Poursuivons l’explication de texte de la déclaration fracassante ou fracassée d’ au sujet des non-vaccinés, car elle est riche de renseignements sur la personnalité de l’homme. Or, l’élection étant la rencontre d’un homme (ou d’une femme) et d’un peuple, comme il est convenu d’en convenir, il faut analyser la moindre parole, surtout si elle est écrite, pour essayer de toujours mieux comprendre à qui on a affaire. D’autant que cinq ans, visiblement, n’ont pas suffi pour beaucoup de Français. « Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. » La phrase est maintenant historique et l’on s’est surtout attardé sur la vulgarité des propos – mais avait-on autre chose à attendre d’un petit bourgeois qui croit, parce qu’il porte l'habit chez la reine de et fait le baise-main à la reine des Belges, qu'il est devenu un grand seigneur ? – et sur leur violence vis-à-vis d’une certaine catégorie de Français.

En revanche, on ne s'est pas attardé sur le « J’ai bien envie ». Et pourtant, il y a de quoi dire. Le « Je », comme le « Moi », est haïssable, apprenions-nous encore sous Pompidou, le Lagarde et Michard sous la main. Ça, c’était avant. Et cette intrusion du « Je » dans le discours politique depuis plusieurs années est notable. Jusqu’à la caricature d’une Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, martelant, en 2018 : « Je veux des toilettes dans le métro. » Pour quand, Mme la présidente, ça presse ? Trop de « Je veux » tue. A contrario, un « Je veux », employé à bon escient et non pas en diarrhée verbale, a du sens. Dans le vocabulaire militaire, par exemple, « Je veux » exprime l’intention du chef afin que les subordonnés comprennent bien la manœuvre qu’ils vont devoir exécuter. Il traduit « l’effet majeur », c’est-à-dire « l’effet à obtenir sur l’ennemi, en un temps et un lieu donnés ». Le « Je veux » est par excellence une expression régalienne : « Je veux que ceux de la vivent en paix en mon royaume » ou encore « Je veux qu’il n’y ait si pauvre paysan en mon royaume qu’il n’ait tous les dimanches sa poule au pot », proclamait Henri IV. On est loin des cagoinces métropolitaines de la candidate LR, soit dit en passant...

Mais « J’ai très envie » ? L’envie nous ramène à notre condition animale (envie de faire pipi, par exemple. Pardon, mais puisque Macron veut mettre des millions de Français au petit coin...). À nos petites personnes et, en l’occurrence, à celle de Macron. Certes, Peter et Sloane nous ont laissé, dans les années 80, des paroles en chanson impérissables sur ce sujet : « Besoin de rien, envie de toi/Comme jamais envie de personne./Tu vois le jour/C’est à l’amour qu’il ressemble… » L’envie nous tire vers nos bas instincts. Invidia était, à Rome, la déesse de la jalousie et, pour les chrétiens, que Macron aime bien draguer à l’occasion, l’envie est l’un des sept péchés capitaux. L’envie nous renvoie à nos petits plaisirs minuscules.

Tiens, justement, en parlant de plaisir, vous allez me dire que Macron n’a pas osé dire « On va emmerder les non-vaccinés car tel est mon bon plaisir ». Il n’a pas dit ça. Mais il y a sans doute pensé très fort. On le sent d’ici. Mais, vous me direz, à la limite ? Car on s’est beaucoup mépris sur le sens du « bon plaisir ». Ou, du moins, l’expression en a changé avec le temps pour en arriver au livre de Françoise Giroud mis à l’écran en 1984. Il est vrai que la monarchie avait son intendant des Menus-Plaisirs dont la mission consistait à organiser les cérémonies et spectacles de la cour (l’événementiel d’aujourd’hui ?). Le dernier, qui portait le joli nom de Papillon, mourut sur l’échafaud en 1794. « Car tel est notre bon plaisir », ou plutôt « Car ainsi il nous plaist il être fait » que l’on trouvait en bas des lettres et édits royaux, n’a rien à voir avec le plaisir comme on l’entend aujourd'hui, si l’on entend quelque chose par là. « Plaisir » n’est autre que la traduction de placitum, de placere (« vouloir »). Placuit senatus : le a décidé.

Tout ça pour dire, entre nous, que les envies oppressantes d'Emmanuel Macron, on s’en fiche un peu, non ? Et on a très envie de le lui dire...

8 janvier 2022

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