faut les plaindre, ces doux agneaux : ils sont sur le pont du militantisme en jaune depuis le 17 novembre. Donnent de leur personne et de leurs sous puisqu’ils montent régulièrement à Paris pour un samedi festif. Comme dit la gentille Ambre, « sensible à l’humain et (qui) a été touchée par la solidarité du mouvement : "Tout ce qu’il nous reste, c’est la fraternité, donc on ne va pas la lâcher !" ». C’est mimi tout plein…

C’est vrai quoi, il faut les comprendre, ils se sont juste un peu remboursés de tous leurs frais. Et puis ça n’est pas vraiment de leur faute : « On était en bas des Champs-Élysées, ajoute Franck. C’est quand on a entendu dire que le Fouquet’s avait été pillé qu’on a décidé d’aller voir. Y’avait plus rien. Tout avait été pillé. Tous les produits de valeur étaient partis. »

Mince alors, ils ont dû se contenter de ce que les autres avaient laissé ! Ont seulement récupéré un tabouret et quelques couverts du Fouquet’s. Y ont en plus été invités par des agents de sécurité, à ce qu’ils racontent : « J’ai demandé si on pouvait prendre le tabouret qui se trouvait dehors sur le trottoir, si ça dérangeait pas. Et ils nous ont dit mot pour mot : "Vu dans l’état où c’est maintenant, allez-y, prenez ce que vous voulez". »

Ils ont rapporté un souvenir de Paris, en somme, mieux qu’une Tour Eiffel ou Notre-Dame dans une boule à neige.

« Ce que l’on a vécu, c’est un film d’espionnage, un cauchemar ! » dit la jeune femme à La Nouvelle République. Oubliant que c’est ce qui lui a valu sa remise en liberté, elle s’insurge au micro de France Info : « De quel droit on se permet de géolocaliser mon téléphone, alors que je suis une citoyenne comme tout le monde » ?

Et elle, « de quel droit » s’est-elle approprié les reliquats d’un pillage ? Elle n’en dit rien. N’y songe même pas. Jamais elle ne s’interroge sur ses propres actes, se contentant, comme son mari, d’en rendre les autres responsables.

Il y a longtemps que, dans ce pays, des mal-pensants dans mon genre s’interrogent sur le retournement des valeurs et surtout la déresponsabilisation générale. Ainsi les dénommés Ambre et Franck X, coupables de vol, continuent-ils de revendiquer leur droit et leur bonne conscience : je vole aux riches, donc je suis innocent ! Pire que tout : on leur ouvre l’antenne et la une des journaux, on en fait des martyres de la répression policière, des victimes d’une justice inique aux ordres du pouvoir, de pauvres créatures ballotées dans un monde sans pitié.

Sommes-nous devenus fous ? Qui pourra, après cela, expliquer à ses enfants que le vol est un délit, que si l’on a besoin ou envie de changer ses meubles, on n’entre pas dans le premier restaurant venu ou chez le voisin pour se servir ?

J’en finirai pas cette question, posée sur Twitter, et que je reprends à mon compte : à quel moment ce pays a-t-il vrillé au point que des gens qui ont volé sont interviewés et relativisent leur acte sans la moindre honte ?

Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

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